‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 89 sur 177 · Cf. Doellisger, Ihidenthum und Judenthum, p · texte numérisé non relu

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SOUS LES PREMIERS MÉROVINGIENS. 2:>o

conlre Tibère, contre Néron, contre Vespasien, et avaient-ils protesté ainsi contre la prétendue amélioration du sort des provinces romaines sous l'Empire. En vain, de siècle en siècle, la Gaule, désespérant de retrouver son indépendance, avaitelle essayé de tromper sa misère en imposant à Rome des empereurs gaulois. En vain les Bagaudes insurgés et k moitié chrétiens avaient-ils pensé à substituer une sorte d'empire gaulois à l'empire romain. Broyée sous la meule implacable de la centralisation et de la Gscalité impériales, la Gaule avait perdu successivement sa nationalité, ses institutions civiles et municipales, sa richesse territoriale, sa vieille langue celtique et jusqu'à son nom : on ne connaissait plus ses habitants que sous le nom de Romains, devenu pour eux le symbole de la décrépitude et de la honte1. A la place du vieux culte national, des sacrifices druidiques interdits sous peine de mort, on lui avait imposé la hideuse idolâtrie des Césars divinisés par un sénat avili. Cet indomptable courage qui les avait naguère signalés à l'admiration du monde avait disparu avec leur liberté2. Les classes dominantes avaient été asser-

1. « L'état des Gaulois sous le gouvernement Impérial fut la servitude politique la plus avilissante et la plus cruelle. » M11' ne Lt-ZAitdiebe. Théorie (les lois politiques de la France. — « Le titre de citoyens romains que portaicut le* Gaulois n'appartenait depuis longtemps qu'à des esclaves. » Madly, Observations sur l'Histoire de France, t. I, p. 243.

2. Amissa virtute pariter et libertatc. Tacite, Ayric, u\Ann.t xi,

vies et dégradées sans que le bas peuple y eût rien gagné : tout au contraire, à mesure que la grande propriété s'était étendue, les cultivateurs avaient vu leur sort s aggraver, et la servitude universelle faire peser sur eux le joug le plus écrasant. Les clients libres dont parle César avaient disparu. Le chef gaulois, transformé en patricien dégénéré, faisait cultiver par ses esclaves de vastes domaines qu'il n'habitait guère, semblables aux plantations de nos colonies avant l'émancipation des noirs1. De cette immense population qui, avant la conquête de César et ses guerres d'extermination, débordait en flots pressés par l'émigration sur les contrées voisines2, on a calculé qu'il restait à peine, sous Constantin, un million d'hommes libres dans toute cette immense région3.

Sous cette effroyable oppression, l'Église restait debout, seul asile de la liberté et de la dignité humaines. Elle seule mettait quelque frein à l'injus-

18; Germ., 28.— Doellinger, Fleidenthum undJudenthum, p. C11-GI3.

1. Voir l'excellent résumé de l'oppression et de la ruine des Gaules sous la domination romaine, que donne, après tant d'autres, sir James Stephen, Lectures on the history of France. London, 1859, U 1, p. 57. — Quant aux détails, M. Guizot, dans ses Essais sur l'histoire de France et sa deuxième leçon du cours de 1824, n'i encore été égalé par personne, si ce n'est peut-être par Le Huérou, au chup. vin de ses Origines mérovingiennes. Paris, 1843.

2. Pro multitudine hominnm, dit César en parlant des montagnes de l'Helvétie; Propter hominum multitudinem, dit-il encore pour expliquer les colonies gauloises d'outre-Uhin. De bello Gail., I, i; v. 24.

3. Henri Martin, Histoire de France, t. I, p. 292, 4e édition.

lice et à la tyrannie, initigeait la pauvreté accablante du peuple, encourageait l'agriculture dans ses domaines, maintenait dans son sein le souvenir et la pratique de l'élection populaire, et assurait dans la personne de ses évéqucs des Défenseurs aux cités abandonnées ou rançonnées par leurs magistrats. Mais son influence, bien loin d'être prépondérante, ne luttait qu'imparfaitement contre la décomposition universelle et ne suffisait point à enfanter les vertus civiques étouffées avec les cités libres sous le despotisme cosmopolite des empereurs1. Dans l'ordre civil, quatre siècles de domination romaine avaient suffi pour faire disparaître en Gaule toute force et tout droit, en même temps que toute indépendance nationale et personnelle. Comment ces populations, avilies et épuisées par un régime dont la tyrannie inepte et minutieuse croissait en raison de sa faiblesse, eussent-elles pu résister aux Ilots successifs des Barbares? Seule, l'aristocratie Arverne, que semblait animer encore le souffle du grand Vercingétorix et qui avait conservé, on ne sait comment, la sympathie populaire, lutta avec l'opiniâtreté du désespoir contre les Visigoths d'abord, puis contre les fils de Clovis. Partout ailleurs, la domination barbare fut acceptée comme une sorte de délivrance.

C'en était une, en effet, car les peuples germains

i. STErirE*, loc. cit. — Henri Martin, p. 332.

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