‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 2)Chapitre 107 sur 196 · V. ' ^ fomenté par (iuido, l'archevêque simoniaque de · texte numérisé non relu

V. ' ^ fomenté par (iuido, l'archevêque simoniaque de

1. 111e sacerdos laudabilior cujus veslis comtior, cujus mensa copiosior, cujus concubina splendidior. Vif. S. Ansclm. Lucens, c. 12.. in AcT. SS. 0. B., t. IX.

2. 11 importe de distinguer entre les deux Ans-elme qui figurent dans riiistoirc de l'Église pendant cette période : le premier, Anselme do Badoagio, évêque de Lucques, fut pape sous le nom d'Alexandre II; le second, neveu du précédent, fut comme lui chanoine de IMilan et évoque de Lucques; il dirigea la comtesse Mathilde, et l'Église le vénère sous le nom de saint Anselme de Lucques. On verra pins loin riiistoire d'un troisième Anselme, également Italien, saint Anselme de Cantorbéry.

r». Ex equestri progenie tralicns ortum, vir liberalibus studiis ad prime eruditus. Bomzo, 1. c, p. 805. — 11 eut pour associé dans sa tentative un autre diacre, Landulplie, que Bonizon qualifie ainsi: exmajorxnn jnosapiu or/us, r/r urbanus et facuiiflissiunis.

4. Croscebat quotidio gloriosum genus palerinoruui. Bomto, 1. c.

MO[.\K KT l'APK. 547

Milan, tinissinUoujoiirs|)ar rennîtro el par l'emporter. Les capitaines des villes el les feiidalaires qui vendaient les bénéfices à leur profit, les familles des innombrables clercs simoniaqnes, soutenus par les parents mêmes de leurs concubines, formaient une armée trop nombreuse et trop intéressée au scandale pour que les efforts des catboliques ortliodoxes pussent alors triompller^ Le cbef du parti catho- lc diacre Ariaiu.

1 • 11' i • 1 1 • r 1 r> 1 défeiisour

lique, le diacre Ariald, y conquit a la lin le martyre. du côiihai

,T . . , . . p T • 1 ecclésiastique,

>oici en quels termes un momequi lut son (tisciple meun

et quePEglise a aussi béatifié, leB. André, raconte

la dernière lutte de ce glorieux défenseur du célibat

ecclésiastique : «Deux clercs, envoyés par la nièce

«del'arcbevèqueGuido, arrivèrent tout à coup dans

« l'îledéserte qu'habitait Ariald et se jetèrent sur lui

« comme des lions affamés se jettent sur une proie.

« Ayant tiré du fourreau les épées affilées dont ils

«s'étaient iimnis, ils saisirent leurvictime, chacun

« par une oreille, et l'interpellèrent en ces termes :

« Dis, scélérat, notre maître est-il un véritable

« et digne archevêque? — Il ne l'a jamais été, ré-

« |)ondit Ariald, car ni dans le passé ni actuelle-

« ment il n'a fait ni ne fait œuvre d'archevê-

1. Miilliiudo clericorum qui iii eadein ecclesia est innumerabilis ut arena maris, concitaverunt capitaneos et vavassores ccclcsiaruiu venditores et consanguineos et concubinarum suarum propinquos. Do- Mzo, 1. c. — Voir, pour les détails intéressants de celte lutte, Arnuli-ii., niai. MedioL, et f.ANOULPit. Senior, Ilist. Mediol., ap. Murât., Scrijft., t. IV ; VimcKiu.de SS. martyr. Ariald . et Ucrlemb , 1057, et ap. Acr. SS. lioLLAND., die 27 junii. Le Manuel d'histoire ecclésiastique du irofesseur Do'llingcr en donne uii excellent résumé.

r)48 SAINT GRÉGOIRE VII,

<( que. w A ces mois, les deux bandits abaUirent les « oreilles du saint diacre qui, levant les yeux au (( ciel,s'ccria : «Je vous remercie, Seigneur Jésus, « d'avoir aujourd'hui daigne m'admeltre parmi vos «. martyrs. » Interrogé une seconde fois, Ariald ré- <( pondit, avec une héroïque constance : «Non, votre « maître n'est pointée que vous prétendez. » Alors, « les deux bourreaux lui enlevèrent le nez, la lèvre « supérieure, et lui crevèrent les deux yeux; après « quoi, ils lui coupèrent la main droite, en disant: « C'est elle qui a écrit les Jettres envoyées à Rome « par toi. » Cela fait, les scélérats accomplirent « sur le patient la plus honteuse des mutilations, « en ajoutant par dérision : «Tu as été unprédica- « teur de la chasteté, maintenant tu seras chaste à « jamais. » Enfin, on lui arracha la langue, par « une ouverture faite au-dessous du menton, en « prononçant ces odieuses paroles : « Elle se taira « maintenant, cette langue qui a demandé la dis- « persion des familles de clercs et fait séparer « les maris de leurs épouses. » Mais déjà l'iime « d'Ariald avait quitté la terre V »

