‹ Les moines d'OccidentChapitre 57 sur 113 · New Hatiitical accounts, cité parREEves, p · texte numérisé non relu

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il alla parcourir toute la région infestée par l'épidémie, en distribuant aux premiers malades qu'il rencontra de l'eau dans laquelle avait trempé ce pain bénit parfcl'abbé exilé que préoccupait si affectueusement le sort de ses compatriotes. Le remède opéra si bien que, de toutes parts, hommes et bêtes affluaient autour de l'envoyé d'Iona, et que partout retentirent les louanges du Christ et de son serviteur Columba1.

Toujours à l'affût des maux, des pertes, des acci- » gu^u

• • *n i diverses

dents qui venaient frapper les familles ou les popu- maladies. lations qui l'intéressaient, et que lui révélaient soit une intuition surnaturelle, soit quelque sollicitation plaintive, nous le voyons tantôt envoyer le pain bénit qu'il employait comme remède, à une sainte fille qui s'était cassé la cuisse en sortant de la messe ; tantôt guérissant d'autres femmes d'une ophthalmie avec du sel également bénit ; partout mêlant à ses courses évangéliques ou à ses autres excursions le désir et le soin de guérir tous les malades qu'on lui signalait ou qui venaient l'attendre le long de sa route pour toucher le bord de sa coule, comme le

1. Hœc nubes valde nocua hominibus et pecoribus crit... velocius transvolans super Scotise portuin... purulenta humanis in corporibus et in pecorum uberibus nasci faciet ulcéra. . . Sed nos eorum miserati subvenire languoribus, Domino miserante, debemus. Tu ergo, nunc raecum descendens, navigationem praepara crastinadie... Cujusrumor per totam illam morbo pestilentiore vastatam regionem cito divulgatus, omnem morbidum ad sancti Columbœ Iegatum ûivitavit populum. . hommes cum pecudibus salvati Christum in sancto Columba laudarunt. Adamn , II, 7.

250 SAINT COLUMBÀ,

petit idiot de Clonmacnoise et comme cela se vil pendant tout son voyage à rassemblée nationale de Drum-Ceitl1.

sa Toute sa vie porte l'empreinte d'une ardente et

sollicitude # * x

spéciale spéciale sympathie pour les travailleurs des champs. les laboureurs. Depuis ses courses de jeune homme en Irlande, où il s'occupait de fournir aux laboureurs les socs des charrues et les autres outils qui leur manquaient, et de former des jeunes gens au métier de forgeron2, jusqu'aux jours de sa vieillesse où il ne pouvait plus suivre que de loin les labeurs de ses moines, ceux-ci n'en subissaient pas moins la salutaire et bienfaisante influence de sa paternelle tendresse. Assis dans la petite hutte en bois qui lui servait de cellule, il interrompait ses études et déposait la plume pour bénir les moines à mesure qu'ils revenaient des champs, des pâtures ou des .h granges. Les plus jeunes, après avoir trait les vaches qu'on de la communauté, s'agenouillaient ayec leurs seaux

vient de traire. m °

pleins de lait nouveau pour recevoir de loin la béné-

1. Mau gin a, sancla virgo... ab oratorio post missam domum reversa titubavit... Sorori et suae nutrici profecturam quse ophthalmiœ laborabat valde gravi labore... Diversorum languores infirmorum invocato Christi nomine, sanavit... adregum pergens condictum in porsi Cete. Aut sancUe manns protensione... aut etiam fimbriae ejus tactu amphibali... Adaiin., II, 5,6, 7,55.

2. Conquerenlibus agricolis déesse ad orandum ferramenta, amissum aratri yomerem (resiituit); juvenemquemdam... nunquam alias fabrilibus assuelum solo ver bo protinus ferramentorum fabrum effecit; qui mox ad sancti imperium pro colonis vomerem, cultrumque faberrime cudit. 0'Donnki.i., Quinta vit a, \, 68.

diction de l'abbé, accompagnée quelquefois d'un avertissement utile à leurs âmes1.

