Etuelwliidi Cfironic, UJj. i, p. 47 1* ap. Sav.lk
chênes, à des époques déterminées ; elles interve* naient dans tous les actes de la vie publique et réglaient souverainement les droits établis ou défendus par les lois.
iej lois. Ces lois n'étaient elles-mêmes que des traités de
paix, discutés et garantis par le grand conseil de chaque petite nation, entre le roi et ceux dont dépendaient sa sécurité et son pouvoir ; entre les différentes parties de tout procès civil ou criminel ; entre différents groupes d'hommes libres, tous armés et tous possesseurs de terres, sans cesse exposés à risquer leur vie, leurs biens, l'honneur et la sûreté de leurs femmes, de leurs enfants, de leur parenté, de leurs cliente, de leurs amis, dans des conflits quotidiens, nés de ce droit de guerre privée qu'on retrouve à la racine de toute liberté et de toute législation germanique1.
inégalité L'inégalité, compagne inséparable de la liberté
lS c£*r/« chez les peuples d'autrefois, se manifestait chez les ics Eorh. Anglo-Saxons comme partout. La classe des hommes libres, des ceorh, possesseurs de la terre et du pouvoir politique, qui constituaient la force vitale du peuple, avait au-dessous d'elle non-seulement des esclaves, fruit de la guerre et de la conquête, mais en bien plus grand nombre des serviteurs, des la-
1 . Palchave, The Iiise and Pro^ress of the English commonwealth. London, 1832. — Lappenberg, Geschichte von England. Hamlnirçj. 1831. — Kemble, Codex diplomaticus xvi Saxonici (London, - 1830- 1848), et Tlie Saxons in England. London, 1849. — Baron dTtKsTEi.v, Polices et Mémoires divers.
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boureurs, des clients, qui n'avaient pas les mêmes droits qu'elle. Mais elle reconnaissait aussi pour supérieurs les nobles, les eorh9 nés pour commander, pour remplir l'office de prêtres, déjuges et de chefs sous la primauté des rois1.
Ainsi donc, la portion de la Grande-Bretagne, qui a pris dès lors le nom d'Angleterre, se composait d'une agrégation de tribus et de communautés indépendantes, mais chez qui les exigences de la guerre contre leurs voisins du nord ou de l'ouest allaient développer une tendance graduelle vers l'unité. Elle se constituait en une fédération aristocratique, où des familles d'une origine réputée divine présidaient à la vie sociale et militaire de chaque tribu, mais où l'indépendance personnelle restait la base de tout. Cette indépendance savait toujours revendiquer ses droits quand un prince plus habile ou plus énergique que les autres les avait entamés. Elle se retrouvait partout pour établir et maintenir la vie sociale sur le principe de l'association libre en vue du bien commun*. Tout ce que les hommes
i . Les lois et les diplômes anglo-saxons, et surtout les chartes de donations monastiques, reproduisent sans cesse cette distinction entre les Ceorls et les Eorls, qui se retrouve dans la mythologie Scandinave, entre les Karls et les Jarls, nés du commerce d'un dieu avec deux différentes femmes. Voir le chant du premier Edda, intitulé : Rigsmai. — Lj mot ceorl a produit dans l'anglais moderne celui de churl, paysan, rustre, butor; et le mot eorl a donné earl, comte. L'un est descendu et l'autre est monté.
2. Free association on theterms ofmulualbenefit. Kehbie, Saxons in England, t. II, p. 312.
libres n'avaient pas expressément abandonné à des chefs établis par eux-mêmes ou à des associés librement acceptés leur demeurait acquis et inviolable.
Telle était à cette époque obscure et reculée, comme de nos jours, le principe fondamental et glorieusement inaltérable de la vie publique des Anglais.
La population bretonne, qui avait survécu aux fureurs de la conquête et qui n'avait pas sy ou pas voulu chercher un refuge dans les montagnes et les presqu'îles de la Cambrie et de la Cornouaille, semble s'être accommodée de ce nouveau régime. Une fois la conquête achevée, et là où cette conquête n'avait pas entraîné l'extermination complète de la race indigène1, on ne trouve aucune trace de soulèvement ou de mécontentement général chez les Bretons, et l'on peut admettre comme plausible l'avis des érudits qui ne croient pas que la condition de la masse du peuple breton, resiée dans les régions conquises, ait été pire sous les envahisseurs Saxons que sous le joug des Romains ou même sous celui de leurs princes indigènes, si maltraités par leur compatriote, l'historien Gildas*. On peut même
i. On a constaté plus haut vliv. 5, ch. x, p. 16) que dans quelques contrées les Saxons anéantirent les populations vaincues. Mais ce ne fut que l'exception. Voir à ce sujet le résumé excellent de Burke, dans son Estai abrégé de l'histoire d Angleterre, ouvrage trop oublié, quoique tout à fait digne du plus grand des Anglais.
2. Tel est surtout l'avis de Kenible, qui d'ailleurs généralise beaucoup trop sa théorie sur les oxngérations historiques en ce qui touche
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croire que cette fusion entre les vaincus et les vainqueurs s'opéra au grand profit de ceux-ci. Nul ne sait si l'héroïque ténacité, qui est devenue le caractère distinctif du peuple anglais, n'a pas été surtout empruntée à la race vigoureuse qui, après avoir tenu tête à César, avait su, seule entre tous les peuples soumis à Rome, lutter pendant deux siècles contre l'invasion des barbares1.
Mais cette assimilation des deux races ne put s'o- *-es
1 ^ Bretons
pérer qu'aux dépens de la foi chrétienne. À la diffé- vaincus
. . perdent
rence des envahisseurs barbares du continent, les ,a
foi chrétienne.
Saxons n'adoptèrent pas la religion du peuple qu'ils avaient subjugué. En Gaule, en Espagne, en Italie, le christianisme avait refleuri et s'était énergiquement affirmé sous la domination des Francs et des Goths ; il avait conquis les conquérants. En Bretagne, il disparut sous le poids de la conquête étrangère. 11 n'en restait rien dans les pays soumis aux Saxons quand Rome y envoya ses missionnaires ; on y rencontrait à peine quelques églises ruinées, mais pas un chrétien vivant parmi les indigènes* : vainqueurs et vaincus erraient également dans la nuit du paganisme.
l'oppression ou l'anéantissement des nations conquises. Ce qui se passe depuis 1772, en Pologne, en Mthuanie, en Circassie et ailleurs, démontre que l'on peut très-bien, môme dans la pleine lumière de la civilisation moderne et sous des princes sacrés devant l'autel du Dieu vivant, procéder avec une efficacité invincible à la destruction des races humaines.