A Himba, dont on ne sait pas le nom moderne
3. Ut etiam pœnitentibus aliqua pnecipit consola tio indulgeretur. . . Erit tempus quo cum furacibus furtive carnem in sylva manducabis. . . Adamn., I, 21.
Malgré ces précautions cl cette apparente dureté, le nombre des néophytes qui se pressaient pour vivre sous la règle de Columba augmentait de plus en plus. Tous les jours et à chaque instant du jour l'abbé et ses compagnons, du fond de leurs cellules ou pendant leurs travaux en plein air, entendaient pousser de grands cris de l'autre côté de l'étroit bras de mer qui sépare Iona de File voisine de Mull. Ces cris étaient le signal convenu pour ceux qui voulaient être admis à Iona et qu'il fallait envoyer chercher dans une barque du monastère1. Parmi ceux que cette barque amenait, quelques-uns ne désiraient que des secours matériels, des aumônes ou même des médicaments; mais la plupart demandaient à faire pénitence et à passer un temps plus ou moins long dans le nouveau monastère. Columba savait soumettre leur vocation à de longues épreuves. Une fois seulement on le vit imposer en quelque sorte le vœu monastique à deux pèlerins au moment même de leur arrivée, parce qu'un instinct surnaturel lui avait révélé et leurs vertus et leur mort prochaine5.
1 . A lia die, ultra fretum Ionae insulae clamatum est, quem sanctus, sedens in tuguriolotabulissuffultoaudiens, clamorem... Mane eadem quarta feria, alius ultra fretum clamitabat proselytus... Quadam die, quemdam ultra fretum audiens clamitantem, sanctus... Valde miserandus est ille clamitans homo, qui aliqua ad carnalia medicamenta petiturus pertinentia, ad nos venit... Ite, ait, celeriter p^regrinosque de longinqua venientes regione, ad nos oeius adductte... Adam*., 1, 25, 26, 27, 32, 43.
2. Apud me, ut dicitis, anni unius spatio peregrinari non poteritis, nisi prius monachicum promiseretis votum. Adakn., I, 32.
170 SAINT COLl'MB.l,
Propagation L'étroite enceinte d'Iona devint bientôt trop res-
inonasttque • i •
diona. serrée pour cette foule croissante, et de cette petite Fondations colonie monastique sortirentsuccessivementun essaim
d« Columba en *
fieosse. de colonies analogues qui allèrent implanter, dans les îles voisines et sur le continent de la Calédonie, des communautés tilles d'Iona et soumises à P autorité de Columba.
Les anciennes traditions lui attribuent la fondation de trois cents monastères ou églises tant en Calédonie qu'en Hibernie, dont cent dans les îles ou sur les rivages maritimes des deux pays. L'érudition moderne a retrouvé et enregistré les noms de quatre-vingt-dix églises qui font remonter leur origine jusqu'à lui, et qui toutes ou presque toutes devaient se rattacher, selon l'usage du temps, à des communautés monastiques*. La trace de cinquante-trois de ces églises subsiste encore dans l'Ecosse moderne, inégalement partagées entre les régions habitées par les deux
i . Jocelyn, dans sa Vie de saint Patrice, c. 89, Lui en attribue cent ; ce chiffre est porté à trois cents par O'Donnell, I. m, c. 32. Coigan en a nommé soixante-six, dont Columba aurait été le fondateur, soil directement, soit indirectement (c'est six de plus que saint Bernard). Cinquante-huit de ces fondations sont situées en Irlande. Mais Coigan regarde comme ayant été fondées par lui presque toutes les églises d'Ecosse antérieures à la date de sa mort, en 597. Bède, m, 4, semble donner Durrow et Iona comme les seules fondations directes de Columba, et les autres comme procédant de ces deux : « Ex utroque monasterio plurima exinde monasteria per discipulos et in Britannia et in Scotia propagata sunt. » Mais il se trompe évidemment, au moins en ce qui touche Derry. — Toutes ces communautés réunies sous la suprématie de l'abbé d'Iona portaient la dénomination de Famtiia Columba-Cille.
races qui se partageaient alors la Calédonie1. Les îles de l'ouest et la contrée occupée par les Scots venus d'Irlande en renferment (rente-deux; les vingt et une autres signalent les principales stations du grand missionnaire dans le pays des Pietés. Les juges les plus éclairés parmi les protestants écossais s'accordent à faire remonter aux enseignements de Columba, à ses fondations et à ses disciples, toutes les églises primitives et la très-ancienne division paroissiale de l'Ecosse1.
Mais il est temps de dire quelles étaient ces popu- Relations lations dont Columba venait conquérir la confiance coiumi» et où se recrutaient les communautés de sa famille les portions
. de ta
monastique. caumoni*.
La région de la Grande-Bretagne qui a reçu le nom de Calédonie ne comprenait pas toute l'Ecosse moderne ; elle n'embrassait que les contrées au nord de l'isthme qui sépare la Clyde de la Forth, ou Glasgow d'Edimbourg. Au nord et à l'est, toute cette région était entre les mains de ces terribles Pietés dont les
1. Cette énumération du docteur Reeves (Appetul. Il) pourrait être fort augmentée, à ce qu'il dit lui-même. Les trente-deux églises ou monastères inter Scottoi comprennent celles des îles de l'archipel des Hébrides, telles que Skye, Mull, Oronsay et jusqu'à l'îlot si reculé de Saint-Kiida, dont une des trois églises portait son nom. Dans les vingt et un inter Pktos est compris Inchcolm, île près d'Edimbourg. Ces cinquante-trois et les trente-sept déjà relevés par le docteur Reeves, en Irlande, arrivent bien près du chiffre de cent, donné par l'auteur de la Vie de saint Patrice.
