SAINT GREGOIRE VII, MOINE ET PAPE
Siiiicxit Elias piophela, ([iiasi if^iiis, *l M'iliuiu ipsiiis quasi l'acula anlcbat.
(juis potest siinilitcr sic gloriari tibi?
qui dejccisti reges ad periiicieui, «t
toiiriegisti Tacile potenliam ipsoriiin,et ^Moliosos de lectii suo.
(jiii urifiis reges ad pœnitentiain, < t
pKtjilietas facis succcssores post te.
Ecclésiastique, xlviii, 1-8.
El dixit Dominiis ad me : Ecce dedi vciha iiiea lu orc luo : ecce constilui te hodie sii- |ior génies, et super régna, ut evellas, r-l destruas, et disperdas, et dissipes, et œdilices, el plantes.
J(':ilKMlE, I, U-10.
I»eli;( Icde cliristiana il santo allcla,
Heiiigno a' suoi et a' nemici crudo
Con doltrira et con volere insierno,
0>u Tufficio apostolico si mosse, (jiiasi lorrcnle cli' alla vena i»reirie ; E negli sterpi eretici percossc L'impeto suo più vivamente quivi
Dove le resislenze cran più grosse
Tal lu l'una ruota délia biga,
in rlie la sancta Cliiesa si difese E viti«o in cainpo la sua civil briga.
Dante, Paiiadiso, a. xii.
rjIVPITRK PHEMIKR
État de l'Église au milieu du onzième siècle.
Al. LIS et scandales dans l'Église. — Tyrannie laïque. — intervention réparatrice des moines. — La suprématie spirituelle du saint-siège reste intacte. — Le concile de Sutri. — Déposition de trois papes rivaux, — Triple fléau : la simonie, l'incontinence des i>rô!res, les tîiivahissemenls du pouvoir séculier. — Le moine Ariald, martyr (lu célibat ecclésiastique. — Philippe de France protège les simoniaqnes. — En Allemagne le mal est plus répandu qu'en France. — Avènement d'Henri IV. — Vente effrontée des évèchés, abbayes, etc. — L'Église tout entière est souillée. — Les moines-évèques ne sont plus qu'une exception. — Moqueries des simoniaques contre les moines. — Ceux-ci appelés à sauver l'Église.
Pendant que l'Ordre Monasti({iie brillait d'un si |nir éclat, l'Eglise, arrivée au onzième siècle de son institution, subissait la plus grande épreuve qu'elle eut encore connue.
Le saint-siége, l'épiscopat, le clergé séculier Abuseiscaudaies
, . 1 p • • dans l'Eglise.
tout entier ployaient sous le faix d'abus invétérés Tyrannie laïqu.-.
TT 1 •! > • • Intervention
et de scandales odieux. Habile a tirer parti d'une des
telle corruption intérieure, assurée de l'appui des nombreux complices que lui fournissait un épiscopal avili et un clergé dépravé, la tyrannie laïqne [)ut étendre une main victorieuse sur l'épouse de J<''sus-Christ, et tenter de l'encbaîner pour toujours aux pieds du trône de la puissance humaine.
inoinp*;.
53i SAINT GHÉGOIRK Vd,
Mais Dieu lui réservait une armée libératrice et ven- •^eresse: Tordre de saint Benoît, plus fort et plus (econd au onzième siècle qu'il ne l'avait jamais été, a bien pu selaisserentamer par la corruption générale, mais il n'y succombera point. Il conduira à la justice et à la miséricorde divine d'innombrables champions. C'est de là que sortiront le salut de l'Eglise et celui de la liberté sous une série de saints pontifes, presque tous issus de la famille bénédictine, et que dominera, parla gloire comme pai* le génie, Hildebrand, le plus grand des moines el le plus grand des papes.
Il importe de constater le mal, afin de mieux apprécier le remède. Mesurons donc, autant qu'il nous sera loisible, l'abîme où s'enfonçait l'Eglise lorsque Hildebrand fut envoyé de Dieu pour la sauver, et commençons par la papauté.
Ici le mal remontait très-haut. Le saint-siége ne semblait avoir échappé aux souillures que lui infligèrent au dixième siècle certains pontifes indignes que pour s'affaiser sous la domination de la puissance temporelle : c'était changer de honte et de danger.
Otton le Grand, en allant au secours de la paj)auté sans cesse compromise par les passions des Italiens, s'était trouvé entraîné, par les fautes mêmes des papes, à prendre à leur égard une sorte d'attitude prolectrice el supérieure, complètement différente de celle de Gharlemagne eixle ses suces-
MOINE ET PAPE. 7,ô:>
seurs\ Celleatlitudeétaitd'aulaiilplus mal fondée, ({110, comme tous les princes français, italiens et allemands, pourvus delà dignité impériale, depuis l;t mort du grand empereur % Otton ne devait ce litre qu'à lapapauté. Il avait présidé à la déposition de deux papes, Jean XII et Benoît V, l'un profondément indigne, l'autre pur, exemplaire, mais tous deux légitimement élus et canoniquement inviolables^; il avait dicté le choix de Léon YIII, (l<* Jean XIII, de Benoît YI, qui durent naturellemenl se regarder comme ses créatures, surtout en présence des révoltes toujours rcnaissantesdes Romains. Cependant, par une providence toute spéciale, Mai-ié umi, aucun affaiblissement de la toute-puissance spiri- supirmaii.
spirituclh
luelle des papes ne se manifesta durant cette époque ciu
!•> 1 • I i /^ 1 • 1 Saint -Sicyc
d abaissement moral . On a des preuves innombra- reste intacte.
