PREMIER MÉMOIRE
La lutte soutenue par les trois peuples celtiques
(Bretons, Pietés et Scots) contre les apôtres romains de
la colonie saxonne provenait, selon les érudits angli-
cans des trois derniers siècles, de ce que la Bretagne
avait reçu la foi de l'Asie et aurait ainsi communiqué aux Pietés et Scots les doctrines antiromaines ; les trois populations, catéchisées par des Asiatiques, auraient repoussé le joug religieux que Rome apportait (sous prétexte d'évangéliser les Anglo-Saxons), non moins que le joug politique des nouveaux conquérants. Or,
\* Il n'y a jamais rien eu de commun entre les usages de l'Asie et ceux par lesquels les trois populations insulaires différaient de l'Église romaine.
2° L'origine de ces dissidences secondaires, en ce qui concerne les Pietés et les Scots, provient de la substitution postérieure d'usages bretons aux usages que, dans le principe, ces mêmes peuples reçurent directement de Rome.
3° Ces usages, chez les Rretons même, ne remontaient pas à l'origine du christianisme dans les iles Britanniques. Ils avaient leurs sources dans des circonstances purement accidentelles et complètement étrangères à tout sentiment hostile envers l'Église romaine.
4° Les Pietés et les Scots ont reçu primitivement de Rome et non de la Bretagne les lumières de l'Évangile. Us occupaient déjà à cette époque le terrain qu'une école érudite prétend n'avoir été occupé par eux que plus tard.
t SECOND MÉMOIRE
1° Les dissidences entre Rome et la Bretagne ont été moins nombreuses, moins importantes et surtout plus tardives que les novateurs ne l'entendent.
2° Elles n'établissent aucune relation entre la Bretagne et l'Asie.
3° Elles ne prouvent rien contre Rome ; sur les trois populations dont se composait l'Église bretonne, deux avaient adopté dès le principe les usages de Rome.
4° Sur les six usages controversés,
Trois avaient leur principe dans l'esprit national et nullement asiatique, savoir :
.4. La tonsure, coiffure nationale, même druidique, celle des mages dont il est question dans les vies des saints irlandais, comme opposant de grands obstacles aux modifications de la foi ;
B. La liturgie particulière pour la messe, comme il y en avait dans toutes les églises évangélisées par Rome, la Gaule, l'Espagne, etc. ;
C. L'aversion pour les clercs romains, repolisses par sentiment patriotique, comme apôtres de la race saxonne ;
Et trois dans une adhésion malentendue aux doctrines mêmes de Rome :
D. Les cérémonies complémentaires du baptême, dont parle Bede, II, 2, mais que les insulaires ne voulaient pas reconnaître, parce que leurs premiers apôtres, venus de Rome, ne leur en avaient rien dit;
E. Le comput pascal, que les Bretons maintenaient tel qu'ils l'avaient d'abord reçu de Rome, sans vouloir adopter la réforme introduite postérieurement par les papes ;
F. Le célibat des clercs, aussi sévèrement observé par les Bretons que par les clercs romains ; seulement on y acceptait les monastères doubles connus en Orient :