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CHAPITRE II Les Saints et les Moines du pays de Galles

Les réfugiés bretons en Cambrie y maintiennent le génie de la race celtique. — Hommage rendu aux vertus des Gallois par leur adversaire Giraldus. — Musique et poésie : les bardes et leurs triades. — Dévouement à la foi chrétienne. — Le roi Arthur couronné par l'évêque Dubricius. — Alliance des bardes et des moines : le barde surpris par l'inondation. — Quelques noms surnagent dans l'océan des légendes. — Action récipioquedc la Cambrie, de l'Armorique et de l'Irlande les unes sur les autres : légendes identiques. — Passion des moines celtiques pour les voyages. — Fondation des monastères épiscopaux de Saint-Asaph parKentigern, de Landaff par Dubricius, de Bangor par Illtud, bandit converti et poursuivi par sa

. femme. — Saint David, moine-évéque, est le Benoît de la Cambrie : pèlerinage à Jérusalem, d'où il revient archevêque; droit d'asile reconnu; il relève Glastonbury ; sa tombe devient le sanctuaire national de la Cambrie. — Légende de saint Cadoc et de ses père et mère ; il fonde Llancarvan, école et nécropole de la race cambrienne : ses aphorismes poétiques, ses vastes domaines; il protège les cultivateurs : jeune fille enlevée et reprise; droit d'asile comme pour saint David : la haine de Cadoc. — Il se réfugie en Armorique, y prie pour Virgile, rentre en Bretagne et y périt sous le fer des Saxons; son nom invoqué au Combat des Trente. — Sainte Winifrède et la fontaine de son martyre. — Saint Beino, l'ennemi des Saxons. — L'antipathie des Cambriens pour les Saxons est un obstacle à la conversion des conquérants.

ii» a -m. Pendant la longue lutte que livrèrent les Bretons pour la défense de leur territoire et de leur indé-

pendance nationale contre les Saxons, que des débarquements successifs amenaient comme les flots de la mer sur les côtes orientales et méridionales de l'île, un certain nombre de ceux qui répudiaient la domination étrangère avaient cherché un asile dans les presqu'îles occidentales de leur terre natale, mais surtout dans ce grand bassin péninsulaire que les Latins appelaient la Cambrie et qui porte aujourd'hui le nom de pays de Galles ou des Gaëls. Cette région semble désignée par la nature pour servir de citadelle à l'Angleterre . Baigné sur trois de ses côtés par la mer, défendu sur un quatrième par la Saverne et d'autres rivières, ce quadrilatère contient en outre les plus hautes montagnes de l'île, et une foule de gorges et de défllés inaccessibles aux agressions militaires d'autrefois. Aussi, après avoir servi de refuge aux Bretons opprimés par la conquête romaine,* la Cambrie opposa-t-elle pendant cinq siècles une barrière insurmontable aux Anglo-Saxons et demeura même longtemps inabordable aux Anglo-Normands, i066-J284. qui mirent plus de deux cents ans à compléter sur ce point Pœuvre de Guillaume le Conquérant.

Comme l'Irlande et l'Ecosse, comme notre Armorique, ce beau pays a de tout temps éveillé de vives sympathies, non-seulement chez les érudits celtomanes, mais chez tous les hommes dont le cœur s'émeut au spectacle des races qui savent honorer leur défaite par la ténacité de leur résistance au vainqueur, et, de plus, chez tous les amis de celte

voiras d'occ. m. 3

poésie inimitable qui jaillit spontanément des traditions et des instincts d'un peuple généreux et infortuné.

On y peut démêler, même aujourd'hui, les signes incontestables d'une race tout à fait distincte de celle qui habite les autres régions de l'Angleterre, et on y retrouve une langue évidemment sœur des trois autres dialectes celtiques qui existent encore, le breton armoricain, l'irlandais et le gaélique des hautes terres d'Ecosse.

Mais c'est surtout dans les péripéties de l'histoire

du pays de Galles depuis le roi Arthur jusqu'à

Llewellyn, c'est dans les institutions qui lui ont

u cambrie donné la force de résister pendant sept siècles à l'in-

demeura , ., A , , . .

le sanctuaire vasion étrangère, que Ion reconnaît les véritables Ud6me caractères et la riche nature de l'antique race a «ce uque. j)rèlonne partout ailleurs, cette population avait été ou égorgée, ou asservie, ou absorbée. Mais là où elle a pu survivre et fleurir en même temps que les autres nationalités de l'Occident, elle a montré tout ce qu'elle valait, en nous léguant des monuments historiques, juridiques et poétiques qui constatent la vitalité puissante et originale dont elle était douée1. Elle a ainsi protesté par son âme, par sa langue et par son sang, contre les exagérations débitées par le Breton Gildas et par le Saxon Bede sur la corruption reprochée aux victimes de l'invasion saxonne.