Pendant un des derniers étés, en revenant, le soir, Les

, . . . , . . . Al moissonneurs

de moissonner les maigres récoltes de leur île, et en <nona s'approchant du monastère, les religieux s'arrê- et tèrent émus et charmés. L'économe du monastère, par son esprit. l'ami et le successeur futur de Columba, Baïthen, leur demandait : « N'éprouvez- vous ici rien de particuc< lier? » « Oui, vraiment, » répondit le plus ancien, « tous les jours, à cette heure et à cette place, je « respire un parfum délicieux, comme si toutes les « fleurs du monde étaient ici réunies; je sens aussi « comme la flamme d'un foyer qui ne me brûle « pas, mais me réchauffe doucement ; j'éprouve « enfin dans mon cœur une joie si inaccoutumée, si « incomparable, que je ne sens plus ni chagrin ni « fatigue. Les gerbes que je rapporte sur le dos, « bien que fort lourdes, ne pèsent plus rien, et je c< ne sais comment, d'ici au monastère, il me semble « qu'on me les enlève des épaules ! Qu'est-ce donc « que cette merveille ? » Et tous de raconter une impression identique. « Je vais vous dire,» reprit l'éco- « nome, a ce qui en est. C'est notre vieux maître Co- « lumba, toujours plein d'anxiété pour nous, qui

1. Sedens in tuguriolo tabulis suffulto .. Juvenis ad januam tugurioli in quo vir beatus scribebat, post vaccarum reversus imilsionem, in dorso portans vasculum novo plénum lacté , dicit ad sanctum ut juxta morem taie benediceret onus. Adam»., I, 23; 11,18; ni. 22

« s'inquiète de notre retard, qui se tourmente de « notre fatigue, et qui, ne pouvant plus venir au- « devant de nous avec son corps, nous envoie son « souffle pour nous rafraîchir, nous réjouir et nous « consoler1. »

Il ne faudrait pas croire qu'il réservât sa sollicitude aux seuls travailleurs monastiques. Loin de là, il savait apprécier et honorer le travail laïque, Le forgeron sanctifié par la vertu chrétienne. «Voilà, » disait-il au dei un jour aux anciens du monastère, « voilà qu'au

par

ses aumônes. « moment où je parle, un tel, qui a été forgeron « là-bas au centre de l'Irlande, le voilà qui monte « au ciel ! Il meurt vieux et il a travaillé toute sa vie, « mais il n'a pas travaillé en vain : il a acheté, « moyennant le travail de ses mains, la vie éter- « nelle, car il dépensait ses gains en aumônes ; et je « vois d'ici les anges qui viennent chercher son « âme*. » On conviendra que le panégyrique du

1. Post messionis opéra vespere admonasteriumredeuntes... Quamdam miri odoris fragrantiam ac si universorum florum in unum sentio collectorum ; quanquam quoque quasi ignis ardorem, non pœnalem, sed quodam modo suavem ; sed et quamdam in corde insuetam et incomparabilem infusam lœtificationem, quse me subito consolatur et lsetiûcat ita ut nullius mœroris, nullius laboris meminisse possim. Sed et onus quod meo, quanquam grave, porto in dorso, ab hoc loco usque ad monasterium, in tantum relevatur,ut me oneratum non sentiam.. . Sic omnes operarii sed singillatim profitentur... Scitis quod senior noster Columba de nos anxie cogitet et nos ad se tardais pervenientes segre ferat nostri memor laboris, et ideirco quia corporaliter obviam nobis non venit, spiritus ejus nostris obviât gressibus, qui taliter nos consolans lsetificat. Adamn., I, 57.

2. Faber ferrarius non incessum laboravit, qui de propria manuum

travail manuel, devenu si banal de nos jours, a été rarement formulé d'une façon plus solennelle et plus touchante.

