‹ Les moines d'OccidentChapitre 6 sur 113 · Voir surtout saint Jérôme. inJovimanum, lib. II · texte numérisé non relu

Voir surtout saint Jérôme. inJovimanum, lib. II

Il ne reste malheureusement aucun détail authentique sur sa mission1, aucun trait qui rappelle, même de très-loin, la mission si nettement caractérisée de son successeur, saint Columba, l'apôtre des Pietés du Nord, un siècle et demi plus tard. sw-an. Nous savons seulement qu'il réussit à fonder, au sein des races pietés, une chrétienté qui ne fut plus extirpée ; puis que, franchissant les limites assignées par Àgiïcola et Antonin à la domination romaine au temps de sa plus grande splendeur, il alla prêcher la foi jusqu'au pied de ces monts Grampians, où le beau-père de Tacite avait gagné sa dernière et infructueuse victoire*. Nous savons que sa mémoire est restée en bénédiction chez les descendants des Pietés et des Scots et que de nombreuses églises consacrées sous son vocable conservent aujourdfhui même le souvenir du culte que lui voua la reconnaissance de la postérité5; nous savons enfin que, déjà septuagénaire, il revint

l.LesBollandistes (die 16 Septembr. n'admettent pas l'authenticité de la vie de Ninian, écrite au douzième siècle par le saint abbé £lred, laquelle ne contient que des miracles comme il s'en trouve partout, sans aucun trait spécialement caractéristique.

2. Ipsi australes Picti, qui infra eosdem montes habent sedes... relie to errore idololatriœ, fidem veritatis acceperant, pnedicante eis verbum Ninia episcopo. Bede, III, 4.

3. Môme au delà des monts Grampians : à l'endroit où le Glen-Urquhart débouche sur le Loch-Ness, et où saint Columba (voir plus loin, liv. XI, chap. iv) alla visiter un vieux Picte mourant, on voit une chapelle ruinée qui porte le nom de Saint-Ninian, d'où l'on peut supposer que sa mission avait dépassé la frontière qui lui est ordinairement assignée.

Mort

de

\inian.

Abbaye

de

f.Iastonbury.

Légende

de

Joseph

tl'Arimathie.

mourir dans son monastère de la Mahm-Blanchc , après avoir passé les derniers temps de sa vie à se préparer au jugement de Dieu dans une caverne, laquelle se voit encore à mi-côte d'une haute et blanche falaise de celte plage du Galloway que battent sans cesse les flots impétueux de la mer d'Irlande1.

Dans cette église primitive de Bretagne, si cruellement éprouvée par les païens du Nord et de l'Est, ]>ar les Pietés et les Saxons, il y avait bien d'autres monastères que celui deNinian à While-Horn. Toutes les églises chrétiennes de ce temps étaient pourvues d'institutions cénobitiques, et Gildas, le moins suspect des annalistes bretons, ne laisse aucun doute à cet égard pour la Bretagne8. Mais l'histoire n'en a gardé aucun souvenir détaillé. En dehors de la Gambrie dont il va être parlé un peu plus loin, la seule grande institution monastique dont le nom ail triomphé de l'oubli se rattache à la légende plutôt qu'à l'histoire, mais elle a occupé une trop grande place dans les traditions religieuses du peuple anglais pour qu'il soit permis d'en omettre une mention rapide. Il fut un temps où les nations catholiques aimaient à se disputer la préséance et l'ancienneté dans la profession de la foi chrétienne, et allaient se chercher des ancêtres directs parmi les êtres privilégiés qui avaient connu, chéri, servi le

