‹ Les moines d'OccidentChapitre 24 sur 113 · Bol l and, t. I Martii, p · texte numérisé non relu

Bol l and, t. I Martii, p

3. Cum fratribus viam prope civitatis confinia in proclivio cayabat, quo ad deferenda necessitatum onera viantibus facilior fieret accessus. Quid tu tam desidiose et segniter laboras ? At ille. . . ferrum quod manu tenebat, id est bipennem in altum elevans, in cervice eum ferire conatus est. Ap. Rees, p. 133. — Dans cette légende, le monastère est toujours qualifié de civitas, ce qui répond bien à Vidée de l'agrégation sociale et industrielle que formait un établissement cénobitique de cette époque.

d'obéissance et d'humilité, il s'embarqua pour Tirlande. Toutes les abeilles du monastère de saint David le suivirent. Il eut beau ramener le navire • où elles s'étaient posées à la proue, et aller dénoncer les fugitives à son supérieur. Trois fois de suite il essaya de s'en débarrasser. Il se résigna enfin à les emmener avec lui dans l'île où jusqu'alors on n'en avait jamais vu. Par ce gracieux récit la légende enchâssait dans la reconnaissance des chrétiens le souvenir du laborieux disciple de saint David, qui le premier avait introduit l'élève des abeilles en Irlande, où elle se répandit promptement et devint une richesse du pays. On sait gré à cette même légende de nous raconter de plus que le vieil émigré s'occupait surtout en récoltant son miel de procurer aux pauvres un aliment plus doux que leur Développement grossière et habituelle nourriture *. monarque (jrâce à cette émigration incessante, l'Irlande, sousS'artion du cinquième au huitième siècle, devint l'un des

des moines .. „ i 1 • .• • i 1 i

cambriens. principaux foyers du christianisme dans le monde ; et non-seulement de la vertu et de la sainteté chrétiennes, mais encore de la science, de la littérature, de la civilisation intellectuelle dont la foi nouvelle

1. Cuncta apum muitiiudo eum secuta est, secumque in navi uni insederat collocavit in prora navis... Aiveariis ad nutriendos exaininum fétus operam dédit quo indigent ibus aliqua suavioris cibi oblectamenta procuraret... Hîbernia autem in qua nunquam usque ad illud tempus apes vivere poterant, nimia mellis fertilitate dotatur. Ap. Rees, p. 154. —Cependant Colgan [Act. SS. Htbernix, 13 februar.) dit qu'il y en avait déjà en Irlande.

la foi.

allait doter l'Europe, délivrée du paganisme et de l'empire romain. Cette floraison présenta deux phénomènes remarquables : la prédominance temporaire, pendant un ou deux siècles, de certains rites et usages propres à l'Église bretonne, et le prodigieux développement des institutions monastiques. Quant aux usages bretons, à mesure qu'ils se manifestent dans ^8r"t"£8 l'histoire sous les successeurs de Patrice, on voit bien a'inté«»s«nt

7 en rien

qu'ils ne différaient des usages romains que sur quelques points qui semblaient alors d'une grande importance, et qui en réalité n'en avaient aucune; ils ne variaient que sur la date à préférer pour la célébration de la fête de Pâques, sur la forme et la dimension de la tonsure monastique, sur les cérémonies du baptême &. Rien dans ces questions ne touehait au dogme ni à l'autorité souveraine du Saint-Siège en matière de foi, et il est impossible d'appuyer sur des faits ou des monuments authentiques les doutes sur l'orthodoxie des Irlandais, empruntés à l'érudition insuffisante et partiale des anglicans du siècle dernier par divers auteurs de nos jours, tels que Rettberg et Augustin Thierry. Cette orthodoxie fut dès lors, ce qu'elle a toujours été depuis, irréprochable.

1. Un savant anglican de nos jours, le docteur Todd, dans son Mémoire sur saint Patrice, publié en 1863, a reconnu que l'Église irlandaise du sixième siècle ne différait en rien du reste de l'Église catholique quant à ses doctrines, ce qui ne l'empêche pas de pré tendre qu'elle était indépendante du Saint-Siège. Voir sur cette question un excellent article du Home and Foreipn Revient de janv. 4864.

La foi catholique, la foi romaine, régnait donc sans réserve dans les immenses et innombrables communautés qui constituaient la principale force de l'Église fondée par saint Patrice et ses collaborateurs bretons. Cette Église avait tout d'abord revêtu un caractère presque exclusivement monastique. La succession épiscopale y demeura longtemps inconnue ou confuse ; l'autorité des évêques, dépourvus de toute juridiction locale, y fut subordonnée à celle des abbés, quand ceux-ci n'étaient pas euxmêmes revêtus du caractère épiscopal. Patrice avait converti une foule de petits princes, chefs de tribus ou de clans : tous les saints primitifs de l'Irlande se rattachaient à ces familles souveraines, et presque tous ces chefs de clans convertis embrassaient la vie religieuse. Leurs familles, leurs clients, leurs dépendants, suivaient leur exemple. lie prince, en se faisant moine, devenait naturellement abbé et restait ainsi, dans la vie monastique, ce qu'il avait été dans la vie séculière, le chef de sa race, de son clan.