On raconte d'ailleurs qu'il fréquentait très-volontiers les laïques ; pendant le cours de ses voyages, il vivait avec eux dans une libre et charmante familiarité. C'est ici un des côtés les plus attachants et les plus instructifs de son histoire. Il réclamait et recevait sans cesse l'hospitalité non-seulement des riches, mais même des pauvres, et quelquefois il la rencontrait plus facilement chez les pauvres que chez les riches. A ceux qui lui refusaient un abri il savait bien prédire un prompt châtiment : « Cet avare, » disait-il, « qui méprise le Christ dans la personne « des voyageurs, verra ses richesses diminuer de « jour en jour et tomber à rien ; il finira par men- « dier et son fils ira de porte en porte en tendant la a main qui ne sera jamais qu'à moitié remplie1. » Chez les indigents qui l'accueillaient sous leur toit, il s'informait avec sa sollicitude ordinaire de leurs ressources, de leurs besoins, de tout leur petit avoir. Il paraît que dans ce temps-là on était regardé comme très-pauvre en Ecosse quand on n'avait que

Ses relations

avec

les laïques

dont il réclame

l'hospitalité.

Prédiction

sur le riche

avare.

laboratione suarum pracmia felix comparait œterna. Ecce nunc anima ejus vehitur a sanctis angelis ad cœlestis patriae gaudia. Adamn., III, 9.

1. De quodam viro divite tenacissimo.. . qui sanctum Columbam despexcrat nec cum hospitio receperat... et illius avari divitiae, qui Christum in peregrinis hospitibus sprevit... Tpse mendicabit, et filius cum semivacua de domo in domum perula discurret. /<*., II, 20.

Les cinq vache» cinq vaches. C'était toute la fortune d'un paysan du | son hôte Lochaber chez qui Golumba, qui tra veinait sans

du Lochaber. ^^ ^^ ^^ffe p0uf aJ|er cliez Jc rQJ Je§ pjctes,

passa une nuit et fut très-cordialement reçu malgré l'indigence de la maison. Le lendemain matin, il se lit amener les cinq petites vaches et les bénit eu prédisant à son hôte qu'il en aurait bientôt cent cinq et que la bénédiction du missionnaire reconnaissant porterait sur ses enfants et sur ses petits-enfants, ce qui se réalisa ponctuellement1. |

Don Dans ce même district du Lochaber, qui est encore

epieu jeun auJQmj'imj je théâtre de ces grandes chasses aux biaconniei ^^ o^ ^ complaît l'aristocratie britannique, notre I

Lochaber.

saint fut accosté un jour par un malheureux braconnier qui n'avait pas de quoi nourrir sa femme et ses enfants, et qui lui demanda l'aumône : « Pauvre « petit homme,» lui dit Columba, « va vite me cherce cher une perche dans la forêt voisine. » Dès que la perche lui eut été apportée, l'abbé d'iona se mit à l'aiguiser lui-même en forme d'épieu; après quoi

1. Hic Nesanus cum esset valde inops... hospitaliter et secundum vires unius noctis spatio ministrasset... al) eo inquirit cujusboculas numeri haberet... quinque... Ab liac die tuœ pauca; vaceuhc crescent usque ad centum et quinque vaccarum numerum. Nesanus liomo plebeius erat cum uxore et filiis. . . Vir sanctus, quadam nocte quum apud supramemoratum. . inopem bene hospilaretur, mane primo de quantitate et qualitate substantiae plebeium hospitem interrogat. Adam., n, 21. — Le district de Lochaber, célèbre dans les guerres modernes de l'histoire d'Ecosse, est situé sur les confins des comtés actuels d'Argyle et d'Inverness, sur la route d'iona à la résidence du roi des Pietés; Columba y passait sans cesse.

APOTRE DE LA CALÉDOiNIE. 255

il bénit cette javeline improvisée et la remit au mendiant en lui disant que, s'il la gardait avec soin et ne s'en servait que contre les bêtes fauves, jamais il ne manquerait de venaison dans sa pauvre maison. Il en arriva comme il l'avait prédit; le braconnier allait planter son épieu bénit dans un coin reculé de la forêt, et il ne se passait pas de jour sans qu'il trouvât embroché un cerf ou une biche ou quelque autre gibier, de telle sorte qu'il eut bientôt de quoi revendre aux voisins, après avoir pourvu à la subsistance de tous les siens1.

