Burke, Works, t. VI. p
vainqueurs.
Aussi n'est-il pas besoin de se demander si à côté de cette fière et vigoureuse indépendance, où nous avons reconnu une rare et précoce condition de l'intelligence politique et de la vitalité sociale, les Anglo-Saxons manifestaient des vertus morales d'un ordre aussi relevé. Nul ne peut être tenté de le croire, us Certes, « il y avait sous cette barbarie native des des penchants nobles inconnus au monde romain. Sous la brute, on découvre l'homme libre et aussi l'homme de cœur1. » On y découvre même, entremêlés aux abus journaliers de l'audace et de la force, certains prodiges de dévouement héroïque et simple, d'enthousiasme sincère et grandiose, qui appellent ou devancent le christianisme. Mais à côté de ces prodiges d'énergique et primitive vertu, quels prodiges de vice et de crime, d'avarice, de luxure et de férocité! La religion de leurs pères Scandinaves, dont les mythes primitifs enveloppaient plus d'une vérité traditionnelle sous des symboles pleins de grâce ou de majesté, ne s'était que trop tôt corrompue ou troublée. Elle ne les préservait d'aucun excès, d'aucune superstition, d'aucun fétichisme, peut-être pas même des sacrifices humains, connus de toutes les nations païennes. Que pouvait-on attendre, en fait de moralité, de gens habitués à invoquer et à honorer Woden, le dieu des massacres, Freya, la Vénus du Nord, la déesse de la sensualité, et tous ces dieux