1. Lives ofthe English saints. 1845, n* XIII, p. 151 . "2. De KxcidioBritanmpp, p. 43- if».

!>ES ILES BRITANNIQÏES. j>,

Fils de Dieu pendant son passage sur la terre. Elles croyaient, par ces généalogies légendaires, se rapprocher en quelque sorte du Calvaire et assister aux mystères de la Passion. C'est ainsi que l'Espagne a victorieusement revendiqué pour apôtre le fils de Zébédée, le frère de saint Jean, ce Jacques, que Jésus avait associé aux splendeurs du Thabor et aux angoisses du Jardin des Oliviers. C'est ainsi que le midi de la France se glorifiait de faire remonter ses origines chrétiennes à cette famille dont les douleurs et l'amour sont enchâssés dans l'Évangile, à Marthe, qui fut l'hôtesse de Jésus ; à Lazare, que Jésus ressuscita ; à Madeleine, qui fut le premier témoin de la résurrection de Jésus ; à leur voyage miraculeux de la Judée en Provence, au martyre de l'un, à la retraite de l'autre dans la grotte de la Sainte-Baume, à toutes ces admirables traditions que l'érudition la plus solide est venue de nos jours encore justifier et consacrer1. L'Angleterre d'autrefois, avec beaucoup moins de fondement, aimait à se dire qu'elle devait les premières semences de la foi à Joseph d'Arimathie, à ce disciple riche et noble*, qui avait dépose le corps du Seigneur dans le sépulcre, où Madeleine venait pouf l'embaumer. Les Bretons et après eux

i. Voir le grand et savant ouvrage publié par M. Faillon, directeur à Saint-Suipice, sous le titre de : Monuments in dits sur l'apostolat de sainte Marie Madeleine en Provence, etc Paris, 1848. Cf. Bougie, Défense de la foi de Provence pour ses saints Uzare, Maximin, Marthe et Madeleine.

ï. Nohilis deenrio. S. Maiu\

les Anglo-Saxons et les Anglo-Normands se raeon laien t de père en fils que Joseph, fuyant les persécutions des Juifs et n'emportant avec lui pour tout trésor que quelques gouttes du sang de Jésus-Christ, avait débarqué à l'ouest de l'Angleterre, avec douze compagnons ; qu'il y avait trouvé un asile dans un site désert, entouré d'eau1, et qu'il y avait construit et consacré à la bienheureuse Vierge Marie une chapelle dont les murs étaient formés de branches de saule entrelacées et dont Jésus-Christ lui-même n'avait pas dédaigné de célébrer la dédicace. C est ce qu'on a raconté depuis et ailleurs de deux grandes et célèbres églises monasliques, celles de Saint-Denis en France et de Notre-Dame des Ermites en Suisse*.

1. Gdillelmus Malmesbdmensis, Antiq. Glastonb., ap. Gale, Script, rer. Britann., t. III, p. 293. Cf. Baronios, 4»»., ad ann. 48. Dccdale, Monasticon, t. I, p. 2. Les Bollandistes et divers autres historiens modernes se sont donné beaucoup de peine pour réfuter cette tradition. Elle est encore rapportée dans la lettre que quelques moines adressèrent à la reine Marie* en 1553, pour demander le rétablissement de leur abbaye (ap. Ddgdale, 1. 1, p. 9 de la nouvelle édition). A cause de cette tradition de Joseph d'Arimathie, les ambassadeurs d'Angleterre réclamèrent la préséance sur ceux de France, d'Espagne et d'Ecosse, aux conciles de Pise en 1409, de Constance en 1414, et surtout de Bàle en 1434, parce que, selon eux, la foi n'avait été prêchée en France que par saint Denis, et postérieurement à la mission de Joseph d'Arimathie. Ussher, de Prim. Eccl. Bril., p. 22.

2. Le trait suivant, rapporté par Guillaume de Malmesbury, montre à quel point cette tradition était acceptée en France jusque dans le douzième siècle :

Monachus quidam Glastoniie, Godefridus nomine (de cujus epistola hoc capitulum assumpsimus) , tempore Henrici Blesensis abbatis Glastoniensis, cum in pago Parisiacensi ap .d Sanctum Dionysium moraretur ; senior quidam ex monachis interrogavit etim : « Quo ge-

Ce lieu, prédestiné à devenir le premier sanctuaire chrétien des iles Britanniques, était situé sur un affluent du golfe où se jelte la Saverne; il prit plus lard le nom de Glastonbury, et telle avait été, selon l'opinion populaire et invétérée, Toriginede la grande abbaye de ce nom, que vinrent peupler plus tard des moines originaires d'Irlande1. Ce sanctuaire des légendes primitives et des traditions nationales de la race celtique passait en outre pour renfermer la tombe du roi Arthur, qui fut, comme l'on sait, la khi*»* personnification de la longue et sanglante résistance roi Arthur, des Bretons à l'invasion saxonne, le champion héroïque de leur liberté, de leur langue, de leur foi, et le premier type de cet idéal chevaleresque du moyen âge, où les vertus militaires se confondaient avec le service dé Dieu et de Notre-Dame*.

