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puis ceux parvenus à l'âge viril, et en dernier lieu les anciens à cheveux blancs, parmi lesquels il marchait lui-même. Tous chantaient cette antienne : . In t'iis Domini magna est gloria Domini, et viajustorum facta est : et iter sanclorum prseparalum est. Les moines d'Iona, de leur côté, chantaient en chœur le verset : lbunt sancti de virlule in virtulem : videbitur Deus eorum in Sion. Des deux côtés retentissaient Y Alléluia; et ce fut au son de ces paroles de la sainte Écriture chantées dans le latin de l'Église romaine par les moines celtiques de Bretagne et d'Irlande, que les deux apôtres des Pietés et des Scots se rencontrèrent, là où avait été l'extrême limite de l'empire romain et de la domination des Césars, et sur un sol désormais affranchi pour toujours du paganisme et de l'idolâtrie. Ils s'embrassèrent tendrement , et passèrent quelques jours dans une douce et intime familiarité.
L'historien qui nous a conservé ce récit n'en dissimule pas un trait moins édifiant. Il avoue que des bandits s'étaient associés au cortège de l'abbé d'Iona, et qu'ils profitèrent de l'enthousiasme général pour voler un bélier du troupeau de l'évêque. Ils furent pris : mais Kentigern leur fit grâce. Columba et lui ne se séparèrent qu'après avoir échangé leurs deux crosses pastorales en signe d'affection réciproque1.
1 . Sancti viri famam audiens, ad illum venire, visitare et familiaritatem ejus habere cupiebat... cura multa discipulorum turba... n tertia turma senes décora canitie venerabiles... Appropinquantes
Un autre annaliste nous les montre séjournant ensemble pendant six mois dans le monastère qui venait d'être fondé par Columba à Dunkeld et prêchant ensemble la foi aux habitants d'Àthol et des régions montueuses habitées par les Pietés1.
Je ne sais vraiment à quel point il faut ajouter foi à un autre récit de ce même hagiographe, et qui semble emprunté plutôt à l'épopée gallo-bre- La légende tonne de Tristan et d'Iseult, qu'à la légende monas- ranimu
. . . . (In la reine.
tique, mais qui est reste le titre le plus populaire de Tévêque Kentigern. La femme du roi Roderic, entraînée par sa passion adultère pour un chevalier de la cour de son mari, eut la faiblesse de lui abandonner l'anneau qu'elle tenait du roi. Roderic étant allé à la chasse avec ce chevalier, et tous deux s'étant reposés aux bords de la Clyde pendant la grande chaleur du jour, le chevalier s'endormit, et pendant son sommeil il étendit involontairement la main. Le roi vit à son doigt l'anneau qu'il avait donné à la reine comme gage de son grand amour. Il eut grande peine à ne pas tuer le chevalier sur place, mais il sut rester maître de lui-même et se contenta de lui enlever l'anneau du doigt pour le jeter à l'eau sans
invicem sancti in amplexus mutuos et oscula sancta ruunt... Vénérant cum sancto Columba quidam filii Belial ad furta et peccata assueti... In signum mutuse dilectionis alterius baculum suscepit... Bolland., p. 821. — La crosse donnée par Columba à Kentigern fut longtemps conservée et vénérée au monastère anglo-saxon de Ripon, dans le Yorkshire. 1. Hector Boetius, Hist. Scotarum, l. ix.
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éveiller le coupable. Puis, revenu à la ville, il demanda à la reine son anneau, et comme elle ne pouvait le produire, il la fit jeter en prison pour être conduite à la mort. Elle obtint un délai de Irois jours, et après avoir en vain fait demander l'anneau au chevalier, elle eut recours à la protection de l'évêque Kentigern. Ce bon pasteur avait tout su ou tout deviné : la bague, trouvée dans le ventre d'un saumon qu'il avait fait pêcher dans la Clyde, était entre ses mains. Il l'envoya à la reine, (|ui put ainsi le montrer i\ son mari et échapper au châtiment qui l'attendait. Roderic lui demanda même pardon à genoux de ses soupçons et offrit de punir ses accusateurs. Elle l'en détourna, et alla aussitôt s'accuser elle-même auprès de Kentigern, qui lui fit passer le reste de sa vie dans la pénitence. C'est pourquoi les anciennes effigies de l'apôtre du Strathclyde le représentent toujours tenant la crosse épiscopale d'une main, et de l'autre un saumon avec une bague entre les lèvres1.