2. Voir surtout Cosmo lirons, le modeste et savant auteur des excellents ouvrages intitulés : Scotland in the middle-cçet, 1860, et Sketçhêê ofEarly Scotch History, 1861 .
SAINT COLUMBÀ,
La colonie irlandaise
des
Dal-Radiens
en
Ecosse.
Romains n'avaient pas pu venir à bout, et qui étaient la terreur des Bretons. Mais à l'ouest et au sud-ouest, sur la côte où avait abordé Columba, il trouvait une colonie d'hommes de son pays et de sa race, c'està-dire des Scots d'Irlande, destinés à devenir les seuls maîtres de la Calédonie et à lui donner son nom d'Ecosse1.
Depuis plus d'un demi-siècle, et à la suite de plusieurs autres invasions ou émigrations analogues, une colonie d'Irlandais, ou, comme on disait alors, de Scots, appartenant à la tribu des Dalriadiens*, avait
1 . Ne nous lassons pas de répéter ce qu'il a fallu toute la science d'Ussher, de White, de Colgan, de Ward, pour prouver, savoir : que la sainte et savante Scotia des anciens n'était autre chose que Tirlande. La dénomination de Scotia ne devint l'apanage exclusif des Écossais, c'est-à-dire des colons irlandais en Calédonie, que vers les douzième et treizième siècles, au temps de Giraldus Cambrensis, au moment où la puissance des vrais Scots déclinait en Irlande, sous la conquête anglo -normande. Les Bollandistes ont appliqué le nom très-approprié de Scotia Nova ou Hiberno-Scotia aux colonies scotiques venues d'Irlande dans l'Ecosse actuelle. Vita S. Cadroë, ap. Acr. SS. Mautii, t. I, p. 475, et Vita S. Domnani, Act. SS. Aprilis, t. II, p. 487. Les Anglais modernes se servent aussi d'une dénomination historiquement exacte, en qualifiant de North Britain le royaume d'Ecosse depuis son union avec l'Angleterre. — M. Varin, dans les mémoires que nous avons déjà cités, a constaté l'obscurité des origines politiques et religieuses de la Calédonie; il remarque que des trois populations primitivement signalées dans cette partie de la Grande-Bretagne, la seule qui ait conservé son nom est celle qui était arrivée la dernière sur le sol qui de ce nom s'appelle encore l'Ecosse. Il n'est d'ailleurs pas éloigné de croire que l'Irlande a parfois revendiqué pour elle des faits civils et religieux accomplis au sein de sa colonie.
2. Ces Dalriadiens provenaient eux-mêmes des Pietés, qui, sous le
traversé la mer qui sépare le nord-est de l'Irlande du nord-ouest de la Grande-Bretagne, et s'était créé un établissement entre les Pietés du nord et les Bretons du midi, dans les iles et sur la côte occidentale de la Calédonie, au nord de l'embouchure de la Clyde et dans la contrée qui a pris depuis le nom d'Argyle. Les chefs ou rois de cette colonie dalriadienne, destinés à devenir la souche de ces fameux et infortunés Stuarts qui ont régné sur l'Ecosse et l'Angleterre, avaient dès lors consolidé leur pouvoir naissant avec l'aide des princes Nialls, qui dominaient dans le nord de l'Irlande, et dont Columba était ibsu. Col u m ha coiumba, leur tenait d'ailleurs par un lien très-proche; sa de grand' mère paternelle était fille de Lorn, le premier ou l'un des premiers rois de la colonie 4 ; il était donc parent du roi Connal, sixième successeur de Lorn et qui, au moment de son débarquement, était depuis trois ans le chef des émigrés scoliques en Calédonie. ma lona, où il s'était fixé, se trouvait à la limite septentrionale de la domination alors encore très-limitée des Dalriadiens, et pouvait être regardée comme une dépendance de leur nouvel État, non moins que de celui des Pietés, qui occupaient tout le reste de la Calédonie. Columba entra aussitôt en relation avec
nom de Cruithne ou Cruilhnii, avaient longtemps dominé sur une partie de l'Irlande. Voir Reeves, p. 35, 67 et 91. O'Kelly, notes de la nouvelle édition du Cambremis E versus, de Lynch, t. î, p. 456, 463, 495. Au temps de. Columba, ils occupaient encore les comtés actuels d'Àntrim et de Down.
i.Voir le tableau généalogique dans Reevej, p 8, note 4.
ce prince : il alla le trouver dans sa résidence de terre ferme, et obtint de lui, au double titre de compatriote et de cousin, la donation de l'îlot inhabité où il venait de s'établir \
Ces Scots, venus d'Irlande depuis la conversion de
l'île par saint Patrice, étaient probablement chrétiens,
rciaii e comme tous les Irlandais, au moins de nom ; mais on
et . , .,
confirme leur ne voit chez eux aucune trace certaine d organisation
christianisme .... . ,,. . .
imparfait, ecclésiastique ni surtout d institutions monastiques avant l'arrivée de Columba à Iona. Pas plus que sur les Pietés méridionaux l'apostolat de Ninias et de Palladius ne semble avoir produit sur eux d'impression durable1. Il Fallait un nouvel apostolat de missionnaires celtiques pour renouveler l'œuvre des missionnaires romains, antérieure d'un siècle*. Columba et ses disciples ne négligèrent rien pour fortifier et propager la religion chez leurs compatriotes émigrés comme eux. On le voit, dans les récits d'Àdamnan, administrer le baptême et les autres secours de la religion aux populations de race scotique dont il traversait les territoires, en y posant les premières assises de ses fondations monastiques.