nus? Unde dorao? » Respondit : < Normannum, c Britanni» monasterio, quod Glastingeia dicitur, monachum.— Papsel inquit, anadhuc stat illa perpétua? Virginis et misericordiae Matris vetusta ecclesia? — Stat, » inquit. Tum ille lepido attactu caput G. Glastoniensis demulcens, diu si- Icntio suspensum tenuit, ac sic demum ora resolvit : « Hsec gloriosissimi martyris Dionysii ecclesia et illa, de qua te asseris , eamdeni privilégia dignilatem hâtent; isla in Galiia, illa in Britannia, uno eodem tempore exortœ, a summo et magno pontitice consecraUe. Uno tamen gradu illa supereminet : Roma etenim secunda vocatur. »

1. Il faut consulter sur cette célèbre abbaye, comme sur toutes celles que nous nommerons par la suite, le recueil si curieux intitulé : Monatticon Anglicanum , par Dugdale , avec les admirables planches d*> W. Hollar, qui se trouvent dans les éditions du dix-septième siècle. On crut avoir découvert les ossements du roi Arthur à Glastonbury, sous le règne de Henri H, à la fin du douzième siècle.

2. Voir tout le cycle des poëmes de la Table-Ronde en Angleterre, en France et en Allemagne, et surtout les trois grands poëmes intitulé* :

Blessé à mort dans un de ces combats contre les Saxons, qui duraient trois jours et trois nuits de suite, il fut transporté à Glastonbury, y mourut et y fut enseveli en secret en laissant à sa nation la vaine KisàK47. espérance de le voir reparaître un jour1, et à toute l'Europe chrétienne une gloire légendaire, un souvenir destiné à rivaliser avec celui deCharlemagne. Ainsi la poésie, l'histoire et la foi trouvaient un foyer commun dans ce vieux monastère qui fut pendant plus de mille ans une des merveilles de l'Angleterre et qui resta debout, florissant et grand comme une ville entière, jusqu'au jour où Henri VIII lit pendre et écarteler le dernier abbé, devant le grand portail du sanctuaire confisqué et profané*. situation Mais il nous faut rentrer dans la réalité de l'his-

Bretagne loire et dans l'époque qui doit nous occuper, celle 4?io àVio. H*" s'étend de la moitié du cinquième siècle au mi-

Parceval, Titurel et Jjohengrin, qui roulent sur le culte du Saint Graal ou Sang Béai, c'est-à-dire du sang de Notre-Seigneur recueilli par Joseph d'Àrimathie et conservé dans le vase qui avait servi à Jésus-Christ pour l'institution de l'Eucharistie.

1. Cf. Thierry, Hut. de la conquête d'Angleterre, liv. ï, p. 59. Ijappenrerg, t. I, p. 104-107. M. de la Borderie, dans son beau récit de la lutte des Bretons insulaires contre les Anglo-Saxons, a fort bien distingué le personnage hyperbolique des traditions légendaires, du véritable Arthur, chef de la ligue des Bretons du Sud et de l'Ouest, et vainqueur des Saxons ou plutôt des Angles dans douze batailles.

2. Le 14 mai 1538. Ce martyr fut accusé d'avoir dérobé à la main du spoliateur quelques portions du trésor de l'abbaye ; il fut poursuivi et mis à mort par les soins de John Russell, fondateur de la maison des ducs de Bedford, et l'un des principaux instruments de la tvrannie de Henri VIII .

DES ILES BKITAN.NMJLES. *J

?ieu du sixième, pendant celte {lériodc qui vil les Mérovingiens fonder en Gaule la royauté franque si aimée des moines, et saint Benoit planter sur le mont Cassin le berceau du plus grand des ordres monastiques. La Grande-Bretagne, destinée à devenir la plus précieuse conquête des Bénédictins, offrait alors le spectacle de quatre races diverses luttant avec acharnement les unes contre les autres.

Au nord, les Pietés et les Scols, encore étrangers et hostiles à la foi du Christ, retranchés derrière les monts et les golfes qui les faisaient rçgarder comme des gens d'outrc-mer1, menaçant toujours les contrées méridionales qu'ils avaient écrasées et stupéfiées pendant un siècle par la recrudescence intermittente de leurs infeslatiom, et d'où ils n'étaient repoussés que par d'autres barbares aussi païens el aussi sauvages qu'eux-mêmes.

