La Villemabqoé, p
donnent toujours du blé ; comble-les de biens en tout genre ; et surtout fais-leur miséricorde, afin qu'après l'avoir honoré sur la terre ils te glorifient dans le ciel ! »
Les Bretons de Gambrie et les Bretons d'Àrmorique se sont longtemps disputé la gloire et le privilège de lui rendre des honneurs à la fois religieux et nationaux. Ceux-ci lui sont demeurés les plus fi- ** P3E£rilé dèles, et, huit siècles après sa mort, le grand moine, ju ^'ii^ute.1*1 le grand patriote celtique, fut invoqué comme leur patron spécial, par les chevaliers bretons, dans ce fameux combat des Trente où Beaumanoir but son sang. En y allant, ils entrèrent dans une chapelle dédiée à saint Gadoc, pour réclamer son assistance; en revenant victorieux, ils chantaient une chanson bretonne qui se termine ainsi :
« Il n'est pas l'ami des Bretons, celui qui ne pousse pas des cris de joie en voyant revenir nos guerriers, des fleurs de genêt à leurs casques ;
« Il n'est l'ami ni des Bretons, ni des saints de Bretagne, celui qui ne bénit pas saint Gadoc, patron des guerriers du pays,
« Celui qui n'a point applaudi, et admiré, et béni, et chanté : Au paradis comme sur terre, saint Cadoc n'a point de pareil1. »
1. Le texte breton de cette chanson a été publié par M. de la Villemarqué. — Il faut lire dans sa Légende celtique le touchant récit de sa visite aux ruines de Uancarvan et de la dévotion qui attire encore une grande afûuence de pèlerins dans l'île du Morbihan où le saint a habité.
Sainte Winifréde, son martyre
et sa fontaine.
Le moine Beino
Cette longue popularité d'un saint breton de la Cambrie, sur les deux rives de la mer qui baigne les pays celtiques, est encore éclipsée par celle d'une jeune fille dont le peuple gallois de nos jours ignore l'histoire et ne pratique plus la foi, mais dont il garde la mémoire avec une superstitieuse fidélité. C'est Winifréde, la jeune et belle fille d'un seigneur du pays. Trouvée seule dans la maison de son père par un certain roi Caradoc1, et voulant repousser sa brutalité, elle se sauva jusqu'à l'église où priaient ses parents et y fut poursuivie par le roi, qui lui trancha la tête sur le seuil même de l'église. Du point même où la tête de cette martyre de la pudeur avait frappé le sol jaillit une fontaine abondante, qui est encore aujourd'hui fréquentée et même vénérée par les populations que se disputent vingt sectes diverses, mais rapprochées par une haine commune pour la vérité catholique. Cette fontaine a donné son nom à la ville de Holy-Well1. La source est recouverte par un grand porche gothique à trois arches. Elle forme, dès sa naissance, un vaste bassin où viennent se baigner, du matin jusqu'au soir, les malades et les infirmes de ces environs dévastés par l'hérésie, avec une confiance étrange dans la vertu miraculeuse de cette onde glaciale.
Selon la légende cambrienne, cette vierge martyre aurait été ressuscitée par un saint moine nommé
4. Evidemment le même nom que celui du Caractacus de Tacite. 2. Holy, sainte; Well, puits ou fontaine, dans le Flintshire
Beino, qui, comme tous les moines de ce temps, avait beaucoup fondé et beaucoup reçu des princes du pays à l'effet d'enrichir ses fondations. Cependant il mettait une réserve consciencieuse à n'accepter que ce qu'on avait le droit de lui donner. Il présidait un jour lui-même à la construction d'une église sur un domaine que le roi Cad wallon, vainqueur des Saxons de Northumbrie1, venait de lui concéder, ou plutôt de lui échanger contre un sceptre d'or, valant soixante vaches. Survient une femme qui lui apporte à baptiser un enfant nouveau-né. Cet enfant l'assourdissant de ses cris, Beino dit :
« Qu'a donc cet enfant pour tant crier?
— 11 a une bien bonne raison, dit la femme.
— Et laquelle donc ? reprit le moine.
— Cette terre que vous avez, et où vous faites bâtir une église, appartenait à son père.»
À l'instant Beino cria aux ouvriers :
« Arrêtez votre travail. Ne faites plus rien jusqu'à ce que j'aie baptisé cet enfant et que j'aie été parler au roi. »
Arrivé chez celui-ci, à Caernarvon :
«Pourquoi, lui dit le moine, m'as tu donné ce domaine, qui appartient légitimement à un autre? L'enfant qui est dans les bras de cette femme en est l'héritier. C'est à lui qu'il faut le restituer. »
Noble et touchant témoignage du respect primor-