Ozanam, Œuvres, t. V, p
2. « Je suis convaincu, » disait-il, « que dans l'île de saint Brendan est le paradis terrestre où personne ne peut arriver, sinon parla volonté de Dieu. » Cité par M. Febumaho Denis, le Monde enchanté, p. 130. — 11 y a eu deux saints du nom de Brendan ; le plus connu, fondateur du grand monastère de Clonfert et célèbre par ses voyages, mourut en 577.
3. Hic Dagaeus fuit faber tam in ferro quam in œre, et scriba insignis... Gratias ago Deo meo quod S. Hoctei postremo similes conventus vos video, tria quippe monachorum gênera sibi succedentia
Alors, comme depuis, le goût et la pratique de la musique étaient à l'état de passion nationale chez le peuple irlandais. Les missionnaires et les moines, leurs successeurs, s'étaient, eux aussi, imprégnés de cette passion et surent promptement IV ugende dapter à la conduite et à la consolation des âmes. Une saint MMhuda, agréable légende dessine bien l'influence de la muvers sao. sîqUe appliquée aux chants ecclésiastiques sur la jeunesse irlandaise. Mochuda, le fils d'un grand seigneur du pays de Kerry, gardait, comme David, les troupeaux de son père, dans les grands bois qui couvraient alors cette région aujourd'hui si déboisée. Il fixa, par sa bonne grâce et sa piété, l'attention du duc ou chef de la province, qui le faisait venir souvent le soir pour l'entretenir; sa femme, qui était iille du roi de Munster, témoignait la même affection au jeune berger. Dans la forêt où il faisait paître ses porcs, un évêque et son cortège vinrent à passer en chantant les psaumes alternativement pendant leur trajet. Le jeune Mochuda fut tellement ravi de cette psalmodie, qu'il abandonna ses bêtes et suivit le chœur des chanteurs jusqu'au monastère où ils devaient passer la nuit. 11 n'osa pas y entrer et resta dehors, mais tout près du lieu où ils avaient leur gîte et où il put les entendre continuer leurs chants jusqu'à l'heure du sommeil : Tévêque chanta
habuit : primum puritate angelicum, secundum actibusapostolicum, tertium, ut sancti martyres, sanguinem pro Christo effundere promptum. Bolland., t. III Augusti, p. 657.. 658.
DES ILES BRITANNIQUES. i»3
encore longtemps après que les autres furent endormis. Le pâtre passa ainsi toute la nuit; le lendemain, le chef qui l'aimait le lit chercher partout, et lorsqu'il lui fut amené, demanda pourquoi il n était pas venu la veille au soir selon son habitude : « Mon seigneur, » dit le pâtre, « je ne suis pas venu « parce que j'ai été trop ravi par le chant divin que « j'ai entendu chanter au saint clergé ; plût au ciel, « seigneur duc, que je fusse avec eux pour ap- « prendre à chanter comme eux ! » Le chef eut beau l'admettre à sa table, lui offrir son épée, son bouclier, sa lance, tous les insignes de la vie opulente et militaire : ce Je ne veux, » disait toujours le pâtre, « aucun de vos dons ; je ne veux qu'une chose : ap- « prendre à chanter le chant que j'ai entendu des « saints de Dieu» » On finit par le donner à l'évéque pour qu'il en fît un religieux. La légende ajoute que trente belles jeunes filles l'aimaient ouvertement, parce qu'il était beau et charmant ; mais, le serviteur de Dieu ayant prié pour que leur amour devînt tout spirituel, elles se convertirent toutes comme lui et se consacrèrent à Dieu dans des cellules isolées qui restèrent sous son autorité1, lorsqu'il fut devenu
1. Ait dux : Veni hue quotidie cura aliissuhulcis... Aliquando sues pascebat in silvis. aliquando manebat in castellis cum duce... Caîiebat episcopus cum comitibus suis psalmos invicem per viain... Ideo ad te non veni, domine mi, quia delectavit me divinum carmen, quod audivi a cunctis choris, et nusquam audivi simile huic carraini... Nolo aliquid de donis tuis carnalibus, sed volo vere ut carmen quod a sanctis Dei audivi discam... S. Mochuda speciosus erat et in
à son tour évéque et fondateur de la grande cité monastique de Lismore.
Cette prépondérance de l'élément monastique dans l'Église d'Irlande, due à ce que tous les premiers apôtres de l'île furent moines, et si bien justifiée par le zèle aventureux de leurs successeurs, s'y maintint non-seulement pendant toute l'époque florissante de cette Église, mais même tant que dura l'indépendance nationale. Elle frappa tout d'abord les conquérants anglo-normands du douzième siècle, bien qu'eux aussi vinssent d'un pays où la plupart des évéques avaient été moines et où presque tous les évêchés avaient commencé par être des monastères1.
