Ventum tibi contrarium caliginemque umbrosam superindu
indomptable fut enfin conquise par le missionnaire irlandais. Avant d'achever sa glorieuse carrière, il avait parsemé leurs forêts, leurs défilés, leurs montagnes inaccessibles, leurs bruyères sauvages, leurs îles à peine habitées, d'églises et de sanctuaires monastiques.
Golumba eut pour collaborateurs dans ses nom- ses breuses missions chez les Picles des religieux irlandais, venus avec lui à lona ou qui l'y avaient rejoint plus tard. La renommée de ces bienfaiteurs, de ces civilisateurs obscurs d'une région si reculée, a disparu bien plus complètement encore que celle de Columba ; c'est à peine si l'on peut démêler leur soutenir dans les traditions de quelques églises dont on retrouve l'emplacement sur les vieilles caries d'Ecosse. Tel fut Malruve (642-7221), proche parent de Golumba et descendant comme lui de la race royale des Nialls, mais formé dans le grand monastère de Bangor, qu'il avait quitté pour suivre son illustre cousin en Albanie, en passant par lona. Il lui survécut longtemps, car il fut pendant cinquante et un ans abbé d'une communauté située à Apercrossan*,
cain... Chris tum invocat, cymbulamque ascendens nautis haesitantibus, ipse constanter factus vélum contra ventum jubetsubrigi... omnique inspectante turba, navigium flatus contra ad versos mira occurrit velocitate. . Adamn., II, 34.— Le lieu où il débarqua est aujourd'hui occupé par le fort Augustus, où commence le canal Calédonien.
1. W. Restes, Saint Maelrubha : hishiitory and churches. Edinburgh, 1861. — Cf. Act. SS. Bolland., t. VI August.,p. 132.
2. Aujourd'hui Applecross. — Vingt et une paroisses du nord de Ecosse ont été primitivement dédiées à ce saint.
sur la plage nord-ouest de la Calédonie, en face de la grande île de Skye, avant d'expirer, selon la tradi lion locale, sous le fer des pirates norvégiens.
Sur la rive opposée, dans ce massif saillant qui forme l'extrémité orientale de l'Ecosse et qui s'est appelé depuis le comté de Buchan, diverses églises font remonter leur origine à Golumba et à l'un de ses disciples irlandais nommé Drostan. Lemor-maer ou chef du pays leur avait d'abord refusé la permission de s'y établir ; mais, son fils étant tombé mortellement malade, il courut après les missionnaires eu» leur offrant le territoire nécessaire à leur fondation et en leur demandant de prier pour le moribond . Ils prièrent, et l'enfant guérit. Après avoir béni le nouveau sanctuaire, et prédit qu'aucun de ceux qui le profaneraient ne vaincrait ses ennemis ou m* vivrait longtemps, Golumba y installa son compagnon et se mit en devoir d'aller plus loin. En se voyant ainsi condamné à vivre loin de son maître, Drostan ne put retenir ses larmes; car tous ces vieux saints dans leur rude et laborieuse carrière s'aimaient avec une tendresse passionnée, qui n'est certes pas le trait le moins attachant de leur caractère, et qui fait reluire sur leurs fronts, au milieu des obscurités de la légende, une flamme inextinguible. Alors Columba dit: « Nous appellerons ce larmes. j jeu je monastère des larmes ; » et ce nom est toujours resté depuis lors à la grande abbaye1 qui a
1 . Said Columb-cille : « let Déar (Tear) be its name hencefor-
U monastère des
duré mille ans sur cet emplacement : (>*ii teminavt in lacrymis, in exultatione metent.
ward.» — Ce récit se trouve en langue celtique dans le plus ancien manuscrit qui soit relatif à l'Ecosse ; il est du neuvième siècle et a été récemment découvert à Cambridge : il va être publié sous le nom de Book of Deir. Cosmo Ikhes, Scotland in the middle age$, p. 335. Wbitley Stokes, Saturday Review du 8 décembre 1860. — Le monastère do Deir fut reconstruit pour les Cisterciens par le comte de Bûcha n, en 1213. La prédiction de Columba se vérifia au détriment de la famille du comte Maréchal, qui fut le premier dévastateur du monastère, après la Réforme. Ce comte, chef de la grande maison de Keitli, l'avait reçu en don du roi Jacques VI. En vain sa femme, fille d<> lord Home, l'avait-elle supplié de ne pas accepter cette donation sacrilège. Il ne Técoutapas. La nuit suivante elle vit en songe une quantité de moines, vêtus comme ceux de Deir, entourer le château principal du comte, \cCraig deDunnotyr, situé sur un rocher immense au bord de la mer. - Us se mettent à' démolir le rocher, sans autre outil que des canifs ; à cette vue la comtesse va chercher son mari pour qu'il les détourne de cette entreprise : mais quand elle revient, le rocher et le château avaient déjà été minés et renversés par les canifs des moines, et l'on ne voyait plus rien que le débris du mobilier flottant sur la mer ! — On interpréta aussitôt cette vision comme l'annonce dune catastrophe future, et l'emploi des canifs par la longueur du temps qui s'écoulerait avant sa vérification. Dès ce moment cette puissante maison alla s'appauvrissant et succomba en 1715 dans la rébellion stuartiste.