‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 2)Chapitre 100 sur 196 · I.OBAiN, Easni sur Cluuij, p. Ul · texte numérisé non relu

I.OBAiN, Easni sur Cluuij, p. Ul

vivants. Quand le moine (iuy d'Are/zo, rinvenlniir du solfège, eut doté la science musicale d'une ino thode qui devait l'immortaliser, il pensa non [);is à la gloire, aux progrès de l'art, au profit matéric!, mais seulement au bien de son ame, et il écrivait modestement : « Puisque, au lieu de dix ans qu'il « fallait auparavant pour apprendre imparfaite- « ment léchant, nous faisons un chantre en un an ou « deux, nous espérons que tous ceux qui viendront « après nous, et qui profiteront de ce progrès, « prieront Dieu pour la rémission de nos péchés, et (( que leur charité l'obtiendra de la miséricorde (( divine\ »

L'empereur Otton 111, étant allé visiter l'abbé saint Nil au mont Gargane , lui dit : « Demandez- « moi comme à un fils tout ce que vous voudrez, « et je vous le donnerai avec joie. » Le moine répondit, en mettant la main sur le cœur de l'empereur : « Je ne demande qu'une seule chose à « Votre Majesté, c'est le salut de son âme\ »

1. Uncle er<40, inspiranle Doiniiio, coritaloin non soliim lilii, sul el aliis quil)Uscum(]Lie potui summa cum de^oLioiic ac soUicitudiiie a Deo milii indignissimo dalam conluli graliam, iil quia ego et omnes aille me suinnia cum difflcultale occlcsiaslicos cantus didicimus, ips-os posicri suiniua cum facilifate discento?;, mihi et tibi et ivii<iuis adjutoribus meis leleniam optent salutem, iacielque per misorlcordiam Dei pcccatoruui nostrorum remissionem vel modica laïUojuiii ex carilate oratio. iNam si illi... qui haclenus vix decennio,... «vo. lUuo.N., Aun., ad ami. 1022. Mauii.i,., ad ann. 1020.

2. 'ExTSlvyj T5ÔV /.^lliCt TlpOi -toi fJT'nOsi. ZOU ^'y.7Ùio)i SITZVJ' Oùôèv i'.'.o

NUI, éd. Gaiuoi'uylls, ap. I'kuiz, Script., t-. IV, p. 616.

L'KGLISE ET \A FÉODALITÉ. 527

Ainsi donc, clans les plus <>randes choses comme dans les plus petites, pour eux-mêmes comme pour les aulres, l'intérèl de l'ame était ce qui préoccupait unitpiement les moines. Pour le Ibndaleur (rahbayes, (jui abattait les forêts ou creusait les l'oclieis, afin d'y créer une maison de Dieu^] pouile chevalier qui se dépouillait de son |)atrimoine ou qui se consacrait lui-même à la vie claustrale; pour le copiste qui couvrait le parchemin de ses transcriptions laborieuses comme pour l'artiste qui les ornait de ses miniatures ; pour le convers qui défrichait la terre ou gardait les troupeaux ; pour les religieux qui chantaient les louanges du Seigneur dans le choeur des églises, qui partageaient les travaux du pauvre dans les champs, qui se livraient passionnément à l'élude dans la solitude des cloîtres, pour tous ces hommes d'élite, le salut éternel était le pôle unique de l'intelligence et delà volonté, l'océan où allaient se jeter Ions les courants de la pensée. Mais, en se consacrant tout entiers à Dieu, ils ont mérité, selon la promesse divine, que tout le reste leur tut donné par surcroît, et, les yeux toujours fixés vers cette unique lumière, ils ont su durer plus longtemps que les plus puissantes monarchies, sauver tous les tiésors de la littérature et de la science, écrire l'histoire des siècles qu'illumina b'ur vertu, régénérer et sanctifier les arls, remplir

1 (i'i/tishaiis, tciiiie (•.\iiios>il, cl ordiiiairciiioril utile dans l'flncieniie Allciiiii^jiir pour «U'^if^m r un nionaï^itèie.

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mouraiert

les

moines.

les bibliothèques de leurs écrils, élever des monuments innombrables et gigantesques, défricher ht moitié de l'Europe, montrer tous les genres de courage contre tous les genres d'ennemis, supprimer l'indigence, à force de charité ; et, après avoir ainsi vécu, mourir dans des transports d'amour et de joie, ayant la paix dans le cœur et \e sourire sur les lèvres.

Car c'est ainsi qu'ils mouraient. Nous le savons, grâce à ces mêmes chroniqueurs qui ont enregistré les actes de leur vie, et conservé le souvenir de leur dernier jour. A côté de la mort bienheureuse, de la mort des sainls (mors felix), il y avait la mort joyeuse [mon hilark), la mort du simple moine heureux de mourir comme il l'avail été de vivre ^ Les annales monastiques sont remplies de détails sur la fin de ces serviteurs de Dieu ; elles rapportent, par exemple, commen t le moine Gérold de Saint-Gall rendit son âme en glorifiant Dieu, en souriant à ses frères et en saluant les saints qu'il voyait venir au-devant de lui ^ Ils nous apprennent encore comment, au Mont-Cassin, le moine Randiscius, au lit de mort, faisait taire les chants des religieux en

1. Voir, dans la Ijihle des nialièrps du Nciwlog'nmt licuedicthimn de Buceliu, Tarticle intitulé Mors hilaris, dislinel de celui de Hlon felix.

1. Sursum spcclnndo Dcinino dat psycheo amiindo... Fralres arrisit GcrolL animamque remisit, Cum visis lœtc sauctis dixisset, Avelc; i*rosper doctriuis, asper disciplinis...

Ekkeiiarp. ïjh. V.cne<Hct., vis. S. GalL, p. ihA. ap.Ai.x, 1, 571.

LÉGLISE I:T LV FKODALITK. 329

liMir disant : « Silence ! silence ! N'enlendez-vons « pas retentir les Laudes dans le ciel? Ne voyez- « vous pas les anges qui chantent ces Laudes, « avec leurs vêtements et leurs visages resplen- (( dissant comme la neige ? Je vous en conjure « par Dieu, faites silence, et laissez-moi jouir des « suaves délices de ce chant. » Et en disant ces mois, il expirait ^

Philosophes si surs de votre science, politiques >i habiles à conduire les nations, industriels si versés dans Part de créer la richesse, légistes qui avez mené captives la religion et la liberté, princes qui avez élevé le pou voir absolu sur les ruines des anciennes franchises, réformateurs sociaux qui avez tout nivelé sous le joug de l'uniformité démocratique, vous tous, auteurs et docteurs de la société moderne, ce ne sont pas là vos œuvres : tout cela s'est fait avant vous et sans vous ; votre œuvre, à vous, a été d'asservir, de corrompre et enfin de détruire ces augustes institutions; et, après avoir spolié et profané les sanctuaires où avaient régné, pendant douze siècles, la charité, la prière et le bonheur, d'y introniser Tégoïsme et la cupidité ou bien la dévastation et le néant.

1, Cœperunl li-atre^, >iciil iiios est, ejus aiiimam oiiinipotciiti Deo cummcndare... Taccle, (accle! Numqtiid non auditis, quanlaî résonant Laiides in cœlo ? Nimiquid piieros, qui Laudes décantant, vidctis?... Per Dcuni objiixo vos postulo, ut silealis, mihique tam suavissimum canlum audire sinalis. Hicc dum diceret, exirenium alitum fudit. (hron. Ca^ln., I. UI, i. 51, ai». Murator., 1Y, 468.

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