\: Voir l'excellent ouvrage intitulé : Das Aile Wales, par Ferdinand Walter, professeur à l'université de Bonn. 1859, in 8#.

De tout temps les vaincus ont trouvé ainsi des hommes, même parmi les meilleurs, résolus à leur donner tort et à faire conspirer l'Histoire avec la Fortune pour absoudre et couronner les vainqueurs. Le tour des Anglo-Saxons viendra ; eux aussi, quand l'invasion normande les aura écrases, trouveront une foule de pieux détracteurs pour démontrer qu'ils avaient bien mérilé leur sort, et pour absoudre ou atténuer les crimes de la conquête.

Le trait le plus saillant comme le plus attachant dans l'histoire du caractère des Gallois est à coup sûr l'ardeur du patriotisme, l'indomptable amour de la liberté et de l'indépendance nationale dont ils se montrèrent enflammés pendant sept siècles, à un degré qu'aucune autre race n'a surpassé. Nous les connaissons surtout par les chroniqueurs attitrés de leurs conquérants, par les écrivains anglo-normands du douzième et du Ireizième siècle; et c'est à ceux-ci que la vérité arrache les éloges les moins équivoques. Ces écrivains signalent bien certains vices, certaines coutumes surtout, en contradiction avec ce qu'on regardait alors comme les règles des nations policées, telles que l'usage de combattre nus, comme les Bretons du temps de César et les Pietés des temps plus récents, contre des adversaires armés de pied en cap. Mais ils célèbrent à l'envi l'héroïque et infatigable dévouement des Gallois à leur patrie, à la liberté de tous et de chacun; leur culte pour la mémoire des hauts faits de leurs aïeux, leur amour de la leurs ennemis

Hommage

rendu

aux vertus

des

Gallois

par

guerre, leur mépris de la vie, leur charité envers les indigents, leur sobriété exemplaire, en même temps que leur inépuisable hospitalité, par-dessus tout leur prodigieuse intrépidité dans les combats, et l'obstination de leur constance dans les revers et les désastres1.

Rien ne les peint mieux d'ailleurs que la disposition de leurs anciennes lois, qui interdit à la justice de saisir dans la maison de n'importe quel Gallois trois choses : son épée, sa harpe et un de ses livres1. Leur La harpe et le livre, parce qu'en temps de paix ils

amour passionné . , . , ..

de la musique regardaient la musique et la poésie comme la meil-

et

de la poésie, leure occupation d'un honnête homme et d'un homme libre. Aussi, dès l'enfance, tous les Gallois

i . Reproduisons les paroles mêmes des ennemis de l'indépendance galloise ; l'histoire nous donne trop rarement l'occasion de connaître et de répandre de si nobles enseignements :

Patriœ tutelse student et libertatis; pro patria pugnant, prolibertate laborant... Continua pristinse nobilitatis memoria. . Tantœ audaciae et ferocitatis, ut nudi cum armatis congredi non vereantur, adeo ut sanguinem pro patria fundere promptissime, vitamque velint pro laudc pacisci. Giraldus, Cambrix descript., c. 8, 10. In bellico conflictu primo impetu, acrimonia, voce, vultu terribiles tam... tubarum prselongarum clangore altisono quain cursu pernici .. Gens asperrima... hodie confecta et cmentam in fugam turpiter conversa, cras nihilominus expeditionem parât, nec damno nec dedecore retardala... Girald., de lllaudabilibus Walliœ, c. 7». Neccrapulœ dediti nec temulentise... in equis sola et armis tota versatur intentio... Yespere cœna sobria : et si forte nulla vel minima pars, vesperam alteram patienter expectant. Nemo in hac gente mendicus, omnium hospitia omnibus communia. Descr. Cambrise, c.9. Omnium rerum largissimi,ciborum sibi quisque parcissimus. Gualt. Mapes, deNugis Curialium, U, 20.

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