‹ Les moines d'OccidentChapitre 66 sur 113 · Scripturarum tam Uberalium quom ccclesiasticarumt · texte numérisé non relu

Scripturarum tam Uberalium quom ccclesiasticarumt

Calligraphie

l'instar

de Columba.

surtout le grec, y riaient cultivées, parlées, écrites avec une sorte de passion pédantesque qui témoigne au moins de l'empire des préoccupations intellectuelles sur ces âmes ardentes. On y poussait même la manie du grec jusqu'à écrire en caractères helléniques le latin des livres d'église. D'ailleurs, en Irlande plus que partout ailleurs, chaque monastère était une école et chaque école un atelier de transcription d'où sortaient tous les jours de nouveaux exemplaires du texte des saintes Écritures et des Pères de la primitive Église, textes répandus dans toute l'Eurojte et qui se retrouvent encore aujourd'hui dans les bibliothèques du continent. On les reconnaît facilement au caractère si original et si élégant de la calligraphie irlandaise, comme aussi par l'usage de l'alphabet commun à toutes les races celtiques, employé plus tard par les Anglo-Saxons, mais auquel les Irlandais seuls sont restés fidèles de nos jours. Columba, comme on Ta vu, avait donné l'exemple de ce labeur infatigable des scribes monastiques; son exemple fut constamment suivi dans les cloîtres irlandais, où Ton ne se bornait pas seulement à la transcription de l'Écriture sainte, mais où l'on reproduisait les auteurs grecs et latins, quelquefois en

4. Rkeve's Adamsak, p. 158 et 354. Dans une vie manuscrite de saint Brendan, on lit ce curieux passage : Il ah ébat... missalem librum scriptum gratis litteris... Etpositus est ille l<ber super altare... Illico jam litteras grxcas scivit sanctus Br en datais, sicuti lalinas quas didicit ab infant ia. Et cœpit missam cantare.

caractères celtiques, avec closes et commentaires en irlandais, comme cet Horace que l'érudition contemporaine a découvert dans la bibliothèque de Berne1. Ces merveilleux manuscrits, enluminés avec une adresse et une patience incomparables par la famille monastique de Columba, excitaient cinq siècles plus tard l'enthousiasme déclamaleur d'un grand ennemi de l'Irlande, de l'historien anglo-normand, Giraud de Barry ; ils attirent encore aujourd'hui l'attention des archéologues et des philologues les plus renommés*.

En outre, dans tous ces monastères, on rédigeait Annales

i i , . , i r\ historiques.

les annales exactes des événements du temps. Ces annales remplaçaient les chroniques des bardes : conservées en partie et déjà publiées ou en train de l'être 9 elles forment maintenant encore la principale source de l'histoire d'Irlande*.

i. Orelli, dans son édition d'Horace, dit que ce codex de Derne, avec une glose irlandaise, est du huitième ou neuvième siècle : Scotice scrip- /tu, antiquissimus omnium quotquot adhuc innotuerunt. .

2. Hœc equidem quanto frequentius et diligentius intueor, semper quasi novis obstupeo, semperque magis et magis admiranda conspicio. fiiRALDos Caubbeksj*, Topoçr. Hiber., dist. n, c. 38.— La plupart des manuscrits cités et admirés de nos bibliothèques continentales ou anglosaxonnes sont d'origine irlandaise, ainsi que l'ont démontré Zeuss, K cl 1er et Iteeves. Les manuscrits qui ont servi au célèbre philologue Zeuss pour la composition de sa Grammatica Ceitica ;Lipsise, 1853), contenaient des gloses irlandaises sur les textes latins de Priscien à Saint-liall, des Épitrcs de saint Paul, à Wûrtzburg, du Commentaire de saint Colomban sur les Psaumes, à Milan, venant de Bobbio, et de Bède, à Carisru lie, venant de Reichenau.

5. Ces précieuses collections furent continuées par les Ordres plus récents après la conquête anglaise et même après la Réforme jusqu'au

Elles s'occupaient naturellement de l'histoire ecclésiastique encore plus que de l'histoire profane. Elles célébraient surtout la mémoire des saints, nombreux dans l'Église d'Irlande, où chacune des , grandes communautés avait tout un cycle de saints sortis de son sein ou rattachés à sa confraternité. Sous le nom de sanetiloge ou festiloge (car il y avait trop peu de martyrs connus en Irlande pour justiiier le terme usuel de martyrologe), ce cycle servait de lecture spirituelle aux moines et d'instruction familière aux populations d'alentour. Plusieurs de ces fettiloges étaient en vers, notamment le plus fameux Angws de tous, dft à Angus dit le Cvidee, simple frère

le Culdee. . .

