‹ Les moines d'OccidentChapitre 86 sur 113 · Voir t. II. liv. ix, c · texte numérisé non relu

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DE CANTORBÉRï. 3M

pontificat de saint Léon le Grand (440-401) une différence d'un mois entier entre le jour de Pâques à Rome et le jour de Pâques à Alexandrie . Enfin, vers le milieu du sixième siècle, en 532, on se mit d'accord : Rome adopta la supputation de Denys le Petit, qui ne permettait plus de se tromper sur le jour fixé par le Concile de Nicée, et l'uniformité de date se trouva rétablie dans l'Église. Mais l'invasion saxonne avait intercepté les communications habituelles entre Rome et les églises bretonnes : celles-ci conservèrent l'ancien usage romain ; et ce fut précisément l'attachement à cet usage romain qui leur servait d'argument contre les calculs plus exacts que leur apportaient Augustin et ses moines italiens , mais qu'ils repoussaient comme des nouveautés suspectes, comme une dérogation aux traditions de leurs pères1. C'était, comme on voit, pour rester fidèles aux enseignements primitifs de Rome qu'ils résistaient aux nouveaux missionnaires romains.

Cette dissidence, de beaucoup la plus importante, était donc d'une date très-récente, et toutes celles qu'on peut reconnaître sur d'autres points, excepté sur la forme de la tonsure, étaient tout ausgi nouvelles sans être plus essentielles. S'il en eût été autrement, s'il y avait eu le moindre dissentiment dogmatique ou moral entre les Prêtons et l'Église romaine, jamais Augustin n'aurait commis l'insigne

1. VValter, Alte Wales, p. 225. — Dollwoeii, op. cit., I, 2* partie

folie de solliciter l'assistance du clergé celtique pour la conversion des païens saxons. C'eût été semer la confusion et la discorde dans la nouvelle Église qu'il s'agissait de constituer par le concours énergique du christianisme indigène avec les envoyés de Rome1.

Rien de plus pénible que de rencontrer dans l'histoire des luttes interminables et passionnées pour des causes ou des questions qui au bout de quelque temps n'intéressent plus personne et que personne ne comprend plus. Mais ce n'est pas seulement l'antiquité chrétienne, ce sont tous les siècles qui offrent de pareils spectacles. Et à ceux qui se scandaliseraient de l'excessive importance que les âmes les plus pieuses de leur temps ont attachée à de pareilles minuties, il suffit de rappeler l'obstination acharnée qu'ont mise de grands peuples, tels que les Anglais et les Russes, à repousser la réforme du calendrier grégorien, les uns pendant près de deux siècles, les autres jusqu'au sein de l'uniformité du monde contemporain.

Il n'en est pas moins vrai que, par cette fidélité obstinée à un calcul respectable mais faux , les Bretons se mettaient en contradiction sur cette question de la Pâque, non-seulement avec Rome et tout l'Occident, mais encore avec l'Orient, qui célébrait cette fête, comme les juifs, le jour précis de la semaine où elle tombait, tandis que les Bretons,

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