Lo traia con un garrotc. Yepes, p
2. Loca ncmorosa, argis densissima , aspera et fragosa... Capreis pellibus indutus. la cujusdam rupis gradibus... quidam artistes... cum librasset ictum ut dimittcret sagittam. lbidn c 4.
apprit sa mort, la douleur le saisit, ses genoux fléchirent sous lui, il se prosterna sur le pavé de l'église. On ne dit pas si ce fut pour demander à Dieu de punir le cruel : mais celui-ci tomba bientôt malade, et fit demander à l'abbé de venir à son aide. Fructueux se vengea noblement et en chrétien : il alla guérir le meurtrier de sa biche, et lui rendit la santé de l'âme avec celle du corps1.
On aime à voir ces gracieuses et innocentes tendresses dans des temps si rudes comme dans ces fortes âmes, nées pour régner et pour entraîner les peuples sur leurs pas. L'exemple du jeune seigneur goth que l'amour de la pénitence avait poussé dans la solitude devint si contagieux, qu'il lui fallut construire bien d'autres monastères pour recueillir le chœur immense de convertis qui se pressait sur ses pas2. Le nombre en devint si grand, que le duc d'une des provinces écrivait au roi pour le prévenir que, si l'on n'y mettait quelque obstacle, le pays serait dépeuplé et qu'il ne resterait plus personne pour remplir les armées. Des familles entières se retiraient avec leurs esclaves dans des édifices con-
1. Yicta bestiola... sub viri Dei amphibalum inçressa est... si vel paululum ab ea recederet, nunquam balaro cessant, quousque ad eam denuo redirct... iu lectulum ad pedes ejus recubaret... Sanctissimus vir ad inonasterium regressu*, sollicite requisivit quidnam causas esset cur caprea sua ei solito more tune minime occurreret... Qui mox genaa sua sunimo cuni doloro flectens. » Ibid., c. l5.
2. Ct catervatira uudique concurrentium agmina convcrsonim immensus fleret chorus. /6ùf., c. 15.
sacrés, où, maîtres et serviteurs, hommes et femmes, pères, mères et enfants, prenaient à la fois l'habit monastique, élisaient un abbé, et vivaient pêle-mêle à l'abri du cloître. En vain Fructueux essayait-il de lutter contre ces excès : tout ce qu'il put obtenir, c'est que les pères et les Gis d'un côté, les mères et les filles de l'autre , occupassent des édifices séparés 4.
Car les femmes imitaient les hommes ; Fructueux reçut un jour une lettre par laquelle une jeune fille de race noble, nommée Bénédicte, u iiancée fiancée à un garding, c'est-à-dire à l'un des prin- ^reSdnîr cipaux officiers de la cour des rois visigoths , lui par Fructueux. ann0nçait qu'elle s'était sauvée de la maison paternelle, qu'elle errait dans les bois non loin de son monastère, et qu'elle le suppliait d'avoir pitié d'elle comme d'une brebis qu'il fallait arracher à la dent du loup. Il l'accueillit, lui fit bâtir dans la forêt une petite cellule qui devint bientôt le centre d'une communauté de quatre-vingts religieuses où les mères venaient souvent se réunir à leurs filles pour se consacrer à Dieu. Le garding essaya en vain de récupérer sa promise : il força la supérieure du nouveau monastère de lui présenter celle qui l'avait fui : elle vint, mais refusa de le regarder, et lui resta muet en sa présence. Alors le juge royal lui
1. P. Vamn, op. Mémoires présentés par div. savants à l'Acad. des inscriptions, tome V, \n série, 11e part., p. 83.
dît : « Laissez-la servir le Seigneur, et tâchez de trouver une autre femme *. »
Nous ne pouvons reproduire tous les traits merveilleux de la vie du patriarche monastique de la Lusitanie. Disons seulement que ses austérités et ses voyages sans fin ne l'empêchaient pas de cultiver les lettres, de les faire étudier par ses moines et de 6e livrer même à la poésie : car on a conservé des vers de lui 2. On voit du reste, dans les règlements qu'il a composés pour ses diverses maisons, que celles-ci avaient de grands troupeaux de brebis pour fournir de quoi soulager les pauvres, racheter les captifs et exercer l'hospitalité. Un moine était spécialement chargé du soin des pâtres.
Quelques années avant sa mort, Fructueux fut, bien malgré lui, élevé au siège archiépiscopal de ,"£1^ Braga par les suffrages unanimes du dixième concile de Tolède. Mais il ne cessa de pratiquer la vie monastique et de construire de nouveaux monastères. Et déjà, grâce à son infatigable activité, il avait couvert la Cantabrie et la Lusitanie de communautés des deux sexes. Il avait parcouru toutes les côtes de l'Espagne depuis le cap Finistère jusqu'au cap Saint-Vincent, franchissant l'embouchure de ces fleuves qui se nommeront le Douro et
1. De pnosentia régis levavit judiccm, qui inter eos cxaminaret judicii veritatem, comitem Angelate... Diraitte eam Domino servire et quaere tibi aJiam uxorem. lbid.t c. 17.