Les premiers grands monastères de l'Irlande ne furent donc autre chose, à vrai dire, que des clans réorganisés sous une forme religieuse. De là le nombre prodigieux de leurs habitants, que l'on comptait par centaines et par milliers i ; de là aussi leur influence et leur fécondité plus prodigieuse encore. Dans ces vastes cités monastiques, s'enracinait

1. Le chiffre de trois mille religieux est celui que l'on retrouve sans cesse dès qu'il s'agit d'un des grands monastères de l'île.

dès lors et pour toujours cette fidélité à l'Eglise dMrJ^^f que l'Irlande a «maintenue avec une constance Mandait, héroïque pendant quatorze siècles, à rencontre de tous les excès comme de tous les raffinements de la persécution. Là se formait aussi toute une population de savants, d'écrivains, d'architectes, de ciseleurs, de peintres, de calligraphes, de musiciens, de poètes, d'historiens, mais surtout de missionnaires et de prédicateurs, destinés à propager les lumières de l'Évangile et l'éducation chrétienne, non-seulement dans tous les pays celtiques dont l'Irlande fut toujours la mère nourricière, mais dans toute l'Europe, chez tous les peuples germaniques, chez les Francs et les Burgondes, déjà maîtres de la Gaule, comme chez les riverains du Rhin et du Danube, et jusqu'aux extrémités de l'Italie. De là sortaient ces armées de saints plus nombreux, plus nationaux, plus populaires et, il faut l'ajouter, plus extraordinaires en Irlande que dans aucun autre pays chrétien.

Tout le monde sait que l'Irlande reçut alors du témoignage unanime de la chrétienté le nom d'Ile des Saints1 ; mais on sait beaucoup moins que ces saints se rattachent tous ou presque tous aux institutions monastiques qui conservèrent en Irlande une discipline et une régularité persévérantes, mais singu-

1. Hibernia, insula sanctorum, sanctis et mirabilibus perplurimis sublimiter plena habetur. Maruhus Scotus, Chron. ad ann. 096 (A. D, M9), ap. Pebtz, Monumenta, t. VII, p. 544.

Les

trois ordres

de

saints.

Brendan

le voyageur.

lièrement alliées aux violences et aux bizarreries du caractère national. Les anciens «monuments de la tradition irlandaise nous les montrent classés et comme rangés en bataille par l'imagination poétique et belliqueuse des Celtes d'Irlande, en trois ordres ou bataillons : le premier, commandé par saint Patrice, composé exclusivement d'évêques romains, bretons, francs ou scots qui resplendissaient comme le soleil; le second, commandé par saint Golumba et composé surtout de prêtres qui brillaient comme la lune; le troisième, sous les ordres de Colman et d'Àidan, composé à la fois d'évêques, de prêtres et d'anachorètes qui brillaient comme les étoiles1. Signalons, en passant, dans cette foule béatifique, les voyageurs fameux et les moines navigateurs. Tel fut Brendan, dont les pèlerinages fantastiques dans le vaste Océan, à la recherche du Paradis terrestre, d'âmes à convertir, de régions inconnues à découvrir, ont pris la forme de visions toujours admirablement pénétrées de l'esprit de Dieu et de la vérité théologique*. En mettant toujours l'imagination ainsi que l'esprit d'aventure au service de la foi et de l'idéal des vertus chrétiennes, ces visions ont mérité de compter parmi les sources

1. Ussher, Antiquities, p. 473, 490, 913. — Le très-savant primat anglican se faisait aider dans ses recherches sur l'histoire et l'archéologie de l'Irlande par David Rooth, évêque catholique. d'Ossory, à qui il en témoigne publiquement sa reconnaissance dans divers en droits de ses écrits. Cf. Lanigatc, t. I, p. 5; t. II, p. 13.

2 La VlLLEMARQCÉ, Op. Ctt.

poétiques de la Divine Comédie '. Elles ont exercé une influence énergique sur l'imagination des peuples chrétiens pendant tout le moyen âge et jusqu'aux jours de Christophe Colomb lui-même, h qui l'épopée maritime de saint Brendan semble avoir montré la roule de l'Amérique1.

À côté de ce moine voyageur, citons, comme type des religieux qui restaient en Irlande pour la féconder par leurs travaux, un moine - évoque d*^. nommé Dega ou Dagan, qui passait ses nuits à tran- moineetév*quc scrire des manuscrits, et ses jours à lire et à ciseler fa». le fer et le cuivre. 11 était si laborieux, qu'on lui attribue la fabrication de trois cents cloches, de trois cents crosses d'abbés ou d'évêques, et la transcription de trois cents évàngéliaires. « Je rends grâce à mon Dieu, » disait-il en préchant aux moines de Bangor, « de ce qu'il m'a fait reconnaître en vous les trois ordres de moines que j'ai déjà vus ailleurs : ceux qui sont des anges par la pureté ; ceux qui sont des apôtres par l'activité; et ceux qui seraient des martyrs, s'il le fallait, par leur promptitude à verser leur sang pour le Christ5. »

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