11 s'intéressait ainsi à tout ce qu'il voyait, à tout ce qui se passait autour de lui et qui pouvait tourner au prolit des pauvres ou du prochain ; tantôt à la chasse, tantôt à la pèche, en indiquant aux gens les bons moments et les bons endroits pour prendre les saumons ou les brochets de la plus belle taille \

Chaque fois qu'il se trouvait en contact avec des indigents ou avec des étrangers, la vive sympathie de son cœur généreux savait les attirer ou les soulager encore plus que ses bienfaits matériels. Il s'iden-

\. Plebeius pauperrimus, mendicus .. quo unde maritam et pai- Tuloscibaret non habebat quadam nocte... Misellc homuncio, toile de stlva contulum vicina et ad me cujus defen.. Quem sanctus excipiens in veru exacuit propria manu, benedicens et illi assignans inopi... Quamdiu talem habebis sudem, nunquam in domo tua cervinte carnis cibatio abundàns deerit. Miser mendiculus... valde gavisus... veru in remotisinfexit terrulrc locis, quse silvestres fftquentabant ferae .. nulla transire poterat dies in quo non aut cervum aut cervam reperiret in veru infixo cecidisse. Adam»., \lt 37.

256 SAINT COLCMBA,

tifiait avec leurs craintes, leurs dangers, leurs chaii pacine grins. Toujours pacificateur ou consolateur, il console profitait ici, de son gîte nocturne chez un riche

lotis ceux . . . ,

qu'a rencontre, montagnard pour terminer une dispute entre deux habitants du voisinage1; là, de sa rencontre dans une gorge des Highlands avec un compatriote pour rassurer ce paysan sur les suites des ravages effectués dans son canton par des envahisseurs pietés ou saxons : « Va, bon petit homme, » lui disait-il, » tes « pauvres bestiaux et tout ton avoir sont tombés en « proie aux brigands; mais ta chère petite famille « est tout entière sauvée: va la rejoindre et con- « sole-toi*. »

Telle était cette âme tendre et douce. A force de se délecter ainsi aux minutieuses complaisances de la charité et de la fraternité chrétienne, sa charité pouvait sembler quelquefois dégénérer en mollesse ; mais vienne une injustice à réparer, un malheureux à défendre, un oppresseur à punir, un outrage ^conîrT1^ contre l'humanité ou l'infortune à venger, aussitôt se réveille et se déploie toute l'énergie de sa jeunesse. Le vieil homme reparaît tout entier. Son

i . In domo cujus plebeii divitis. . . Fortgini nomine. . . ubi cum sanctus hospitaretur, inter rusticanos contendentes duos... recta judicatione judicavit... àdamn., II, 17.

2. Ubi, ait, habitas... tuam quam dicis provinciolam nu ne barbari populantur vastalores. Quo audit o, miser plebeius maritam et filios deplangcre cœpit. Valde jnœrentem consolans inquit : Vade, homuncule, vade, tua familiola tota in montem fugiens evasit : tua vero omnia pecuscula. . . omnemque supellectilem cum prada sœyi raptores rapuere Id.f I, 46.

Ses menaces

les félons

et

les spoliateurs

tempérament passionné reprend le dessus ; sou caractère, aussi véhément dans l'expression que résolu dans l'action, éclate à chaque instant ; son intrépidité naturelle l'entraîne, à travers tous les dangers, à prodiguer les remontrances, les invectives et les menaces, que la justice de Dieu, trop rarement visible, daignait quelquefois exaucer.

