‹ Les moines d'OccidentChapitre 92 sur 113 · Oïanam, p · texte numérisé non relu

Oïanam, p

4. Vix crediderim Augustinum a quoquam paganorum majori fatigatum verborum ambage... Tn occidentalem ab Àquiloni plagam di-

Et cependant, même chez ceux-ci, il trouvait parfois une opposition qui se manifestait par l'injure et la dérision , surtout lorsqu'il franchissait les limites du royaume d'Ethelbert. Ainsi, en parcourant cette région du pays des Saxons de l'ouest, qui s'appelle aujourd'hui le Dorsetshire, ses compagnons et lui tombèrent au milieu d'une population maritime qui les accabla d'avapies et d'outrages. Ces sauvages païens ne refusèrent pas seulement de les entendre ; ils ne reculèrent pas même devant les voies de fait pour les éloigner, puis en les chassant de leur territoire, avec une grossièreté vraiment tudesque, ils attachèrent aux robes noires des pauvres moines italiens, en signe d'opprobre, des queues de poissons provenant de la pêche dont ils vivaient4. Augustin n'était pas homme à se laisser décourager pour si peu. D'ailleurs il rencontrait en d'autres lieux des foules plus attentives et plus reconnaissantes. Aussi persévéra- t-il pendant sept années entières, et jusqu'à sa mort, dans ces courses apostoliques, voyageant en véritable missionnaire après comme avant sa consécration archiépiscopale, toujours à pied, sans voiture et sans bagage, et entremêlant à ses prédications infatigables des bienfaits

vertit, non tam viatoris quam venatoris aut aucupis morem gerens. Gotselincs, Historia maior, c. 32, 41.

1. Plebs irapia... tota ludibriorum et opprobriorum in sanctos debacchata... nec manu pepercisse creditur... Fama est illos effulminandos provenientes roarinorum oiscium caudas sanctis appendisse. Gotseunus, c. 41.

DE CÀNTORBÉRY.

et des prodiges, tantôt en faisant jaillir du sol des sources inconnues, tantôt en guérissant par son attouchement des malades incurables ou moribonds *. Cependant Ethelbert ne tarissait pas en sollicitude et en générosité à l'égard de l'Église dont il était devenu le fervent néophyte, Non content des bienfaits qu'il avait attribués aux deux grands monastères de Gantorbéry, à celui qui entourait l'église métropolitaine et à l'abbaye des Saints-Pierre-et-Paul hors de* mars, il seconda de tout son pouvoir l'introduction du christianisme dans un royaume voisin du sien, et placé sous sa dépendance, celui des Saxons de l'est ou d'Essex, dont le roi était fils de sa sœur, et qui n'était séparé du Kent que par la Tamise. Augustin y ayant envoyé pour évoque le moine Mellitus, l'un des nouveaux missionnaires que Grégoire lui avait adressés, Ethelbert fit construire à Londres, que les Saxons de Test avaient pour capitale, une église dédiée à saint Paul pour en être la cathédrale, comme elle l'est encore. Dans son propre royaume de Kent, il autorisa réfection d'un second évêché, situé à

Fondations d'Ethelbert.

Évéchés

de

Londres

et de

Rochester.

1. Tam post praesulatum quara ante, semper pede, absque vehiculo, patiens ambulando, liber et expeditus praedicationi evangelicse. Elmham, Hiêt. monasîer. S. Augustini, p. 106. Cf. Gotsslinus, c. 44 et 49. — Cet historien reproduit le récit d'un vieillard dont l'aïeul avait été, tout jeune encore, se moquer du grand étranger que la foule poursuivait et entourait comme un ange descendu du ciel, parce qu'il passait pour guérir toutes les infirmités. « Cum vero audissem illum omnium debilium ac moribundorum curare corpora, ampliori incredulus cachinnabam vesania. » Il finit néanmoins par être baptisé de la main même d'Augustin.

Rochester, cité romaine, à vingt milles à l'ouest de Cantorbéry; Augustin y mit pour évêque un autre des nouveaux missionnaires, nommé Juste, et le roi y fit construire une cathédrale qu'il appela du nom de Saint-André, en mémoire du monastère romain d'où le pape Grégoire avait tiré tous les apôtres de la race anglo-saxonne \

Toutes ces fondations, destinées à durer jusqu'à nos jours, malgré tant de singulières et douloureuses transformations, lui constituèrent des titres impérissables à la reconnaissance de la postérité chrétienne ; et longtemps après, lorsque la féodalité normande eut à son tour envahi et transformé l'Église d'Angleterre, le roi Ethelbert lui apparut comme celui qui avait le premier muni de forteresses seigneuriales, sous forme d'évêchés et de monastères, le royaume qu'il voulait tenir en fief du Seigneur Dieu*.

Il fit plus encore en imprimant à la propriété et à la liberté de l'Église dans son pays ce qu'on peut appeler, en termes encore plus exacts que modernes, une sanction légale et parlementaire. Dans une de ces assemblées périodiques des sages et des grands du peuple saxon, qui portaient le nom de Witena-gemot et qui ont été la souche des parlements modernes,

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