L'héroïque chrétien mourut le 27 juin 1006; mais cette mort n'amena point la fin de la guerre : le sang du martyr servit seulement à féconder les germes de la victoire qui fit plus tard trioin[)her la

1. Nous empruntons ici la traduction des textes originaux qu'a donnée M. le comte d'Horrer dans un rôcit animé intitulé la Paturia de Milan, au tome XXIIl de VUniversilc ca(holi(ji(e, juin 1847.

cause (le Tunilé et du célibat, même au sein de réj^lise la plus rebelle à la discipline romaine.

Eu Espagne, des désordres analogues avaient du se produire, à l'occasion du mariage des prêtres, car on voit le concile de Girone, tenu en 1078 par un légat de Grégoire Yll, condamner, dans trois canons différents, la transmission hérédilaire des bénéfices ecclésiastiques aux fils des prêtres et des clercs'.

En France, le pouvoir royal dominait déjà dans les élections épiscopales et y donnait pleine carrière à la simonie. Une foule de prélats français, comme le prouvent les récits contemporains, ne devaient leurdignilé qu'à l'argent dont ils l'avaient payée. La simonie était devenue le principal revenu de la royauté, celui dont les produits étaient les plus réguliers et les plus abondants. Le roi Philippe I", que l'histoire signale comme l'homme le plus vénal en matières spirituelles % ne se contentait pas de vendre les dignités ecclésiastiques : il ajoutait à cette ressource celle de piller les marchands é( rangers, qui venaient aux foires en France. A son exemple, certains seigneurs mettaient à rançon les pèlerins français qui se rendaient à Rome^

Quant au clergé secondaire, on pourra juger

1. Ciiii. 5, 4 et 5, ap. Labb. et Colf.tti, Concil., t. XII, p. C27.

'2. Ilomiiiein iii ichus Dei vcnalissimuni. Gviuert ^oviG., de Vitastta, 1. III, c. 2.

r». Voir les reproches énergiques qu'élevait contre Philippe I" S. Grégoire VII. Rcfjisl., 1 I, cp. 55; II, ep. 5 et 18,

La simonie

en Espagne,

en France

et

en Allemasae.

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350 SAINT GUÉGOIRE VII,

coml)ieri il avait profité des exemples donnés par ses supérieurs, d'après la résistance acharnée qu'il opposa aux décrets réfornnateurs de saint Grégoire Yli, spécialement dans les métropoles de Reims et de Rouen. En Normandie les prêtres se mariaient publiquement, moyennant payement d'une taxe aux évoques \ et ils léguaient effrontément leurs églises et leurs bénéfices à leurs fils ou les donnaient en dot à leurs filles ^

Partout, les enfants des prêtres, déshonorés par le fait seul de leur naissance, objet de la réproba- - lion populaire aussi bien que des interdictions canoniques, se transformaient en autant d'adversaires acharnés de la cause catholique. « l.'Eglise, » disait le papeBenoît YllI, en plein concile, « l'Eglise Nj\V\ « n'a pas de pires ennemis que ces fils infâmes « de pères infâmes^. »

L'Allemagne En Allemagne , le mal était encore plus in-

surtout on proie - ^ /• i •> r\

au fléau. vétéré et plus gênerai qu en rrance, car il avait infecté jusqu'à l'Ordre Monastique lui-même. La

1. Voir les prohibitions du concile de Lillebonne à ce sujet, en 10^0. Labue etCoLETTi, t. XII, 650-054.

2. Pro consuetudine lune temporis per totani Normanniam lioc erat, ut presbyteri publiée uxores ducerent, nuptias celebrarent, filiosacfiliasprocrearent, quibus hfereditario jure post obituni suuni ecclesias relinquerent, lilias suas nuptui tradentes, multoties, si tilia deesset possessio, ecclcsiam dabant in dotcni.

5. Ipsi quoque clerici .. ampla prpedia, anipla patrinionia et quaecumque bona possunt, de bonis Ecclesiîe... infamis patris inlamibus liliis adqiiirunt... Ili sunt qui luniultuanlur contra Kcclesiani : nulli pejores liostes Ecclesiic quani i.sli. l*iœfat. Bcnalict. ] lll.ad coiicil. Juin. Manm, XIX, p. 544, ap. WoLvi.m, I, 2110.

