Adamk., II
2. Ecce cetus mine et immensœ magnitudinis, se instar montis erigens, ora aperuit patula nimis dentosa^. Rémiges, deposito vélo, valde perterriti... illam obortam ex belluino raotu fluctuationem vix evadere potuerunt... Cui Baitheneus : Ego et illa bellua sub Dei potestate sumus... jEquor et cetum, ambabus manibus elevatis, benedicit intrepidus... Bellua magna se subiluctuimmergens... nusquam apparuit. Id., I, 19. — Jusqu'au dix-huitième siècle, les baleines fréquentaient ces parages, et ou en a vu soulever et retourner des bateaux pêcheurs. Hartin's Western Islande, p. 5. — Les baleines ont disparu aujourd'hui, ainsi que les phoques, qui, non-seulement du temps de Columba, mais encore en 1703, servaient de nourriture aux insulaires des Hébrides. Le monastère diona en entretenait un troupeau dans un tlot voisin... parvam insulam ubi marini nostri juris vituli generantur et générant... Un voleur vient les prendre; on lui donne des moutons pour en tenir lieu. Abu»., 1, 42.
flânes du navire, perforaient les peaux dont la carène était recouverte1.
Ce n'était pas la curiosité, ni l'amour du gain, ni u passion de ia même le désir de convertir les païens, qui pous* "t* saient les disciples de Golumba à affronter tous les ^me»* " hasards de la navigation dans une des mers les plus dangereuses du monde : c'était la soif de la solitude, le désir irrésistible de conquérir une retraite plus profonde, un asile plus reculé encore que celui d'Iona, sur quelque roc inconnu au milieu des solitudes de l'Océan, où personne ne voudrait les rejoindre et d'où nul ne pourrait les ramener. Us revenaient à lona sans avoir atteint leur but, tristes, mais non découragés ; et, après quelque repos, ils reprenaient la mer pour recommencer leur ardente recherche9.
C'est ainsi qu' ilsdécouvrirent, à cent lieues à l'ouest, l'îlot escarpé et presque inabordable de Saint-Ki Ida8,
1. Quaedani, usque in id temporis invisse mare obtegentes occurrerant tetrae et infeste nimis bestiolae quae horribili impetu carinam et latera, puppimque et proram ita forti ferebant percussura, ut peHioeam tectum navis penetrale putarentur penetrare posse. Prope ranarum magnitudinem aculeis permolest», non volatiles, sed nautiles, sed et remorum palmulas infestabant. A dam s., II, 42.
2. Desertumin pelagointransmeabili invenire optantes. .. Adaxn., Il, 42. — Baitbeneus... benedici a sancto petivit cum ceteris, in mari eremum queesiturus, post longos per ventosa circuitus œquora, cremo non reperto, in patriam reversus... Id. , I, 20.
5. En 1758, on y voyait encore, avec plusieurs édifices religieux d'une date très-reculée, une église dédiée à saint Golumba, et les habitants de File, quoique calvinistes, célébraient encore le jour de sa fête en portant tout le lait recueilli dans les vacheries au gouverneur ni fermier de l'Ile qui appartenait alors en entier à un seigneur du clan des Macleods; ce fermier en faisait distribuer par portions égaies
Découvertes
deSaint-Kilda,
des
lies de Fer
et de l'Islande.
Cormac aux Orcades.
que la hardiesse de ses oiseleurs a depuis rendu si fameux ; puis bien au nord des Hébrides et même des Orcades, ils atteignirent les îles Shetland, l'Islande même, selon quelques-uns, qui n'est qu'à six jours de voile du nord de l'Irlande, et dont la première église chrétienne porte le nom de Columba, enfin les îles de Fer où les Norvégiens trouvèrent plus tard les traces du séjour des moines irlandais, leurs livres celtiques, leurs croix et leurs cloches*. Cormac, le plus hardi de ces intrépides explorateurs, fit trois longues, laborieuses et périlleuses excursions sur l'Océan, avec l'espoir toujours infructueux d'atteindre le désert qu'il rêvait. Une première fois, en abordant aux Orcades, il n'échappa à la mort, dont les sauvages habitants de cet archipel menaçaient les étrangers, qu'au moyen des recommandatiom que Columba avait obtenues du roi des Pietés, déjà converti, à l'adresse du roi encore païen des insulaires
à chaque homme, femme ou enfant de l'ile. Histoire de S. Kilda, par Kenneth Macaulay, p. 71 de la traduction française, Paris, 1782. Cet îlot, qui est le point le plus occidental de l'Europe, est célèbre par les exploits des chasseurs qui se suspendent à des cordes le long des falaises verticales; elle n'a guère que quatre-vingts habitants; on y montre le site d'une chapelle dite de saint Columba avec un cimetière et des sources consacrées et médicales. On y observe encore la fête de saint Columba.