Plus bas, et dans la contrée dont les golfes de la Clyde, du Forth et du Solway, font la plus centrale des trois presqu'îles dont se compose la Grande- Bretagne, d'autres Pietés sont établis définitivement, à partir de 448, dans la contrée qu'ils avaient arrachée aux Bretons, et où l'apôtre Ninian avait jeté la semence du christianisme*.

Au sud-ouest et sur tout le littoral de la grande île

1. Gildas et Bedc les appellent gentes Iransmarinas : non quod extra Britanniam essent positœ, sed quia a parte Brittonum crant rcmoUr.

2. Picti in extrema parte insulx (c'est-à-dire de l'ile romaine, dans? la Valentia), tune primum et deinceps requieverunt, prsedas et contritiones nonminquam facientes, etc. Gildas, apud Gai.k, p. i3.

50 OKlGlftES CHKÉTIESNES

qui regarde l'Irlande , une population indigène et restée indépendante offre un asile aux malheureux Bretons, abandonnés par les Romains, décimés, saccagés, abîmés pendant un siècle par les Pietés, puis pendant un autre siècle dépouillés, asservis ou expulsés de leurs villes et de leurs champs par les Saxons, et refoulés, les uns dans les montagnes du pays de Galles, les autres dans celte langue ou corne de terre qui s'appelle la Cornouailles, Cornu wallide, d'autres enfin dans la région maritime qui s'étend des bords de la Clyde à ceux de la Mersey l .

i. Il s'agit ici du royaume de Strath-Clyde, qui prit plus tard le nom de Cumbria, et dont il est resté un vestige, en même temps qu'une population plus bretonne que saxonne, dans le comté actuel de Cumberland. Du reste, les limites de ce royaume sont fort discutées.— Pour se reconnaître au milieu de la confusion des textes el des traditions relatives aux origines religieuses et chronologiques de la Grande-Bretagne, il faut avoir recours à deux admirables mémoires rédigés par un savant moderne, trop tôt enlevé à l'érudition française, M. Varin, doyen de la Faculté des sciences de Rennes, et insérés dans le Recueil des mémoires présentés par divers savants à l'Académie des ittscriptions et belles-lettres (tome V, lre et 2e partie. 1857 et 1858). Le premier est intitulé : Études relatives à Vétat politique et religieux des îles Britanniques au moment de V invasion saxonne; le second : Mémoire sur les causes de la dissidence entre l'Église bretonne et V Église romaine relativement à la célébration de a fête de Pâques. Avant de résoudre cette dernière question avec une précision et une perspicacité qui nous permettra de le suivre saiib hésitation, M» Yarin nous guide à travers les méandres des trois principales écoles : Irlandaise, Anglaise et Écossaise, qui se sont disputées sur les origines calédoniennes, et qui, personnifiées dans Usher, Camden et hiness sont demeurées presque inconnues à l'érudition continentale.

II regarde comme démontrées : 1° l'identité des Pietés avec les

Enlin, au sud-est, tout le pays qui s'appelle aujourd'hui l'Angleterre est tombe en proie aux Anglo- Saxons, occupes à y poser, sous la forme fédérative des sept ou huit royaumes de l'Heptarchie, les inébranlables fondations de la plus puissante nation du monde moderne.

Mais, comme les Pietés du Nord, les Anglo-Saxons sont encore tous païens. D'où leur viendront la lumière de l'Évangile et le ciment de la civilisation chrétienne, indispensables à leur grandeur et à leur vertu future? Ne sera-ce pas peut-être de ces montagnes de la Cambrie, de ce pays de Galles où les vaincus entretenaient le feu sacré des croyances et des traditions de l'Église bretonne, avec son clergé indigène et ses institutions monastiques? C'est une question qu'on ne saurait résoudre avant d'avoir jeté un coup d'œil sur l'état religieux de cette pittoresque et attrayante contrée au sixième siècle.

anciens Calédoniens; 2° la théorie irlandaise, qui fait des* Scott une colonie dUioernoiS) originaire d'Irlande (vers 258 probablement et établie en Caiédonie avant la période <*cs infestations,

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