Mais ni Kentigern, dont les œuvres ne lui survé-
1. Contigit reginam... pretiosum annulumob immensum amorem sibiarege commendatum eidem militi contulisse... Discopulatis canibus... Fatigatus autem miles extenso brachio dormire cœpit... Quuni illa secreto militi in vanum mittens proferre non posset... Lacrymosis precibus rem gestamsancto Kentigerno per nuntium exposuit... Gonlristatus rex pro illatis reginae injuriis, et veniam flexis genibus petens... Boli.and.. p. 820. Cf. p. 815.
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curent guère, ni Columba, dont l'influence fut si xt
puissante et si durable sur les Pietés et les Scots, ne pn^r" surent exercer une action directe et efficace sur les n'agissent sur
» , n • î • . 1 • • , les Anglo-Saxons
Anglo-saxons qui devenaient de jour en jour plus toujours parens redoutables et dont les incursions féroces menaçaient de pinson pins non moins les tribus calédoniennes que les Bretons. On voit cependant que le grand abbé d'Iona ne partageait pas la répulsion systématique du clergé breton pour la race saxonne : il est fait mention expresse dans les monuments les plus authentiques de son histoire, de religieux saxons qui avaient été admis dans la communauté d'Iona ; l'un d'eux y exerçait le métier de boulanger et comptait parmi les familiers de Columba1. Mais rien n'indique que ces Saxons, enrôlés sous l'autorité de Columba, aient réagi de là sur leurs compatriotes. Au contraire, pendant que les missionnaires scoto-bretons rayonnaient sur tous les points de la Calédonie, pendant que Columba et ses disciples faisaient briller la lumière de l'Évangile dans les régions septentrionales, où elle n'avait jamais pénétré ; au midi de l'île, la foi chrétienne et l'Église catholique s'affaissaient de plus en plus sous les ruines entassées par la conquête saxonne.
1. Cummineus (apud Colgan, p. 520) mentionne deux Saxons : « Quidam religiosus frater, Genereus nomme, Saxo natione, pictor opère. » Et plus loin : « duo ejus discipuli, Lugneus filius Blas et Pillo Saxo génère. » Adamnan (III, 10-22) rectifie les conclusions que quelques auteurs ont tirées du mot pictor en employant ceux-ci : opus pvttonum exercent. Voir plus haut, page 105.
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Ix; paganisme et la barbarie, vaincus par l'Évangile dans les hautes terres du Nord, se relevaient et triomphaient de nouveau au midi, dans les régions les plus peuplées, les plus accessibles, les plus florissantes, dans lout ce pays réservé à de si prodigieuses destinées, et qui commençait déjà à s'appeler l'Angleterre. De 569 à 586, dix ans avant la mort de Columba et à l'époque où son autorité était la mieux établie et la plus puissante dans le Nord, les derniers champions* de la Bretagne chrétienne furent définitivement rejetés au delà de la Saverne, tandis que de nouvelles bandes anglo-saxonnes, au Nord, refoulant les Pietés au delà de la Tweed, et traversant l'Humber au midi, fondaient les futurs royaumes de Mercie et de Northumbrie. Plus tard, il est vrai, les fils de Columba porteront l'Évangile à ces Northumbriens et à ces Merciens. Mais à la fin du sixième siècle, après cent cinquante ans d'invasions et de luttes triomphantes, les Saxons n'avaient encore rencontré, dans aucune I
des trois populations chrétiennes ou récemment converties (Bretons, Scots et Pietés), qu'ils avaient abordées, combattues et vaincues, ni des apôtres i
disposés à leur annoncer la bonne nouvelle, ni des pontifes capables de maintenir le dépôt de la foi chez les peuples conquis par eux. En 586, les deux derniers évêques de la Bretagne conquise, ceux de Londres et de York, abandonnèrent leurs églises et se réfugièrent dans les montagnes i
d h pays de Galles, emportant avec eux les vases sacrés i
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et les saintes reliques qu'ils avaient pu dérober à la rapacité des idolâtres.
Il fallait donc d'autres moissonneurs. D'où viendront-ils? Du foyer inextinguible d'où la lumière est déjà venue aux Irlandais par Patrice, aux Bretons et aux Scots par Palladius, par Ninian, par Germain.
Et déjà les voici ! Au moment où Columba touche au terme de sa longue carrière, dans son île septentrionale d'Iona, un an avant sa mort, les envoyés de saint Grégoire le Grand partent de Rome, et viennent débarquer au milieu des Anglo-Saxons, sur la plage où avait débarqué César,