1. Landnamabok, ap. Antiq. Celto-Scand., p. 14. — Dicuil, qui écrivait en 795, constate que, cent ans auparavant, les îles Feroer avaient été habitées par des eremitœ ex nostra Seotia navigantes. Éd. Letronne, p. 39. •— Cf. Innés, Scotland in the middle âges, p. 101, et surtout Laxigah, Eccles. hist. oflreland, c. 3, p. 225, où la question de la première- découverte de l'Islande est traitée à fond.
septentrionaux1. Une autre fois, le vent du sud le porta pendant quatorze jours et quatorze nuits consécutives presque dans les profondeurs de l'océan Glacial, et bien au delà de tout ce que rêvait l'imagination des hommes d'alors1.
Columba, le père et le chef de ces intrépides et pieux navigateurs, les suivait et les guidait par sa prière, toujours vigilante et toujours efficace. 11 était en quelque sorte présent parmi eux, malgré les distances qui les séparaient du sanctuaire et des ports insulaires dont ils étaient partis. L'oraison lui donnait
1. ... Brudeo régi, prsesenti Orcadum regulo, commendavit dirons : Aliqui ex nostris nuper emigraverunt, desertum in pelago intransmeabili invenire optantes, qui si forte post longos circuitus Orcades devenerunt insulas, huic regulo cujus obsides in manu tua sunt, diligenter commenda... et propter supradictamS. viri commendationem, de morte in Orcadibus liberatus estvicîna. Abahn., II, 42, — On se rappelle involontairement l'Arioste qui place aux Hébrides Ja scène de la délivrance d'Olympie par Roland et attribue aux habitants de ces lies l'usage d'exposer des femmes aux monstres marins :
Per distrugger quell' isola d'Ebuda Ghe di quante il mar cinge é la più cruda. Voi dovete saper ch'oltre l'Irlanda, Fra moite, che vi son, l'isola giace Noraata Ebuda, che per legge manda Bubando intorno il suo popol rapace...
Orlando furioso, ix, 11-12.
2. Cormacus, qui tribus non minus vicibus eremum in Oceano laboriosequaesivit, nec tamen invenit (Adahx., 1, 6;... Postquam a teiTis per inûnitura Oceanum plenis enavigavit velis. . usque ad mortem piriclitari cœpit. Nam cum ejus navis a terris per quatuordecim œstivi tempons dies, totidemque noctes, plenis velis, austro fiante vento, ad septentrionalis plagam cœli directo excurreret cursu, ejusmodi navigatio ultra humani excursus modum et irremeabilis videbatur. 14., H, 42.
l'intuition des dangers qu'ils couraient. Il les voyait, il en souffrait, il en tremblait. Aussitôt, il convoquait au son de la cloche les frères restés au monastère, et se mettait en prière dans l'église avec eux. 11 demandait avec larmes au Seigneur d'accorder le changement de vent qu'il leur fallait et ne cessait qu'après avoir eu la certitude d'être exaucé. Il le fut maintes fois, et les moines sauvés et revenus de leurs périlleux voyages accouraient et venaient le bénir de sa prophétique et bienfaisante intervention1. ses Souvent il les accompagnait lui-même dans leurs
et I« s^ouw voyages de circumnavigation et d'exploration. Il viie» Hébrides, sitait très-fréquemment les îles de l'archipel des Hébrides, découvertes ou fréquentées par des marins de sa communauté, et où semblent avoir existé dès lors des cellx ou petites colonies de la grande communauté insulaire, notamment à Eigg, où une colonie de cinquante-deux religieux, fondée et gouvernée par un disciple de l'abbé d'Iona, fut égorgée par des pirates vingt ans après sa mort*. Il aimait à
1. Eadem hora etsanctus noster, quamlibet longe absens corpore. spiritu tamen pnesens in navi cum Cormaco erat. Undc .. personante signo fratres ad orationem convocant... Ecceenlm mine Cormacuscum suis nautis... Christum intentius precatur : et nos ipsum orando adjuvemus... fit post orationem cito surgit, et abstergens lacrymas... quia Dominus austrum nunc in aquilonarem convertit flatum, nostros de periculis commembres retrahentem, quos bic ad nos iterum reducat.