Parmi tant d'infortunés qu'il rencontrait sur sa route, les exilés, dès lors si nombreux par suite des discordes qui déchiraient les races celtiques, devaient plus que personne exciter sa sollicitude. Exilé luimême, il était le protecteur naturel de tous ses pareils1. Il avait pris sous sa tutelle spéciale un de ces bannis, Picle de naissance et de noble race, probablement un de ceux qui l'avaient écouté docilement et familièrement accueilli lors de ses premières missions dans le nord de la Calédonie. Il l'avait confié ou, comme dit l'historien, recommandé, assigné in manum, selon l'usage qui allait prévaloir dans les temps féodaux, à un chef de clan nommé Feradagh, lequel possédait la grande île d'Islay, au sud d'Iona, en le priant de garder cet hôte pendant quelques mois parmi ses clients et amis. Peu de jours après avoir accepté solennellement ce mandat de confiance, ce scélérat fit égorger par trahison

1 . « Àlmus pater, exsulum et depressorum puis patronus, » dit Manus O'Donnell (1. ir, c. 3) du saint dont il était à la fois le biographe et l 'arrière-neveu, avec un sentiment trop naturel chez le rejeton d'une de ces grandes races irlandaises qui ont toujours préféré l'exil ou la misère à l'apostasie.

moines d'occ. m. 17

SAINT COLIMBA,

Châtiment

inflige

l'assassin

de

l'exilé.

le noble exilé, sans doute pour s'emparer des objets précieux qu'il pouvait avoir conservés. À la première nouvelle de l'attentat, Columba s'écria : « Ce « n'est pas à moi, c'est à Dieu qu'il a menti, ce « malheureux, dont le nom va être effacé du livre « de vie. Nous sommes en été, mais dès cet au- « tomne et avant qu'il ait pu manger de la chair « des porcs qu'il fait engraisser aujourd'hui, il « mourra de mort subite et sera traîné aux enfers. » La prédiction du vieillard indigné fut rapportée à Feradagh qui s'en moqua tout haut, mais qui n'en demeura pas moins préoccupé. Dès que l'automne fût arrivé, il fit tuer une truie engraissée avec soin cl la fît mettre à la broche. Avant même que la bête fut entièrement rôtie, il s'en fit servir un morceau afin de démentir au plus vite la prophétie vengeresse. Mais à peine eut-il saisi le morceau, qu'avant même d'avoir pu le porter à sa bouche il tomba à la renverse et mourut. Les assistants admirèrent, en tremblant, comme* quoi le seigneur Dieu avait fait droit et honneur à son prophète1 et ceux qui con-

1 . Quemdam de nobili Pictoruni génère exsulem, in manum alicujus Feradachi divitis viri... diligenter assignans coramendavit, ut in cjus comitatu, quasi unus de amicis, aliquos menses conversarelur. Qucm cura tali commendatione de sancti manu viri commendatum suscepisset... trucidavit... Non mini, sed Deo infelix homunculus mentitus est. cujus nomen de libro vitic delebitur .. Antequam de suilla degustet carne arboreo saginatafructu... Despiciens irrisit sanctum. Scrofa nucum impinguata nucleis jugulatur... de qùa celeritcr ex interita partem sibi in veru celerius assari prœcipit, ut de ea impatiens prregustans beati viri prophetaiionem déstrueret;.. ad qnam ex-

naissaient ses aventures de jeune homme purent se rappeler comment, au début de sa vie monastique, le meurtrier d'une vierge innocente avait péri sous les traits de sa parole vengeresse1.

Dans sa légitime colère contre les spoliateurs du Le* brigand* pauvre et les persécuteurs de l'Église, il ne reculait race royale, devant aucun danger, pas même devant le fer de n court risque l'assassin. Parmi ceux qui infestaient la Calédonie en

, . , , , , . les réprimant.

scotique en pratiquant dès lors chez leurs voisins ces incursions à main armée et ces pillages qui caractérisèrent jusqu'au dix-huitième siècle l'existence des clans écossais, il avait distingué les fils de Donnell, issu d'une branche de la famille qui régnait sur la colonie dalriadienne. Il n'hésita point à les excommunier. Exaspéré par cette sentence, l'un de ces puissants malfaiteurs nommé ou surnommé Lamm- Dess (c'est-à-dire Main-Droite), profitant de l'occasion où le grand abbé avait quitté son monastère pour visiter une île assez éloignée d'Iona, entreprit de l'assassiner pendant" son sommeil. Mais Finn-Lugh, un des compagnons du saint, ayant eu quelque soupçon ou quelque instinct du péril, et voulant exposer sa vie pour sauver celle de son père, emprunta à Coluniba sa coule et s'en enveloppa. L'assassin frappa celui qu'il trouva revêtu du costume bien connu de l'abbé,

ietisam manum priusqUam ad os convcrteret... niortuus rétro in dorsuiii cecidit. . . Yaldc trcmefacti, admirantes, Ghrfetum in sancto propliclu honorificàntes gloriflcarunt. Adamx., II, 23 1. Voir plus hautj page! 15.

