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après sa mort, non-seulement les religieux d'Iona mais encore les nombreuses communautés qui leur étaient agrégées. Ce corps portait un beau nom : il s'appela longtemps Tordre de la Belle Compagnie1 et, plus longtemps encore, la Famille de Columba-Kill. Il fut gouverné par les abbés qui succédèrent à Columba comme supérieurs de la communauté d'Iona. Ces abbés ont mérité et obtenu de la part du plus compétent des juges, de Bede, qui commençait à écrire cent ans après la mort de Columba, un hommage sans réserve et bien plus éclatant que celui rendu à leur fondateur : « Quel qu'ait été celui-ci,» dit le Vénérable Bede avec une certaine nuance de suspicion anglo-saxonne à l'endroit de toute vertu et de toute sainteté cekique, « il est indubitable qu'il a laissé des successeurs illustres par la pureté de leur vie, par leur grand amour de Dieu, leur zèle pour la régularité monastique, et bien que séparés de nous quant à l'observance de la Pàque, à cause de la distance où ils vivent du reste du monde, ardemment et exactement dévoués à l'observance des lois de la piété et de la chasteté qu'ils ont apprises dans l'Ancien et le Nouveau Testament*. » Ces éloges se justifient par le grand nombre de saints issus de la
1* Cujus ordo dicebatur pulchfte societatis. Vila sancti Kierani, apud llœften, op. cit. p. 01 et 64.
2. Qualiscunque fuerit ipse, nos hoc de illo certum tenemus* quia reliquit successores magna continentia et divino amore regulseque monasticre insignes.», pietatis et castitatis opéra diligenter observantes Beoe, III, 4.
lignée spirituelle de Columba1 ; mais ils doivent spécialement s'appliquer à ses successeurs sur le siège abbatial d'Iona, et en première ligne au premier de ses successeurs, à celui qu'il avait lui-même désigne, à ce saint et aimable Baïthen, si digne d'être son lieutenant, son ami et son remplaçant. Il ne survécut que trois ans à Columba et mourut le jour même de l'anniversaire de son maître1. Les cruelles douleurs de sa dernière maladie ne l'empêchèrent pas de prier, d'écrire et d'enseigner jusqu'à sa dernière heure. Baïthen était, comme on l'a déjà dit, le cousin germain de Columba, et après lui tous ou presque tous les abbés d'Iona furent de la même race.
L'esprit de famille, ou, pour mieux dire, l'esprit Prépondérance de clan, toujours si puissant et si actif en Irlande, si reprit de cian prononcé chez Columba, était devenu tout à fait pré- (a constitution pondérant dans la vie religieuse de l'Église celtique. u ™wque.sme Ce n'était pas précisément l'hérédité, puisque le mariage était absolument inconnu du clergé régulier; mais l'on tenait le plus grand compte du
1 . On peut en voir rémunération dans Coigan, qui en nomme jusqu à cent douze, la plupart commémorés dans les martyrologes irlandais.
2. Pendant son court alibatiat, on voit que tout n'était pas enthousiasme et adhésion unanimes... Un certain Bevan, qualifié de persécuteur des églises, envoyait demander les restes des repas des moines d'Iona, mais uniquement pour les tourner en dérision, « Nec ob aliud hoc postulabat, nisi ut causam blasphemise ac despectionis fratrum inveniret. » Baïthen lui envoya ce qui restait du lait qui avait été servi aux frères. Après l'avoir bu, l'impie ressentit de telles douleurs intérieures, qu'il se convertit et mourut en témoignant son repentir. Act;
SS. BOLLAND, t; II JUIîii, p. 238.
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sang dans l'élection des abbés, tout comme dans celle des princes ou des chefs militaires. Le neveu ou le cousin du fondateur ou du supérieur d'un monastère semblait le candidat le plus naturellement désigné à la dignité vacante. Il fallait des motifs spéciaux pour l'écarter. Aussi voit-on que les onze premiers abbés d'Iona, après Columba, sortirent tous, à l'exception d'un seul, de la même souche que lui, de la race de Tyr-Connell, et descendaient tous du même fils de Niall des Neuf-Otages, le fameux mi de toute l'Irlande. Tout grand monastère devenait ainsi le centre et l'apanage d'une famille, ou, pour mieux dire, d'un clan et servait d'école comme d'asile à toute la parenté du fondateur. Plus tard on vit même se développer à côté de sa postérité spirituelle une sorte de progéniture purement laïque et héréditaire, investie de la possession de la plupart des domaines monastiques. Ces deux descendances simultanées, mais distinctes, des principaux fondateurs religieux, sont désignées dans les généalogies historiques de l'Irlande sous le nom d'ecvlesiastica progenies et de plebilis progenies. A partir du neuvième siècle, grâce au relâchement de la discipline, à l'invasion des clercs mariés et à la valeur croissante des terres, la succession spirituelle
1 . Voir le tableau généalogique, dressé par le docteur Reeves, à la page 5 15 de son édition d'Adamnan.
