Adamn.. II
APOTRE DE II CALÉDOiME. 183
r{ le roi lui-même qui se trouvait parmi eux '• Il ne se bornait pas à chanter en latin, il prêchait ; mais, comme le dialecte celtique de ses compatriotes les Scots différait de celui des Pietés, qu'il ne savait pas, il lui fallait employer un interprèle1, u prêche pat
n , , • a<-» v interprète.
Sa parole n'en était pas moins efficace, bien que partout contrecarrée par les exhortations en sens contraire ou les dérisions des prêtres païens* Son naturel passionné, aussi prompt à l'amour qu'à la colère, se faisait jour à travers ses prédications apostoliques comme naguère dans les luttes de sa jeunesse; et bientôt se formaient entre lui et ses néophytes des liens d'une tendresse intime, active et que l'on n'invoquait jamais en vain. Un Picte qui, l'ayant entendu prêcher par interprète, s'était converti avec sa femme et toute sa famille, devint son ami et recevait souvent sa visite. Un des fils du nouveau converti tomba mortellement malade; les druides profitèrent de ce malheur pour aller chez les parents désolés leur reprocher la maladie de leur enfant comme le châtiment de leur apostasie et
1 . Dura cum paucis fratribus extra régis munitionem vespertinales Dei laudes ex more celebraret, quidam Magi...
2. Verbum vitœ per interpretatorem sancto predicante viro. Adam*., (I, 32. — Bede constate qu'il y avait cinq langues différentes employées dans la Grande-Bretagne et les compare aux cinq livres du Peutateuque : Anglorum videlicet (c'est-à-dire les Anglo-Saxons], Britonum, Scottorum, Pictorum et Latinorum quœ meditatione Scripturarum cœteris omnibus est facta communis. /frsf . Eccl 1, 1 .— Ce texte, si important pour l'histoire de la philologie, ne l'est pas moins pour constater à quel point la connaissance de l'Écriture sainte était dès lors répandue chez les peuples catholiques.
Son
respect
pour
les vertus
naturelles.
vanter la puissance des anciens dieux du pays, si supérieure à celle du Dieu des chrétiens. Columba, prévenu, accourut auprès de son ami ; quand il arriva, l'enfant venait d'expirer. Après avoir consolé de son mieux le père et la mère, il demande à entrer seul dans le réduit où repose le corps de l'enfant. Là, il s'agenouille et prie longtemps tout baigné de larmes. Puis, se relevant, il dit : « Au nom du Seigneur Jésus-Christ, reviens à la vie et lève-toi. » A l'instant l'àme revient vivifier le corps de l'enfant. Columba l'aide à se lever, raffermit ses pas, le conduit hors de la cabane et le rend à ses parents. La vertu de la prière était aussi invincible chez notre saint, dit Adamnan, que chez Élie et Elisée dans l'ancienne loi, ou dans la nouvelle chez saint Pierre, saint Paul et saint Jean1.
Tout en prêchant ainsi la foi et la grâce par l'intermédiaire d'un traducteur, il savait reconnaître, admirer et proclamer, jusque chez ces peuplades sauvages, les lumières et les vertus de la loi naturelle. Il en discernait les rayons chez tel auditeur inconnu , à l'aide du don surnaturel de lire dans le secret des cœurs et dans la nuit de l'avenir, qui se
1 . Quidam plebeius (ce terme est toujours employé par Adamnan comme synonyme de laïque, mais de laïque riche ou considérable)*.... Magi parentibus saepe cum magna exprobratione cœperunt illudere, suosquè quasi fortiores magnificare deos, christianorum Deo' quasi iniirmiori derogare. . Hoc noster Columba cum Elia et Eiiseo.. Petro et Pauloet Joanni... habebatsibi commune virtutis miraculum. Adamx., 11,32.
développa de plus en plus en lui à mesure que
s'étendait sa carrière apostolique. Un jour, pendant
qu'il évangélisait l'île principale des Hébrides, et la
plus voisine du continent1, il s'écria tout à coup:
« Mes fils, aujourd'hui même vous allez voir arriver Baptême
« dans cette île un vieux chef de cette nation des ™«" chefs
Pietés
« Pietés qui a gardé fidèlement toute sa vie les pré- dansniedeskye, « ceptes de la loi naturelle ; il y viendra pour être « baptisé et pour mourir. » En effet, on vit bientôt approcher de la rive une barque où était assis à la proue un vieillard tout décrépit qu'on reconnut pour être le chef d'une des tribus voisines. Deux de ses compagnons l'enlevèrent sous les bras et vinrent le coucher devant le missionnaire, dont il écouta attentivement la parole, reproduite par l'interprète. Le discours fini, le vieillard demanda le baptême, puis rendit le dernier soupir et fut enterré à la place même où il avait débarqué*.
Plus tard, dans une de ses missions ultérieures, comme il voyageait déjà vieux aux bords du Loch-Ness et toujours dans la région située au nord de l'arête centrale du dorsum Britannix, il dit aux disciples
1. Celle de Skye, la même où le prétendant Charles-Edouard séjourna longtemps, en 1746, après la défaite de Culloden. et fit In rencontre de Flora Macdonald.
2. 0 filii, hodie in hac terrula quidam gentilis senex naturale pér totam bonum custodiens vitam, et baptizabitur et morietur. . Navicula ciijus inprora ad vertus est decrepitus senex Geonae prima riuscohortis, quem bini juvenes de navi sublevantes, ante beati conspectum viri deponunt... Verbo Dei a sancto per interprètent! recepto... Adam*., 1,35.
et dans Tilen Urquhart.