1. Ce point essentiel est parfaitement établi par Hôfler, Hisf. des papes allemands, t. I, introd., p. 40-52; par Bowdex, llist. de (irég. VII, liv. I, c. 2 et 3, ainsi que par M. Jagf.r, dans son excellente Introduction à la traduction de \ Histoire de Grégoire Vil par VoiGT, où il réfute victorieusement la mauvaise foi de Floury.
2, C'est ce qui est parfaitement démontré par les textes réunis flans l'ouvrage de M. Gosselin, du Pouvoir du pajye au moyen âge, cil. ô, art. 5, p. 615 à 628.
r». Romanorum prœpotens imperator valentiorem sibi in Cliri.sto aposlolicum nomine Benedictum, quem nullus absque Deo judicaro poterit, injuste ut spero accusatum deponi consensit, quod utinam non fecisset. Dithmar de Mersebourg, ap. Leibnitz, Script., t. II, p. 527,
4. Voltaire lui-même l'a reconnu : « On s'étonne, dit-il, que, soii.s tant de papes si scandaleux et si peu puissants, l'Église romaine m^ perdit ni ses prérogatives ni ses prétentions. » Essai sur les vnrms. I. I, c. 35. \ quoi lo comte de Maistre répond : <t C'est fort bien de ^'élDuner, car le phénomène est liumainement inexplicable. >.
556 SAINT GRÉGOIRK VII,
bles de la reconnaissance de leur siiprénialie sur les métropolitains, les évoques et tous les ordres de rÉglise^; et celte suprématie,les papes zélés et purs, tels que rxrégoireV, pouvaient l'exercer tout entière. Quelques-uns, même parmi les moins édifiants, ont signalé, par des actes officiels, leur sollicitude pour la régularité des monastères et pour d'autres institutions ecclésiastiques. Ce qui périssait en eux, ce n'était pas leur infaillible et immortelle autorité; c'étaient, hélas! leur dignité, leur liberté, leur vertu personnelle.
La papauté se releva cependant et compta quelques années de splendeur, sous deux moines, Grégoire V et Sylvestre II ; mais, après ce dernier pontife, elle retomba^ couimc au siècle précédent, sous le joug des passions et des intérêts de ce monde. Pendant toute la première moitié du onzième siècle, des papes médiocres et faibles (à l'exception du seul
1. Plusieurs écrivains attribuent cette suprématie incontestée dos papes du dixième siècle à l'influence exercée par le code des fausses décrélales, qui avaient paru au milieu du siècle précédent, et qui acquirent peu à peu force de loi dans toute la chrétienté. Mais ces décrétales se taisent sur les prérogatives les plus essentielles de la papauté, et, d'ailleurs, elles n'étaient fausses qu'en ce sens qu'elles transformaient des récits biographiques en décrets solennels, et plaidaient des décisions récentes sous des noms plus anciens. Vouloir, comme M. Guizot, faire dater de là l'origine de la puissance pontifieale, c'est méconnaître tous les résultats de l'histoire des huit premiers siècles de notre ère. Cf. O-canam, de V Elablissemenl du c/wislianisme en Allemagne, dans le Correspondant, t. IV, p. 413: Laferrièke, Revue de léyislalion, t. VIII, p. 612, et PiEKRK Yarin, Archives administratives de Reims, t. I, p. lOi).
Gré<^oire VI), se succédèrent, au gré d'aboid des comtes de Tusculuni, voisins puissants et dangereux de Rome, puis des empereurs allemands. Une nouvelle dynastie s'était élevée après saint Henri '. • j
l.e premier souverain de la maison de Franco- ' , / nie, Conrad 11% quoique atteint du vice commun ^^
à son époque, la simonie % ne s'écarta point (le la voie tiacce par ses pieux prédécesseurs : comme eux, il se montra toujours plein de sym- [)athie pour les moines^; comme eux, il visita avi'c respect le Mont-Cassin, défendit l'abbaye impériale contre les vexations des princes de Capoue ^ et mérita les regrets des amis de l'ordre et de rÉglise. Mais, sous son fils Henri IIP, recom- JwVvhr lUmandable du reste par de grandes qualités et par '^^^^' ^ une sincère répulsion pour la simonie \ les inconvénients de la position prise par Otton le Grand, visà-vis de l'Eglise, se reproduisirent et s'aggravèrent. 11 devint alors évident que l'Eglise ne se gouvernait