260 SALNT COLUMBA,

puis se sauva. Mais le vêtement sacré avait servi de cuirasse impénétrable au généreux disciple, qui ne fut pas même blessé. Columba, informé du fait, ne dit rien sur l'heure. Mais un an après, étant de retour à Iona, l'abbé dit à sa communauté: « Il y a « juste un an que Lamm-Dess a fait de son mieux pour « égorger mon cher Finn-Lugh à ma place : or, à c< l'heure qu'il est, c'est lui qu'on égorge, » Et en effet, on apprit bientôt que l'assassin venait de périr sous le fer d'un guerrier qui lui avait porté le coup mortel en invoquant le nom même de Columba, dans un combat qui mit un terme aux déprédations de ses pareils1.

Quelque temps auparavant, un autre malfaiteur, de la même famille, nommé Joan, avait choisi pour victime de ses spoliations l'un des hôtes de Columba, Pun de ces pauvres gens que l'abbé avait enrichis de sa bénédiction en échange de l'hospitalité que leur indigence ne lui avait pas refusée. Celui-ci habitait celte presqu'île sauvage et aride d'Ardnamurchan dont la sombre masse se dresse et se détache des flots de l'Atlantique en formant la pointe la plus occidentale de la plage écossaise. Comme au paysan

1. In insula Himba commoratus... Me vero sceleratus, cujus nomen latine Manus dextera dieitur... Usque in hanc diem integratus est annus ex quo Lamm Dess in quantum potuit Finn Lughum meum meo jugulavit vice ; sed et ipse, ut œstimo, hac in hora jugula tur. In aliqua virorum utrinque acta belligeratione, Cronani fini Baithani jaculo transiixus in nomine, ut fertur, sancti Columba?, emisso, interimit, etpost ejus interitum viri belligerare cessarunt. Adamx , II, 24.

du Lochaber1, la bénédiction du missionnaire lui avait porté bonheur, et ses cinq vaches s'étaient aussi multipliées au point de dépasser la centaine. Columba ne se contentait pas de l'avoir enrichi ; il l'avait pris en affection, lui avait même donné son nom; et tout le monde l'appelait le Columbain, Vami de saint Columba. Or, trois fois de suite, Joan, le puissant spoliateur de famille souveraine, avait pillé et dévasté la maison et les biens "du nouveau riche, l'ami de l'abbé d'Iona. A sa troisième expédition, comme il s'en retournait avec ses sicaires, tout chargés de butin, vers le navire qui l'attendait sur le rivage, il rencontra le grand abbé, qu'il supposait bien loin delà. Columba lui reprocha ses exactions et ses crimes, et le supplia d'abandonner sa proie. Le brigand continua sa route et ne répondit que par un silence implacable jusqu'à ce qu'il eût gagné la plage et se fût rembarqué. Une fois à bord de sa barque, il se mita répondre aux instances de l'abbé par des moqueries et des injures. Alors le noble vieil- n entre

* 1,11 • jusqu'auxgenoux

lard, comme pour s accrocher a la barque qui em- dans ia mer

pour arrêter

portail la dépouille de son ami, entra dans la mer Je spoliateur

1 * . de son ami.

jusqu'aux genoux, et, la voyant fuir, y resta quelque lemps les deux mains levées vers le ciel, en priant avec ardeur. Sa prière finie, il sortit de l'eau et vint se sécher auprès de ses compagnons assis sur un tertre voisin. Après un certain silence, il leur dit :

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