ÀDAMIC., II, 42.
2. Cette tragédie d'Eigg, en 617, mérite une mention spéciale. D'après les annales irlandaises, siint Donnan, fondateur de cette communauté.
y séjourner, sans doute pour y goûter la solitude qu'il ne trouvait plus à Iona où affluait de jour en jour une foule plus considérable de pénitents, de pèlerins et de solliciteurs. Il se plaisait surtout à Skye, la plus grande des Hébrides, rappelée après douze siècles à l'attention du monde par les aventures périlleuses et romanesques du prétendant Charles-Edouard et de Flora Macdonald. C'était alors une île à peine habitée, quoique très-vaste, et couverte de forêts où il pouvait s'enfoncer pour prier, * absolument seul, en laissant même ses frères loin de lui. Un jour il y rencontra un énorme sanglier pour- u
, , . ., ,, , sanglier
suivi par une meute de chiens : il tua d un seul mot de
la bête féroce, au lieu de la protéger, comme le faisaient si volontiers en pareille occurrence les saints des légendes mérovingiennes1. Aussi fut-il pendant
riait aini et disciple de Columba ; voulant une retraite plus profonde, il alla s'établir avec quelques compagnons dans l'Ile d'Eigg, qui n'était habitée que par les troupeaux de moutons de la reine du pays (plusieurs des Ilots près Staffa servent encore aujourd'hui de pâturages . Cette reine, informée de cette atteinte à sa puissance, ordonna de les tuer tous. Quand les égorgeurs arrivèrent, c'était la nuit de Pâques; on disait la messe. Donnan demanda que l'on attendit que la messe fût finie Soit, dirent les émissaires. La messe finie, ils se livrèrent tous au couteau. — Selon une autre version, la reine ou dame dû sol apostn des pirates (latrones) pour les égorger ; ils furent surpris psalmodiant dans leur oratoire, d'où ils se transportèrent dans le réfectoire, afin de périr là où ils avaient vécu plus charnellement qu'ailleurs; ils étaient cinquante-deux. C'est la version citée par les Boilandistes, t. H April . p. 487. Comme par une bénédiction spéciale de ces martyrs, cette lie était encore catholique en 1703, et on y vénérait saint Donnai). Martiw's Journey to the Western Mands> p. 279. 1 . Gum in Scia insula aliquantis demoraretur diebus, paulo idugius
Skyc.
En naviguant
avec
ses moines
tout le moyeu âge le patron de Skye, où un petit lac a gardé son nom, de même que plusieurs sites et monuments des îles voisines1.
Souvent aussi la tempête venait troubler ces excursions maritimes ; Golumba se montrait alors aussi les tempêtes laborieux et aussi hardi que le plus expérimenté de par ses pu res. ^ nautoniêrs monastiques. Quand tous se mettaient à ramer, il ne voulait pas rester oisif et ramait avec eux*. Nous l'avons déjà vu braver les tempêtes assez fréquentes sur les lacs étroits et dangereux du nord de la Calédonie*. En pleine mer, il conservait au milieu des orages le même intrépide sang-froid et s associait à toutes les corvées des matelots. Pendant le trajet qu'il fit d'Iona en Irlande, pour assister avec le roi Âïdan au parlement de DrumrCeitt, le
solas, orationis intuitu, separatus a fratribus, silvam ingressus.. Venatici canes... Ulterius hue procedere noies : in loco adquemdevenisti morere. Adajîn.,11-, 26.
1. Le lac a été desséché par lord Hacdonald, propriétaire actuel de l'ile. Le souvenir et le nom de Coiumba se retrouvent notamment à Eilea Naombh, où l'on montre un puits creusé par lui dans le roc, et la tombe de sa mère EU fine, puis à Tirée, si souvent cité par Âdamnan sous le nom de Terra Ethice. Dans toutes les tics dénudées de la côte occidentale d'Ecosse, et surtout du district de Lorn (Argyle shire}, il y a des croix sculptées de formes aussi curieuses que variées, des pierres tombales, des chapelles en ruine, des édifices de construction grossière et de forme bizarre, des pierres druidiques, et des églises plus ou moins anciennes presque toujours sous le vocable de Coiumba : elles sont décrites avec soin dans un demi-volume dont le texte, accompagné de gravures, a été publié sous le voile de l'anonyme par Thomas Muir, négociant de Leith, sous le titre de : The Western Islande y Edinburgh, 1861, in-4-.
*2. Vit. S. Comgelli, ap. Colgan, p. 458.