Epist., VI, 53 à
SAINT AIGUST1X
Augustin débarque
là
où avaient
débarqué
Jules César
et
les premiers
Saxons.
cueillis comme des loups-garous, et où les femmes surtout se signalaient par leurs hurlements et leurs dérisions1.
Après avoir ainsi parcouru toute la Gaule franque, Augustin et ses compagnons vinrent débarquer sur la plage méridionale de la Grande-Bretagne, à l'endroit où elle se rapproche le plus du continent et là même où avaient déjà pris terre les conquérants antérieurs de l'Angleterre : Jules César, qui l'avait révélée au monde romain, puis Hengist avec ses Saxons, qui lui apportaient avec son nom nouveau l'ineffaçable empreinte des races germaniques. A ces deux conquêtes venait maintenant succéder une troisième, destinée à être la dernière. Car on ne saurait mettre au même rang les invasions victorieuses des Danois et des Normands qui, issus du même sang et imbus des mêmes mœurs que les Saxons, ont cruellement troublé la vie du peuple anglais, mais n'ont rien changé aux racines de sa vie sociale et morale et n'ont pu entamer ni sa langue, ni sa religion, ni son caractère national.
Ces nouveaux conquérants arrivent eux aussi, comme Jules César, sous les enseignes de Rome, mais de la Rome éternelle, non de la Rome impériale. Ils viennent rétablir la loi de l'Évangile que
1. Tôt homines peregrinos pedestri incessu et habitu humiles quasi tôt lupos et ignota monstra repulere. Mulierculœ simul conglomérat» tanta... insania, tribulatu, despectu, subsannatione, derisione in sanctos Dei suntdebacchatœ... Stabat juxta ulmus ampla... sub haesaneti volentes ipsa nocte requiescere... Gotselihus, c. 10.
les Saxons avaient noyée dans le sang. Mais en imprimant pour toujours le sceau de la foi chrétienne à la terre et à la race des Anglais, ils ne porteront aucune atteinte au caractère indépendant, à la puissante originalité de la nation qu'ils achèveront de constituer en la convertissant.
Au midi de l'embouchure de la Tamise et à la pointe nord-est du comlé de Kent, on voit une- région qui s'appelle encore l'île de Th&net, bien que le nom d'île ne lui convienne plus, parce que le bras de mer qui la séparait autrefois du continent n'est plus qu'une sorte de ruisseau marécageux et saumâtre. C'est là, à un endroit où les blanches et abruptes falaises de cette plage d'Albion s'interrompent subitement pour ouvrir une anse sablonneuse, auprès de l'ancien porl des Romains à Richborough, entre les villes modernes de Sandwich et de Ramsgate \ que les moines romains posèrent pour la première fois le pied sur le sol britannique2. On a longtemps conservé et vénéré
i. On aime à constater que dans cette ville même de Ramsgate, sur la plage où aborda l'abbé Augustin, les fils de Saint-Benoît ont p -, après treize siècles écoulés, élever de nos jours un nouveau sanctuaire, auprès d'une église dédiée à saint Augustin et construite par le grand architecte catholique Pugjn. Cette colonie monastique dépend de la nouvelle prpvince bénédictine de Subiaco, à laquelle se rattachent également nos fondations récentes de la Pierre qui viret en Morvan, et de Saint-Benoît-sur-Loire, au diocèse d'Orléans.
2. Dans un livre intitulé : Historical memorials of Canterbury, 1855, le docteur anglican Arthur Stanley, aujourd'hui doyen de l'église abbatiale de Westminster, a étudié et déterminé avec autant d'enthousiasme que de scrupuleuse exactitude tous les faits relatifs à l'arrivée de saint Augustin. Il a continué l'opinion déjà ancienne qui
le rocher qui avait reçu l'empreinte des premiers pas d'Augustin ; on y venait en pèlerinage pour remercier le Dieu vivant d'y avoir conduit l'apôtre des Anglais1.
A peine débarqué, le lieutenant du pape Grégoire envoya les interprètes dont il s'était pourvu en France auprès du roi de la contrée où les missionnaires venaient d'aborder, pour lui annoncer qu'ils arrivaient de Rome, et qu'ils lui apportaient la meilleure des nouvelles, la vraie bonne Nouvelle, avec les promesses de la joie céleste et d'un règne éternel en la compagnie du Dieu vivant et véritable1.
Ce roi s'appelait Ethelbert *, ce qui voulait dire en anglo-saxon Noble et Vaillant. Arrière -petitfils de Hengist, le premier des conquérants saxons, qui lui-même passait pour descendre d'un des trois fils d'Odin, il régnait depuis trente-six ans sur le plus ancien royaume de PHeptarchie, celui de Kent, et il venait d'acquérir sur tous les autres rois
fixe le lieu même du débarquement à ce qui n'est plus aujourd'hui qu'une ferme nommé Ebb'sfleet, et située sur un promontoire dont la mer, en se retirant, a abandonné les alentours.
1. Stanley, p. 14. — Oaklet, Life of S. Augustin, 1844, p. 91.— Cette Vie fait partie de l'intéressante série des Lives of the English saints publiée par les principaux écrivains de l'école puseyite avant leur conversion.
2 Mandavit se venisse de Roma et nuntium ferre optimum... œterna in cœlis gaudia et regnum sine fine cum Deo vivo et vero . futurum. Bede, I, 25.
3. Le radical Ethel, qui se retrouvera dans presque tous les noms d'hommes ou de femmes que nous allons citer, répond à l'adjectif allemand Edel, noble.
et princes saxons, jusqu'aux confins de la Northumbrie, cette sorte de suprématie militaire qui s'attachait au titre de Bretwalda ou de chef temporaire de la Confédération saxonne1.
Il devait être naturellement prédisposé en faveur u reine
. Berthe.
de la religion chrétienne. C'était celle de sa femme, Berthe, qui avait pour père Caribert, roi des Francs de Paris, petit-fils de Clovis; et pour mère, cette Ingoberge dont Grégoire de Tours nous a raconté les douces vertus et les malheurs domestiques*. Elle n'avait été accordée à ce roi païen des Saxons de Kent, qu'à la condition de pouvoir observer librement les préceptes et les pratiques de sa foi, sous la garde d'un évêque gallo-franc-, Liudhard de Senlis, qui était toujours resté avec elle, et venait seulement de mourir, lorsque Augustin arriva. La tradition constate les douces et aimables vertus de la reine Berthe, en même temps que son zèle discret pour la conversion de son mari et de ses sujets. On croit que Grégoire tenait d'elle ces données sur l'envie qu'auraient les Anglais de se convertir, dont il avait entretenu la reine Brunehaut et ses petits-fils5. Cette