‹ Les moines d'OccidentChapitre 108 sur 113 · Voir le passage cité p. 295, note · texte numérisé non relu

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gèvs de tombes plaies très-serrées les unes contre les autres. La plupart sont en pierre bleue et revêtues de ligures sculptées en relief, d'inscriptions et d'armoiries. On y distingue sur plusieurs d'elles la galère qui servait d'enseigne héraldique aux Mac Donald, seigneurs des îles, la plus grande maison du nord de l'Ecosse . Parmi elles se voit la tombe de celui qui fut le contemporain du grand roi Robert Bruce et le héros du poëme de Walter Scott, mort en 1387. On voit encore les tombes armoriées des Mac Dougall, seigneurs de Lorn, des Mac Leod, des Mac Kinnon, des Mac Quarie, et surtout des Mac Lean, c'est-à-dire de tous les chefs de clans des régions voisines, puis plusieurs tombes d'évêques, de prieurs et autres ecclésiastiques du quinzième et du seizième siècle.

Au centre du cimetière s'élève une chapelle ruinée, dite de Saint-Oran, d'après le nom du premier des moines irlandais qui mourut après leur débarquement dans l'île. Elle est longue d'une trentaine de pieds sur quinze de large, avec un assez beau portail occidental à plein cintre. C'est le monument le plus intéressant et peut-être le plus ancien de l'île ; car il passe pour avoir été construit par la sainte reine Marguerite, femme de Malcolm Canmore (-J- 1093), mère du roi saint David, Tune des plus touchantes figures de l'histoire d'Ecosse et de la chrétienté, régénératrice de la foi et de la piété en Ecosse, et animée d'une grande dévotion envers saint Columba, par l'intervention duquel elle avait avait obtenu son unique enfant après une longue stérilité1.

1. Fonnuif. Scoli-chtouicon, v. 57. Heeve's Ahannax, i». xxx et ci«x.

Ai'l'ENUlCfi. 481

Avant d'arriver au cimetière et en le quittant on rencontre deux grandes croix de pierre, d'un seul bloc et de douze à quatorze pieds de haut : l'une dite des Mac Lean, et l'autre de saint Martin, les seules qui restent des trois cent soixante qu'on dit avoir autrefois existé dans l'île. Toutes deux plantées dans un piédestal de granit rouge sont d'une forme élancée, recouvertes d'ornements sculptés, d'un style à la fois gracieux et bizarre, que la mousse dispute aux regards. L'une d'elles, celle des Mac Lean, passe pour avoir été celle dont parle Adamnan, dans la Vie de Columba. On se demande comment, avec les moyens en usage à une époque si reculée, l'on a pu équarrir, sculpter, transporter et dresser des blocs de granit d'une telle dimension.

On arrive enfin à l'église cathédrale ou plutôt abbatiale, vaste édifice oblong, en granit rouge et gris, de cent soixante-dix pieds de longueur sur soixante-dix de large dans le transsept, ruiné et sans toit comme tous le autres, mais ayant conservé tous ses murs et plusieurs grosses colonnes cylindriques rudement imagées, avec les tombes d'un abbé du clan des MacKinnon en 1500, et de divers chefs des Mac Lean. Sur la croisée du transsept s'élève une tour carrée qui se voit d'assez loin en mer et qui est éclairée par des fenêtres pourvues de clôtures en pierre, ajourées ou découpées en losanges et eu cercles au lieu de vitraux, comme il s'en trouve encore à Villers, en Brabant, et à Saint-Vincent et Anastase, près de Rome1. Le chevet du chœur est carré, et ne doit

i. Voir sur ces fenestrages en pierre les curieux travaux de M. Allait Lenoir, dans son Architecture monastique, Ve partie, p. 153 et 501, et de M. Éd. Didron, Annales archéologiques, t. XXIII, p. 45 et 201.

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'* division qui date du temps des Norvégiens.