Son humanité.
L'esclave irlandaise.
qui l'accompagnaient : « Marchons vite et allons au- « devant des anges qui sont descendus du ciel et qui « nous attendent, auprès d'un Picle qui a fait le c< bien selon la loi naturelle, pendant toute sa vie et a jusqu'à une extrême vieillesse; il faut que nous a puissions le baptiser avant sa mort. » Puis, hâtant le pas et devançant ses disciples, autant que le permettait son grand âge, il arriva dans une a allée retirée qui s'appelle aujourd'hui Glen Urquhart et où il trouva le vieillard qui l'attendait. Ici il n'est plus question d'interprète, ce qui fait supposer que dans ses vieux jours Golumba avait appris la langue des Pietés. Le vieux Picte l'écouta prêcher, reçut le baptême et rendit à Dieu, avec une joyeuse sécurité, l'âme qu'attendaient les anges entrevus par Golumba1 . L'humanité, non moins que la justice naturelle, revendiquait ses droits dans ce cœur généreux. Ce fut au nom de l'humanité*, nous dit expressément son biographe, qu'il implora la liberté d'une jeune esclave née en Irlande et captive d'un des principaux mages ou druides. Ce mage s'appelait Broïchan et vivait auprès du roi, dont il avait été le père nourri-
1. Ultra Britanniae dorsum iter agens... Properemus sanctis obviam angelis qui de cœlis aclpraeferendam alicujus gentilici aniraam emissi nos illuc expectant, ut ipsum naturale bonum per totam vitam usque ad eitremam sehectutem conservantem, priusquam moriatur, opportune baptizemus... Sanctus senex in quantum potuit comités festinus prsecedebat...et credens baptizatus est et continuo lsetus et securus, ciim angelis observantibus, ad Deum commigravit. Ad juin., III, 14.
2. Scoticam postulavit servant. . humanitatis miserai ione liberandam. M„ II, 55.
cier, ce qui constituait chez les peuples celtiques un lien d'une force et d'une autorité singulières1. Soi! par orgueil sauvage, soit par animosité contre la religion nouvelle, le druide écarta durement et obstinément la prière de Columba. ce Eh bien, » lui dit l'apôtre en présence du roi, « apprends, Broïchan, « que si tu refuses de rendre la liberté à cette capte live étrangère, tu mourras avant que je sorte « de cette province. » Cela dit, il sortit du château, se dirigeant vers cette rivière de Ness qui figure si souvent dans son histoire. Mais il est bientôt rejoint par deux cavaliers qui viennent lui annoncer de la part du roi que Broïchan, victime d'un accident providentiel, était à l'agonie et tout disposé à mettre en liberté la jeune Irlandaise. Le saint ramassa au bord de l'eau un caillou qu'il bénit et qu'il remit à deux de ses religieux, avec l'assurance que le malade
| 1 . I^es devoirs réciproques des nourriciers et de leurs nourrissons
Fosterage) étaient minutieusement réglés par les lois des Bretons.
Au douzième siècle, Giraldus Gambrensis remarquait encore que
chez les Irlandais les frères et les sœurs de lait étaient unis par un lien
plus fort et plus tendre que les frères et les soeurs du même sang.
I Le docteur Lynch, dans son Gambrensis Eversus (d'abord publié en
1662 et réédité par le professeur Kelly en 1850) s'étend sur l'importance du lien qui unissait les princes et les seigneurs irlandais à leur père nourricier et à leurs frères de lait; il rappelle Mardochée, le
' père nourricier d'Ësther; Clitus, le frère de lait d'Alexandre le Grand,
parmi divers exemples de l'histoire sainte et profane à l'appui de sa thèse. Son nouvel éditeur affirme (t. II, p. 441, 16 i) qu'au concile de Trente, l'évoque irlandais de Raphoë, Donald Mac Congal, démontra que le fosterage et le gossipred (cognatio spiritualis) étaient la principale sauvegarde de la paix publique en Irlande.
guérirait en buvant de l'eau où cette pierre aurait trempé, mais seulement à la condition expresse que la captive serait délivrée. Elle fut aussitôt remise aux compagnons de Columba et retrouva ainsi sa patrie en même temps que sa liberté1. •
Le druide guéri n'en demeura pas moins hostile à l'apôtre. Comme les mages de Pharaon, il voulut susciter contre le nouveau Moïse les résistances de la nature. Au jour fixé pour son départ, Columba, en arrivant, suivi d'une foule nombreuse, au lac étroit et allongé d'où sort la Ness et où il devait s'embarquer, trouva, comme l'en avait menacé Broïchan, un très-fort vent contraire et l'air obscurci par un épais brouillard. Les druides triomphaient < déjà. Mais Columba, montant dans sa barque, ordonna aux rameurs effrayés de tendre la voile contre le vent, et tout le peuple le vit naviguer rapidement et comme poussé par des brises favorables vers l'extrémité méridionale du lac par où il retournait n achève à Iona. Il ne partait d'ailleurs que pour revenir
de son vivant , . A . ., . 11
la conversion bientôt et il revint assez souvent pour achever la
des
Pietés. conversion de toute la nation picte en détruisant à jamais l'autorité des druides dans ce dernier refuge du paganisme celtique*. Cette race sanguinaire et
1 . Scito, Broichane, scito quia si mihi hanc peregrinam liberare captivai» nolueris, priusquam de hac revertar provincia, citius morieris... Nunc formidabiliter correptus ancillulam liberare est paratus... eademque hora liberata famula sancti legatis viri assignatur.
AOAMTf.,11, 33.