Monastères De toutes ces communautés du sixième siècle,
célèbres '
dès ie vi« siècle si longtemps célèbres et les plus nombreuses que la
en Irlande , . . . . .
chrétienté ait jamais vues, il ne reste plus que de vagues souvenirs associés à quelque sites dont les noms trahissent leur origine monastique, ou à des
juventute sua triginta juvencul» virgines amaverunt eum magno amore carnali, hoc non celantes. Famulus autem Dei rogavit pro eis, ut carnalem araorem mutarent in spiritualem ; quod ita est factum ; illse enim virgines seipsas cum suis cellis Deo et S. Mochudœ obtulerunt. Acta SS. Bollakd., t. III JMotf, p. 379. — Ce Mochuda est plus connu sous le nom de Cartagh, qui était celui de révoque dont il devint le disciple et dont il prit le nom par affection pour son père spirituel. Il mourut en C37.
1. Nam monachi erant maxime qui ad prsedicandum vénérant. Bkde, 1. m, c. 3. — Cum fere omnes Hiberniee prœlati de monasteriis iti clerum electi sunt, quic monachi sunt, sollicite comptent omnia, quai vero clerici vel prœlati, fere prastermittunt universa. Giraldus GamwœxmïTopographia Hiberniœ, dist. ni> c. 20.
ruines visitées par de rares voyageurs. Citons pour exemple: Monastère van, fondé en 504 sur les bords du Barrow; Monasterboyce*, grande école laïque et ecclésiastique dans la vallée de la Boyne ; lnnisfallen, dans une île du lac si pittoresque de Killarney, et surtout Glendalough ou la Vallée det deux Laa, avec ses neuf églises ruinées, sa haute tour ronde, son vaste cimetière, sorte de nécropole pontificale et monastique fondée, au milieu d'une nature sauvage et solitaire, par saint Kevin, l'un des premiers successeurs de Patrice, et l'un de ceux qui, au dire des hagiographes irlandais, comptaient par milliers les âmes qu'ils menaient au ciel*.
Entre tous ces sanctuaires, il y en a deux qu'il faut signaler k l'attention du lecteur, moins encore
1. Fondé par saint Builhe, mort en 621. H. Henri Martin, dans son intéressant opuscule intitulé : Antiquités irlandaise*, 4863, a tracé un tableau animé des ruines de Monasterboyce et de ce « cimetière où s'élève une tour ronde de cent dix pieds de haut, du jet le plus svelte et le plus hardi et du plus bel appareil... A l'entour, ruines de deux églises et deux magnifiques croix de pierre... La plus haute de ces croix a vingt-sept pieds de haut... Couvertes d'ornements et d'hv scriptions gaéliques, elles mériteraient à elles seules le voyage, car il n'existe rien de pareil sur le continent... Comme spécimen de l'art gaélique chrétien, rien n'est comparable à Monasterboyce. » M. Martin signale, à trois milles de là, les élégantes ruines de Mellifont : « Dans le creux d'un vallon, au bord d'un joli ruisseau, avec une église de l'époque ogivale... et, à quelques pas de l'église, une rotonde (ou salle capitulaire), avec arcades romanes de style très-pur... » Mellifont est une abbaye cistercienne issue d'une colonie de Clairvaux, que saint Bernard avait envoyée à son ami saint Malachie, en
% Multarum millium animarum duces.
ORIGIiNKS CHRÉTIENNES
Clonard
fondé par
saint Finnian,
et
Bangor
fondé par
taint Coragall,
à cause de leur population ou de leur célébrité, que parée qu'ils ont enfanté les deux plus remarquables moines celtiques dont nous ayons à parler.
Ce sont Clonard et Bangor, qui comptèrent l'un et l'autre le chiffre consacré de trois mille religieux. L'un , fondé par saint Finnian , lui aussi vénéré comme le guide céleste d'âmes innombrables l . Né en Irlande, mais élève de saint David et d'autres moines de la Bretagne, où il passa trente ans avant de rentrer dans son pays pour y créer la grande école monastique de Clonard, d'où les saints, dit un historien*, sortirent aussi nombreux que jadis les Grecs des flancs du cheval de Troie.
L'autre, le troisième Bangor, glorieux rival des deux monastères du même nom en Cambrie, fondé sur les bords de la mer d'Irlande, en face de la Bretagne5, par Comgall, qui était issu d'une famille souveraine chez les Pietés d'Irlande, mais qui avait, comme Patrice, Finnian et tant d'autres, séjourné en Bretagne. Il donna une règle, écrite en vers irlandais, à cetlc communauté, dont la renommée devait éclipser en Europe celle de tous les autres monastères irlandais, et dont les trois mille frères, divisés en sept chœurs alternatifs, chacun de trois cents chanteurs, chantaient jour et nuit les
i . Innumeras ad patriam animas cœlestem ducens.