‹ Les moines d'OccidentChapitre 61 sur 113 · Celle dite Marteau' s Cross · texte numérisé non relu

Celle dite Marteau' s Cross

2. Media via ubi postea crux molari lapide infixa, hodieque stans.. . in margine cernitur vise. .. Senio fessus, paululum sedens,. . Ecce albus occurrit caballus, obediens servitor... caput in sinu ejus ponens... dominum a se suum mox emigraturum. . . cœpit plangere uberumqne quasi

Cela fait, il retrouva un reste de forces pour grimper sur un monticule d'où Ton pouvait voir toute File et tout le monastère, et de là il étendit les deux mains pour prononcer sur le sanctuaire qu'il avait créé une bénédiction prophétique : « Ce petit « endroit, si bas et si étroit, sera grandement ho- « noré, non-seulement par les rois et les peuples « des Scots, mais encore par les chefs étrangers et « les nations barbares, il sera même vénéré par les « saints des autres Églises. »

Il redescendit ensuite au monastère, entra datis sa cellule et s'y mit au travail pour la dernière fois. Il était alors occupé à transcrire le Psautier. Arrivé au Psaume XXXIII et au verset : Inquirentes autem Domimim non déficient omni bono, il s'arrêta et dit : « C'est ici qu'il me faut finir : Baïthen écrira « le reste. » Ce Baïthen, comme on l'a déjà vu, était l'économe d'Iona et allait eu devenir abbé. Il alla ensuite assister aux vigiles du dimanche dans l'église; puis, rentrant dans sa cellule, il s'y assit sur les pierres nues qui servaient à ce septuagénaire de lit et d'oreiller, et que l'on montra pendant près d'un siècle auprès de son tombeau1. Là

homo fundere et vaide spumeas Aère lacrymas.. . Sine hune, sine nos tri amatorem, ut in hune meum sinum fletus effundat amarissiuii plantons... Mœstuni a se equum benedixit ministratorem. Adamn., III, 25. 1. Monticellum monasterio supereminentem ascendens, in vertice ejus paululum stans, éleva tismanibus, benedixit cœnobium : Huic loco, qnamlibet angusto et vili, non tantum Scotorum reges cum populis, sed etiam harbararum et exterarum gentium regnatores cum plebihus

3*0 SAINT OOLIJMBA,

il confia à son unique compagnon un dernier message pour la communauté : « Voici, chers enfants, « ce que je vous recommande par mes dernières pa- « rôles. Que la paix et la charité, une charité mu- « luelle et sincère, régnent toujours entre vous ! Si « vous en agissez ainsi, en suivant les exemples des « saints, Dieu, qui fortifie les justes, vous aidera, et « moi, qui serai auprès de lui, je l'interpellerai pour « vous ; et vous obtiendrez de lui non-seulement toutes « les nécessités de la vie présente en quantité suflfi- « santé, mais encore les récompenses de la vie éter- « nelle, réservées aux observateurs de sa loi1. »

Cela dit, il se tut pour toujours. Mais à peine la cloche de minuit eut-elle donné le signal des matines de la fête, qu'il se leva et courut plus vite que tous les autres religieux à l'église, où il s'agenouilla devant l'autel. Diarmidle suivit, mais comme l'église n'était point encore éclairée, il ne put le rejoindre qu'en marchant à tâtons et en s'écriant d'une voix plaintive : «Mon père, où êtes- vous? » H le trouva couché devant l'autel, s'arrêta à ses côtes, et, soulevant sa vénérable tête, la posa sur ses genoux.

suis. . . Sedebat in tugurio Psalterium scribens . . . Post talem perscriptum versum paginœ, ad vespertinalem dominiez noctis missam (On remarquera cette singulière expression pour vigiles) ingreditur ecclesiam. Qua consummata, ad hospitiolum revertens, inlectuloresidet pernox, ubi pro stramine nudam habebat petram et pro pulvillo lapidem, qui hodie quasi quidam juxta sepulcrum ejus titulus stat monumenti. Adamn., III, 23.

' . Hœc vobis, o filioli, novissima commendo verba, utinter vos mutuam et non fictam habeatts charitatem, cum pace. M., ibitf.

APOTRE Ï>E LA CALÉDON1E.' 281

Toute la communauté arriva bientôt avec des lumières. À la vue de leur père mourant, tous pleuraient. L'abbé ouvrit encore les yeux et promena à droite et à gauche un regard empreint d'une joie sereine et rayonnante. Puis, aidé par Diarmid, il m niemi leva de son mieux la main droite pour bénir en si- i'**"*. lence tout le chœur des moines. Sa main retombée, »i«»n 597 il rendit le dernier soupir. Sa figure resta calme et douce comme celle d'un homme endormi apercevant une vision du ciel1.