2. Le docteur Reeves a traité à fond cette curieuse question dans un opuscule spécial : On the ancient abbatial succession in Ireland, a p. Proccedings of the royal Irish Academy, vol. VU, 1857.
tendit à se confondre avec la lignée naturelle et héréditaire, et on vit une foule d'abbés purement laïques et héréditaires, aussi fiers d'être les descendants collatéraux d'un saint fondateur, qu'heureux de posséder les vastes domaines dont la fondation s'était graduellement enrichie. Ce funeste abus se reproduisit en France et en Allemagne, mais y fut moins invétéré qu'en Irlande où il subsistait encore du temps de saint Bernard, et en Ecosse où il se prolongea jusqu'après la Réforme.
11 n'en fut jamais ainsi à Iona où la succession abbatiale resta parfaitement régulière et ininterrompue jusqu'aux invasions et aux dévastations des Danois au commencement du huitième siècle. A mm partir de ces invasions, les abbés d'Iona ne jouèrent plus qu'un rôle subordonné1. Ce foyer lumineux d'où la civilisation chrétienne avait rayonné sur les îles Britanniques s'éteignit. Le centre des communautés réunies sous le nom de Famille ou d'Ordre de Columb Ciller fut transféré d'Iona à une autre fondation du saint, à Kells, au centre de l'Irlande, où résida pen-
1. En 1097 > Magnus, roi de Nor ége, après avoir fait la conquête des Hébrides, visita Iona et annexa les îles à l'évêc-lié de Sodor et Mon (Sodorensis) sous la métropole de Drontherin, ce qui détruisit l'ancienne tradition ecclésiastique de l'Ile. Il est question pour la dernière fois d'un abbé d'Iona venu d'Irlande et issu de la famille de Columba, en 1205. En 121 4, on y trouve la mention d'un prieuré de l'Ordre de Cl un y dont on ignore l'origine. Lanigan, t. IV, p. 347, Cosmo Imne*, p. 110. La souveraineté temporelle échut aux fameux Urds ofthe Isies, du clan des Macdonald, immortalisés par Walter Scott, et dont . les tombes s'y voient encore. Voir l'Appendice A.
moïse* d'occ. m. 2)
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SAIM CULIMBA,
Influence |H»tliumc
de Columba
sur
l'Église
d'Irlande.
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danl trois siècles» encore, sous le titre deCoari, un successeur de Columba, un supérieur général de l'Ordre, abbé titulaire tantôt d'Iona, tantôt d'Arinagh ou de quelque autre grand monastère irlandais1.
Nous nous sommes déjà trop longtemps arrêté sur le grand et attachant personnage dont on vient de raconter la vie. Et cependant il nous faut encore constater rapidement l'influence qu'il a exercée autour de lui et jusque sur la postérité.
Cette influence est surtout évidente dans l'Église d'Irlande, qui apparaît tout entière dominée par son esprit, par ses successeurs et par ses disciples pendant les temps qu'on regarde comme l'âge d'or de son histoire et qui s'étendent jusqu'aux invasions danoises de la tin du huitième siècle. Pendant toute cette période, l'Église d'Irlande, encore toute monastique, comme à son origine, semble avoir étégouvernée par les souvenirs et les institutions de Columba. Les mots Lex Columbcille se retrouvent à maintes pages de ses annales un peu confuses, pour désigner soit l'ensemble des traditions que perpétuaient ses monastères, soit les tributs que prélevaient les rois pour la défense des églises et du
1 . Voir la chronologie détaillée des quarante-neuf successeurs de Columba, et de leurs faits et gestes depuis 597 jusqu'en 1219, dans le Chronicon Hyense de Reeves, p. 359 et seq. Ces coarbs ont été fort tuai à propos confondus par Ussher, AVure, Lanigan et autres auteurs avec les ckorepitcojn du continent.
APOTRE DE L\ OALÉ&OMfc. Ô07
pays, en promenant à travers l'Irlande la châsse «jui contenait ses reliques1.
Cet ascendant était si marqué, jusque dans Tordre temporel, que plus de deux siècles après la mort du grand abbé d'Iona, en 817, on voit tous les religieux de son ordre, Congregatio Cohimbcille , se rendre solennellement à Tara, l'antique capitale de l'Irlande druidique, pour y excommunier le monarque suprême de File, coupable d'avoir assassiné un prince de la famille de leur saint fondateur*.
On l'a dit, et on ne saurait assez le redire : Grand l'Irlande était alors regardée par toute l'Europe déJ2KÏ1 chrétienne comme le principal foyer de la science et moires de la piété. A l'abri de ses innombrables monastères i,,,andaisune foule de missionnaires, de docteurs et de prédicateurs se formaient pour le service de l'Église et la propagation de la foi dans tous les pays chrétiens. On y reconnaît un vaste et continuel développement de fortes études littéraires et religieuses1, bien supérieur à ce qui se voyait dans n'importe quelle contrée européenne. Certains arts même, tels que l'architecture, la ciselure, la métallurgie appliquée aux objets du culte, y étaient pratiqués avec succès, sans parler de la musique, qui continuait à y fleurir chez les savants comme dans le peuple. Les langues classiques, non-seulement le latin, mais encore et