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MOINE ET PAPE. ^ Ww iv\a4J51

simonie y régnait en souveraine, dans toutes ses variétés; elle imposait à tout Tordre ecelésiasli(jue une soumission servile aux volontés et aux ^, intérêts du maître terrestre; et, de la sorte, elle établissait, entre les vices des princes et la faiblesse de rÉglise, les liens d'une honteuse solidarité. Ce n'étaient pas seulement les achats de bénéfices que les docteurs catholiques réprouvaient sous le nom de simonie : ils en trouvaiont tous les caractères dans les complaisances obséquieuses, dans les adulations coupables dont les clercs accablaient les princes, en vue d'obtenir d'eux des faveurs quelconques \ Du reste, l'argent était le moyen le plus habituellement et le plus fructueusement employé; de l'autre côté du Rhin , comme en France et en Italie, les évêques étaient, pour la plupart, les auteurs ou les ministres intéressés de cette profanation. Elle y prenait des proportions d'autant plus J|^lf\«. alarmantes, qu'elle se combinait avec Tusage des Vtrvvtt •|VAiUv^/vc investitures, plus fréquent et plus universel en Allemagne qu'ailleurs, et qui avait amené les empennu's à s'arroger le droit non-seulement de conférer à des favoris les fiefs territoriaux attachés aux divers bénéfices, mais encore de livrer toutes les dignités 4le l'Église à des candidats de leur choix.

1. Voici la définition que donne saint Pierre Danriicn des différentes espèces de simonie. Tria dicunlur esse munerum gênera, scilicctiminiis a nnanu (i. e. pecunia), munus ab obsequio (i. e. obedienlia siibjectionis , et niunus a linguu (i. e. favor adulalioiiis). Opuscul. XXII, cl, cunlra clericun oulicos.

VO^oV^A^^

Les prêtres, chez qui trop souvent l'ambition tenait lieu de conscience, s'habituaient à considérer le pouvoir laïque comme l'unique source des dignités ecclésiastiques ; ils savaient que ce pouvoir avait toujours besoin d'argent, et que leurs offres pécuniaires séduiraient les princes môme les mieux intentionnés, puisque la simonie constituait leur revenu le plus certain. Ce monstrueux abus s'était tellement invétéré , que les souverains les plus '\ pieux et quelquefois les plus austères en plaisantaient comme d'une infirmité générale. Lorsque Otlon le Grand eut conféré l'évêché de Ratisbonneà un saint moine de Saint-Emmeran, nommé Gunther, il lui demanda ce qu'il comptait donner pour prix de répiscoj)at obtenu ; à quoi le bon religieux répondit, en riant : « Rien que mes souliers ^ » Or, qui ne conçoit ce qu'une pareille vénalité devait amener d'abus chez les clercs dont on devait attendre moins de désintéressement et de simplicité que de la part d'un Gunther ? L'histoire nous montre la cour des empereurs inondée de clercs avides, déréglés de mœurs, à l'affût des prélatures vacantes, les disputant aux enchères et toujours prêts à se maintenir, par de serviles complaisances, dans les dignités qu'ils devaient à la plus scandaleuse prévarication*.

1. Quid mihi, frater, pro adipiscendo episcopalus honore vis dare? Senior ad hoc subridens : Calceos, inquit, nieos. Annalista Saxo, ad ann. y5'i, Diethm. Meuseb., VJiron., II, 8, c. 17.

2. rs'allus cnimlunc in subrogindis ponticificibus vel aliis ccclesias

MOINE ET l'Al'E. 353

il laut rendre à l'empereur Henri 111 eelte jusliee, qu il lit de généreux efforts pour détruire le lléau de la simonie \ que son père, Conrad II, avait au eontraire développé. Dans une réunion générale des prélats de l'Empire, le prince, un jour, avait adressé d'énergiques remontrances au sujet de l'avarice et de la cupidité des clercs : « Tous les ordres de la hiérarchie ecclésiastique, » disait-il, (( depuis les ciiefs de TEglise jusqu'au portier, sont « écrasés sous le poids de leur damnation, et le « brigandage spirituel, selon la parole du Seigneur, « les domine tous ^ » Henri rendit même un édit ]>ar lequel il était interdit de payer ou de recevoir de l'argent pour aucun grade ou office ecclésiastique, sous peine d'anathème. 11 promettait de donner lui-même l'exemple : « Dieu, » disait-il, « Dieu m'a livré pour rien et par pure miséri- « corde la couronne de TEmpire : je ferai donc

ticis dignitatibus canoniccC sanctionis ordo servabatur : sed qui tantum régis vel principis manum implevisset, seu aliud qualecumque obsequium sibi placitiim impendisset, regia prseficiebalur violentia iibi voluisset. GeslaTrevirens. Aichiep., ap. Martène. Ampliss. colleclio, t. IV, p.ni. — Voii-en onivc, paasim, Lambert d'Aschaneribourg, tous les auteurs contemi)orains, et ceux de notre temps, Voigt, Stentzel, Dollinger, Alzog, etc., etc.

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