Telle fut la vie et la mort du premier grand apôtre de la Grande-Bretagne. Nous nous sommes

1. Post quse conticuit... Vix média nocte pulsala personante clocca, feslinus surgens ad ecclesiam pergit, citiorque ceteris currens, solus introgressus juxta altare. Diormitius ecclesiam ingrediens flebili ingeminat voce : Ubi es, Pater ? Et necdum allatis fratrum lucernis, per tenebras palpans, sanctum ante altarium recubant era invenit : quem paululum erigens et juxta sedens sanctum in suo gremio posuit caput. Etinter hœc cœtus monachorum cum luminaribus accurrens, pâtre viso moriente, cœpit plangere. Et, ut ab aliquibus quiprœsente* ineraat didicimw, sanctus, necdum egrediente animo, apertis sursum oculis, ad utrumque latus cum mira vultus hiiaritate et laetitia circumspiciebat ; sanctos scilicet obvios intuens angelos. Diormitius tum sanctam sublevat ad benedicendum sancti monachorum chorum dexteram manum. Sed et ipse venerabilis pater in quantum poterat, simul suam movebat manum. Et post sanctam benedictionem taliter significatam, continuo spiritum exbalavit. Faciès rubens, et mirum in modum angelica visione exhilarata, in tantuin remansit, ut non quasi mortui, sed dormientis videretur viventis. Adam»., ÏIÏ, 23. — Le récit d'Àdamnan est la reproduction à peu près textuelle de celui de Cummian, le premier biographe connu du saint.

laissé trop longtemps enchaîner par cette grande ligure de moine, qui s'est dressée devant nous du sein de la mer des Hébrides et qui, pendant un tiers de siècle, a répandu sur ces îlots stériles, sur ces grèves sombres et lointaines, une lumière pure et féconde. Dans une époque confuse et dans une région inconnue, il a déployé ce que le génie de l'homme a de plus grand, de plus pur, et, il faut rajouter, de plus facilement oublié : le don de commander aux âmes1 en se commandant à soi-même. FnsPiiihiP Ce n'a pas été un petit travail que de choisir quel-

ivsuini' ques traits propres à se détacher sur le tissu de sa vie, <ip.

soi. caractère, que de démêler ce qui attire le lecteur moderne,

c'est-à-dire le caractère du personnage et son influence sur les événements contemporains, à travers un monde entier de récits très-minutieux ayant presque exclusivement pour objet des faits surnaturels ou ascétiques. Mais, cela fait, on arrive tant bien que mal à se représenter facilement ce grand vieillard aux traits réguliers et doux, à l'accent suave et puissant, tonsuré à l'irlandaise avec le haut de la tête rasé et les cheveux pendants par derrière, revêtu de la coule monastique, assis à la proue de sa barque d'osier recouverte de peaux, naviguant à travers l'archipel brumeux et les lacs étroits du nord de l'Kcosse, portant d'île en île, de plage en plage, la

1 . Auimarum duœ, disait déjà l'ange qui annonçait sa naissance à sa mère. — Cette expression se retrouve dans Adamnan (1,2'', mais placée dans la bouebe de Coin mba et appliquée par lui à un autre saint.

lumière, la justice, la vérité, la vie de l'Ame et «le la conscience.

On aime surtout à étudier le fond de cette âme et les transformations qu'elle a subies depuis sa jeunesse. Pas plus que son homonyme de Luxeuil, que l'apôtre monastique des deux Bourgognes, celui des Pietés et des Scots n'était une Colombe. La douceur était de toutes les qualités précisément celle qui leur fit le plus longtemps défaut. Au début de sa vie, le futur abbé d'Iona, bien plus encore que l'abbé de Luxeuil, se montre à nous dominé par les vivacités de son âge, associé a toutes les luttes, à toutes les discordes de sa race et de son pays : vindicatif, emporté, intrépide, batailleur, né pour être soldat plutôt que moine, connu, loué ou blâmé comme soldat, si bien que de son vivant même on l'invoquait dans les combats1; resté soldat, insulanus miles*, jusque sur le roc insulaire d'où il s'élançait pour prêcher, convertir, éclairer, réconcilier, réprimander les princes, les peuples, les hommes et les femmes, les laïques et le clergé.

D'ailleurs, plein de contradictions ou de contrastes, à la fois tendre et emporté, brusque et affable, ironique et compatissant, caressant et impérieux, reconnaissant et implacable, facilement entraîné par la pitié comme par la colère, mais toujours dominé par

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