‹ Les moines d'OccidentChapitre 51 sur 113 · Augustin Thierry, Dix Ans d'études historiques · texte numérisé non relu

Augustin Thierry, Dix Ans d'études historiques

5. Efferati quidem excursores in obvias quasque lyras earuin proscissione multis in locis immaniter saeviant. Lynch, Cambrensis E ver sus, 1. i, c. 4, p. 316. — Cet auteur, qui écrivait en 1662, se crut obligé de donner une description détaillée de la harpe, de peur que cet instrument ne disparût dans la ruine générale de l'Irlande : « Quare opéra me pretium facturum existimo, si lyr.e formam lectori ob oculos ponam, ne iltius memoris gentis excidio... innexa obliteretur. » — Charles II, à peine rétabli sur le trône, laissa rendre un acte du parlement « contre les ménestrels vagabonds, pour réprimer leurs rimes et chansons scandaleuses. »

des Irlandais affamés, comme onze siècles plus lot, au temps où la courageuse et charitable Brigitte les voyait suspendues à la paroi du palais des rois1. Néanmoins la harpe esl restée l'emblème de l'Irlande jusque dans le blason officiel de l'empire britannique, et pendant tout le dernier siècle, le harpiste voyageur, dernier et pitoyable successeur des bardes protégés par Columba, se trouva toujours à côté du prêtre pour célébrer les saints mystères du culte proscrit. Jamais il ne cessa d'être ^ accueilli avec un tendre respect sous le toit dejJqrt£o4m chaume du pauvre paysan irlandais, consolé dans sa misère et dans son oppression par la plaintive tendresse et la solennelle douceur de la musique de ses aïeux.

La persévérance des traits distinclifs du caractère irlandais à travers les siècles est si frappante et les infortunes de cette noble race nous touchent de si près, qu'il est difficile de ne pas céder sans cesse à la tentation d'échapper aux époques lointaines où nous enchaîne notre sujet, pour suivre chez les généralions postérieures la trace douloureuse de tout ce qu'on a découvert ou admiré dans les siècles les plus reculés.

On nous pardonnera donc d'ajouter que, si le texte de ces protestations poétiques et généreusement obstinées contre l'asservissement de la patrie irlan-

1. Et vidit citharas in domo régis, et dixit : Citharizate nobis cttharis vestris. Tertia Vita sa net y Briaitp, c. 75. p. 536, ap. Colcav.

daise a péri, )a vie intime en a néanmoins survécu dans la pure et pénétrante beauté des vieux airs irlandais. Leurs accords, leurs refrains d'un naturel, d'une originalité, d'un pathétique inimitables, remuent les plus intimes profondeurs de l'âme et font frémir toutes les fibres de la sensibilité humaine, us En ce siècle même, un poète vraiment national,

Mélodie* . , i ,

mandat*™ Thomas Moore, en leur adaptant des paroles em-

de Xoore.

preintes d'une fidélité passionnée à la foi proscrite, à la patrie opprimée, a su rendre- aux Mélodie* irlandaises une popularité qui ne fut pas le moins efficace des plaidoyers dans le grand débat de l'Émancipation des catholiques.

U Ce n'est pas seulement en Irlande, dans la patrie

au service de Columba et de Moore, qu'a survécu le génie de

des vaincus , , , . . ¥ .

en Ecosse la poésie celtique. 11 s est encore crée un refuge en inande. dans les glem des hautes terres de l'Ecosse, dans ces vastes bruyères, sur ces montagnes rudes et nues, et le long de ces lacs étroits et profonds qu'a si souvent visités l'apôtre Columba en portant la lumière de la foi aux Pietés de la Calédonie. Dans ces districts où se parle toujours, comme dans une grande portion de l'Irlande, la langue ersche ou gaélique, on a vu tout récemment encore, et au temps le plus prosaïque de la civilisation moderne, en plein dixhuitième siècle, la muse celtique, toujours mélancolique et populaire, inspirer les chants funèbres et belliqueux que les Highlanders ont consacrés au prétendant vaincu, à ses défenseurs égorgés. Et s'il faut

en croire un juge compétent et impartial1, ces dernières effusions de l'âme des races gaéliques l'emportent encore en plaintive beauté et en intime passion sur ces chants délicieux en anglo-écossais, que nul voyageur ne peut entendre sans émotion, et qui ont assuré du moins la palme de la poésie à cette cause des Sfuarls, si tristement représentée par ses princes, si mal servie par les événements, mais ainsi vengée, par la muse populaire et nationale, de la défaite irrémédiable de Cul loden.

1. Chabi.es Mackay, the Jacobite Sangs and Ballade of Scotland from 1688 to 1746. Introduction, p. 18.

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