' * ff titre iVEpiscopus Sodorensis, et en anglais

* fA Mon. lona devint la cathédrale de l'évéché

' lt$ îles restées écossaises, après la réunion de

i l'Angleterre par Edouard Ier.

yirt's la réforme et la suppression de tous les évèchés , „njiiastères, décrétée en 1501 parla Cotwention des fois* 'e synode calviniste d'Àrgyle livra tous les édifices ^fés d'Iona à une horde de pillards qui les réduisit à l'état où on les voit encore. Pendant tout le Jix-huitîème siècle, les ruines et le cimetière étaient abandonnés à la raine pâture, la cathédrale servait ii etahle; et ainsi se trouvait accomplie une prophétie en >ers irlandais attribuée à saint Columba, d'après laquelle un temps devait venir où les chants des moines seraient remplacés par les mugissements des bœufs :

*is cent soixante croix qui cou- ' et dont la plupart furent s-unes furent transportées à - jisines, et l'on en montre, une à

•* i un monolithe de granit bleu re-

■ s. Dans cette même île de Mull, on re-

igne de colonnes isolées se dirigeant vers a Ton s'embarquait pour Iona, et destinée, a tradition locale, à guider les pèlerins d'autrevers l'île sacrée. (Note du Révérend Th. Maclauohlan, à la Société des Antiquaires d'Ecosse, en février 1865.)

Depuis 1693 l'île appartient aux ducs d'Argyle, chefs du grand clan desCampbells, qui font veiller à la garde des ruines. Elle leur rapporte un revenu annuel d'environ 300 livres sterling (7,500 fr.). Elle renferme une population de 350 habitants, tous presbytériens. Cette population si restreinte, qui ne vit que du produit de la pèche et de quelques maigres champs fumés avec du varech, où croissent des pommes de terre, de l'orge et du seigle, mais où l'avoine même ne réussit pas, offre cependant le curieux spectacle qui se retrouve jusque dans les moindres villages de l'Ecosse ; elle a deux églises et forme deux congrégations : Tune dé* pendante du culte officiel ou établi, dont les ministres sont désignés parles patrons laïques et vivent des anciens biens d'église ; et l'autre ralliée à la Free Kirk, c'est-àdire au culte dont les ministres sont élus et entretenus par des offrandes volontaires.

On peut consulter sur cette ile célèbre d'abord le rap* port de l'archidiacre Munro en 1594, puis le voyage

de Johnson aux Hébrides : Pennant's, Tour in the Hébrides ; N. I). Graham, Antiquities of Iona> London, 1850, in-4° avec planches, et enfin une bonne notice dans le Gentleman1 s Magazine, de novembre 1861.

Nous ne saurions quitter lona sans ajouter un mot sur l'île voisine de Staffa, qui renferme la fameuse grotte de Fingall. Elle n'a été réellement connue et signalée au monde que par la visite de sir Joseph Banks , en août 1772. On n'en voit aucune mention antérieure, pas même dans le premier voyage du grand Johnson aux Hébrides, quoiqu'elle soit en vue d'Iona, qui ferme l'horizon au midi quand on est dans la grotte, ce qui a inspiré à Walter Scott ces beaux vers :

Where as to shame the temples deck'd.

By skill of earthly architect,

Nature herself, it seems, would raisc,

A Minster to lier maker's praise...

ISor doth its entrance front in vain,

To old Iona's holy fane,

That nature's voice might seem to sa y,

« Well hast thou doue, frail child of clay !

Thy humble powers that stately shrine,

Task'd high and hard — but witness mine ! »

Les Anglais et tous les voyageurs en général professent un grand enthousiasme pour cette grotte qui, comme chacun sait, forme une immense voûte où pénètre la mer, et qui repose sur des rangées de colonnes polygonales et symétriques en basalte, disposées comme les cellules d'une ruche. Sir Robert Peel, dans un discours de 1837, a comparé les pulsations des flots de l'Atlantique, qui se précipitent dans ce sanctuaire, aux

sons majestueux de l'orgue, mais, ajoute-t-il, l'harmonie solennelle de ces vagues chante les louanges du Seigneur sur une noie bien autrement sublime que tous les sons des instruments humains. Ce bruit est en effet ce qu'il y a de plus grandiose dans ce site célèbre. Le reste est une merveille de là nature, fort inférieure, ce nous semble, aux merveilles de l'art, et surtout de l'art chrétien. La grotte de Fingall n'a que soixante-six pieds de haut sur quarante-deux de large et deux cent vingt-sept de long. Qu'est-ce que cela auprès de nos grandes cathédrales et des églises monastiques telles que Cluny ou Vezelay?

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