- meunier au monastère de Tallach 4 : il y a donné place aux principaux saints des autres pays en même temps qu'à trois cent soixante^inq saints irlandais, un pour chaque jour de Tannée, et tous célébrés avec cet enthousiasme pieux et patriotique, poétique et moral, qui enflamme si naturellement tout cœur irlandais.

ce Ce nom de Culdee nous oblige à signaler en pas-

qn'étaient f # . .

i<* sant l'erreur aussi absurde que répandue qui a fait regarder les Culdees comme une sorte d'ordre dé religieux mariés et indigènes, antérieur à l'introduction du christianisme en Irlande et en Ecosse

dix-septième siècle. Voir surtout la collection si précieuse intitulée Annales des quatre maîtres, c'est-à-dire des quatre franciscains de Donegall, qui descend jusqu'en 4634.

1. Voir l'analyse qu'en fait O'Citrry, factures, etc., p. 364 et 571, et, d'après lui, M. de la Villemarqu^ dans sa Poésie des cloître* celtiques.

par les missionnaires romains, et ayant eu pour fondateur ou pour chef le grand abbé d'Ion a. Cette opinion, propagée par des savants anglicans, et aveuglément copiée par divers écrivains français, est aujourd'hui universellement reconnue comme fausse par les juges sincères et compétents1. Les Culdees, espèce de tiers ordre agrégé aux monastères réguliers, ne parurent en Irlande et ailleurs qu'an

1 . Selon le Dr Reeves, la désignation de Oubie ou Cette Dei, répondant au terme latin Servus Dei, apparaît pour la première fois dans l'histoire authentique avec le nom de cet Angiis qui vivait en 780. Elle fut ensuite appliquée à tous les religieux en général, c'est-à-dire à tous les clercs vivant sous une règle en Irlande et en Ecosse. Selon le regrettable 0'Curry, les Culdees n'étaient que des ecclésiastiques ou des laïques agrégés aux monastères, et qui eurent pour premier fondateur un saint Malrnain, mort en 787 ou 703. Ces renseignements, transmis à l'auteur par les deux princes de l'érudition irlandaise, sont parfaite* ment d'accord avec les conclusions du Dr Lanigan, dans sa très-savante et impartiale histoire ecclésiastique d'Irlande, t. IV, p. 205-300, comme aussi avec celles des nouveaux Bollandistes, t. VI II d'octobre, p. 86 ( Disquisitio in Culdeos, ap. Acta S. Reguli. Selon les doctes continuateurs des Acta sattetorum, les Culdees n'étaient pas moines, mais séculiers ou plutôt chanoines, et parurent au plus tôt en l'an 800. Par la même occasion, nos savants contemporains renvoient au neuvième siècle, au lieu des quatrième et sixième donnés par les légendes, l'époque de la translation des reliques de l'apôtre saint André, devenu le patron de l'Ecosse au moyen âge. Cette translation, effectuée par un évèque nommé Regulus (Rule), donna lieu à la fondation du siège épiscopal et de la ville de Saint- Andrews, située sur la côte orientale de l'Ecosse, au comté de Fife, érigée en métropole du royaume en 4472, avec une université qui date de 1411. On y voit de très-belles ruines des églises détruites par les réformateurs en 1559. — Depuis que la note précédente a été écrite, une nouvelle publication du docteur Reeves, the Guidée» ofthe British Islande as they appear in HUtory, wilh an appendix of Evidences, Dublin, 1864, in-4», a résumé et terminé toute controverse sur cette question si longtemps débattue en portant le dernier coup aux chimères d'une érudition dominée par le parti pris de l'esprit de secte.

:m saint COLllIBA,

neuvième siècle , et n'eurent jamais que des relations insignifiantes avec les communautés columhiennes1.

Ce qui frappe encore plus que le développement intellect uel dont les monastères irlandais furent à cette Propagande époque le foyer inextinguible, c'est la prodigieuse

des

moines irlandais fleti vite que déplovèrent les moines irlandais en s'éten-

au dehors "

de dant et en se propageant dans tous les pays de 1 Eu-

rirlandr. . . , ,

rope, ici pour créer de nouvelles écoles, de nouveaux sanctuaires chez les peuples déjà chrétiens, là pour initier, au péril de leur vie, les peuples encore païens à la lumière de l'Évangile. Sous peine d'empiéter sur • notre tâche future, il faut savoir résister aux tentations du sujet, ne pas devancer les temps et ne pas suivre ces armées de Celtes intrépides et infatigables, toujours aventureux et souvent héroïques, dans les régions où il nous sera peut-être donné de les retrouver un jour. Contentons-nous d'une simple énumération, quia son éloquence jusque dans la sèche* resse de ses chiffres. Voici le nombre, probablement fort incomplet, relevé par un ancien écrivain, des monastères qu'avaient fondés hors de l'Irlande des religieux irlandais, entraînés loin de leur pays par l'amour des âmes et sans doute aussi par ce goût des voyages qui les a toujours signalés :

Treize en Ecosse , Douze en Angleterre,

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