‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 90 sur 177 · MOI?«SS D'OCC. II · texte numérisé non relu

MOI?«SS D'OCC. II

ïS8 LES MOINES EN GAULE

Bienraits relatifs apportaient avec eux l'énergie virile qui manquait l inva'ion aux serfs de l'empire. La vie s'était retirée de par- «ics uariwres ^ ^ inspirèrent une nouvelle au sol qu'ils

envahissaient comme aux hommes qu'ils incorporaient à le.ur domination victorieuse. Ce qu'il restait du patriciat gaulois dut les voir arriver avec effroi : mais qu'avaient à perdre les colons ruraux et les petites gens des villes à ce changement de maître? Tout au contraire, ils ne pouvaient que gagner à la destruction de cette fiscalité romaine, la plus rapace qu'on ait jamais rêvée. Prendre pour soi une quote-part, la moitié ou le tiers, des biens fonciers ou des esclaves, comme firent les Burgondes et les Visigoths, mais en même temps exempter tout le reste des exactions qui , sous les Romains , réduisaient les propriétaires à abandonner au fisc tout leur avoir, c'était évidemment apporter un soulagement réel à un état de tout point insupportable1.

Quant aux Francs, rien n'indique qu'ils aient opéré des confiscations en masse. Les découvertes de l'érudition moderne ont au contraire établi qu'ils avaient généralement respecté la propriété privée des Gallo-Romains. lisse contentèrent, selon toute apparence, des territoires qui leur avaient été d'abord concédés par les empereurs, puis des vastes espaces de terrain inculte délaissés par suite de l'ap-

1. Paul Rotiî, Geschichte des Benefizialwesens. — Léo, tïrsprung des deutschen Yolkes und Reiches, p. 3*24. — Cantu, Storia degl Itafmni, ch. 03. — Stephbk, loc. cit., p. 300. — Le Uueuoij, p. 268.

SOUS LES PREMIERS MÉROVINGIENS. 2o9

pauvrisseraent universel, qu'ils se partagèrent entre eux par le sort, à titre d'alleux, tandis que leurs rois s'attribuaient les domaines incommensurables du fisc impérial. Ajoutons qu'en expulsant les magistrats romains ils semblent s'être peu immiscés dans l'administration municipale et y avoir laissé aux évoques la principale part, et l'on coucevra que le plus récent de nos historiens ait pu affirmer que la masse populaire avait plus d'horreur pour l'oppression savante et systématique de l'empire que pour le régime brutal et capricieux des Barbares1.

En outre, les Romains de l'empire, comme on Ta souvent remarqué, avaient transporté en Gaule le principe qui leur était propre, le principe fatal de la suprématie des villes. Les Germains au contraire, dans leur état primitif, ne connaissaient que la vie des champs, la vie rurale et sylvaine. Le village était, comme cela se voit encore dans l'Inde, la base de leur existence nationale. En venant conquérir la Gaule, ils rendirent la vie aux campagnes; ils y créèrent le village, la commune rurale et libre, et les émancipèrent de la domination urbaine; ils y constituèrent l'élément prépondérant de la nouvelle nationalité. Cette prépondérance ne fit que se manifester et se consolider de plus en plus, à mesure que la féodalité se développa et s'enracina dans le sol.

1. Henri Martin, p. 354. — Le Huekoo en fournit la preuve par des textes irréfragables, op. cit., p. 251.

us Francs Les Francs, d'ailleurs, rendirent a la Gaule le ctV^uieni service capital qu'elle attendait en vain des derniers Barbare*, empereurs. Saint Jérôme nous a laissé la formidable énumération des nations barbares qui l'avaient envahie sous la domination impériale, u Tout ce qui se trouve entre les Al|>es et les Pyrénées, entre le Rhin et l'Océan, a été dévasté par le Quade, le Vandale, le Sarmate, l'Alain, le Gépide, l'Hérule, le Burgonde, l'Aleman et, ô calamité suprême! par le Hun1. » Venus après tous ces féroces prédécesseurs qui tous, excepté les Burgondes, n'avaient fait que passer sur la Gaule comme un ouragan, les Francs en fermèrent l'accès aux autres peuples païens qui se pressaient sur leurs pas. Ils se retournèrent contre le courant qui les avait eux-mêmes apportés. Ils tinrent vigoureusement tête aux Alemans, aux Saxons, aux Slaves, aux Avares, qui, sans eux, auraient franchi le Rhin et envahi la Gaule. Devenus chrétiens, non pas en masse et tout à coup, à la suite de Clovis, comme on se l'est à tort figuré, mais très-graduellement et très-lentement2, ils firent face aux ennemis de la chrétienté.

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