‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 2)Chapitre 108 sur 196 · C'est le téiiioigriago (jue lui rend saint Pierre Damien · texte numérisé non relu

C'est le téiiioigriago (jue lui rend saint Pierre Damien

2. Ingens vos incipio loqui... Vos enim avaritia et cupiditate corrupti... Omnesquippe gradus ecclesiastici a maximopontifice ad liosliarium opprimuntur per suie damnationis pretium, et juxta voccm (loniinicam incunctisgrassatur spiritualelatrocinium. I'.\i»ui.pii. Gadiu llièt., liv. V, c. 5, ap. Diciiesne, Script., t. IV, p. :»8.

MOINES d'oCC. VI. 23

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« de mémo, pour lout ce qui tient à l'Église \ » Mais ce notait point à l'énergie d'un laïque que Dieu réservait l'honneur de purifier l'Église : il fallait préalablement l'affranchir, et c'est à quoi ne songeait guère Henri III. Les bonnes intentions du prince restèrent donc complètement inefficaces, et, lorsqu'à sa mort, en 1056, la couronne d'Allemagne échut à Henri lY encore enfant, la simonie et le concubinage désolaient à l'envi l'Église germanicjue. Depuis lors, les deux fléaux ne firent que s'étendre el s'enraciner. Ils atteignirent leur apogée

Avénemeni lorsQue Ic jcune roi se mit à srouverner par luian trône i o o i

d'Henri jv. même. Henri vendait ouvertement, au plus offrant, les évêchés, les abbayes, les doyennés; d'autres fois, il les livrait à des clercs impudiques, complices de ses débauches^ ou à ceux dont il savait que la basse complaisance n'opposerait jamais de résistance à sa volonté". Souvent même il pourvoyait successivement deux concurrents du même évêché, se réservant, comme pour ajouter la dérision à la plus sacrilège cupidité, de faire déposer le premier

1. Sicut cnim milii Dominus coronani Imperii sola miseratione sua gratis dédit : ita et ego qiiod ad religiouem ipsius perlinet, gratis impcndam. Ibid.

2. Non quisquam episcopus, aut abbas, sive praîpositus esse potuit, nisi qui majorempccuniambabuit, vol ipsius spurciliarum compos extilit, et fautor assensit Vif. S. Amclm. Lucens., c. 2'2.

5. Rex recolens Annonis conscientiam et iiivictum adversus omnes nclai ios suos conatus spirilum, consulte talom successorem ordinaro satagebat, cujus facililate ad omnia quîc vellet pro libiiu suo abuti posset. Lajiukut, ann. 1070.

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comme siinoniaqiic, si le second offrail une somme [►lus forte \

r.a liberté des élections avait donc complètement disparu ; l'élection elle-même n'existait plus, à vrai dire, que de nom : sous une vaine formalité ^er.teefnoni.^e

1 des

se déguisait le choix imposé par le roi, comme cela *a',Jbayerltc'^ se pratique encore aujourd'hui dans l'église anglicane. Quand, par hasard, le clergé d'un diocèse ne voulait pas accepter le candidat qu'il plaisait au roi de lui imposer, Henri intervenait et rendait, par le fait, impossible tout autre choix ^: le clergé finissait toujours par céder. C'est ainsi que le roi était parvenu à faire élever sur le siège mé- (ropolitain de Cologne un homme de rien, nommé ^^v r.^-. Ilidulphe, si détesté et si méprisé que, lorsqu'il paraissait dans les rues, le peuple lui jetait des pierres et le poursuivait de brocards et de paroles injurieuses''. Mais Ilidulphe, malgré tout, faisait

1. Episcopos enim non pro qualilate meritorum... constituit, sed si qiiis majorcm pecuniam dédit, vel ipsc major ejiis flagitiorum adulalor exlitit, hic dignior quolibet episcopatu fuit. Cumque alicui sic episcopatum dedisset, si ei alius plus daret, vel ejus magis facinora laudaret, illuin priorem quasi simoniacum deponi fecit, et istum secundum quasi sanctnm in eodem loco conseci'ari. Unde contigit ut inultae civitates in illo tempore duos episcopos simul haberent. l'.RL.vo, de Belto Saxon., c. 15, ap. Pektz, V, 3ô4.

2. Colonion.^isclcrus et popiilus ad cligenduin sibi antistitem frequens confluxerat. (Juibusrcx Ilildolfum quemdain, Goslariensem canonicum, oflerebat, atque ut eligerent, insistebat... contestatus quam sancte se vivo aut nulluin eos aut liiiiic habituros esse pontificeui LvMUF.RT, ann. 4070.

' 5. Ut sicubi in piiblico apparuisset, oinnes cuin tanquain aliijui'd

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partie, depuis longtomps, du chapitre de la cathédrale de Goslar, où Henri IV résidait habituellement, et dont les chanoines, hommes dégradés par tous les vices d'une cour débauchée et sans frein, formaient comme la pépinière qui fournissait d'évêques les grands sièges d'Allemagne et d'Italie \ Aussi le mépris et l'horreur qu'inspiraient aux fidèles des pasteurs de cette espèce n'avaient-il point de bornes \

11 est facile de comprendre quel lien fatal et puissant unissait les trois fléaux de l'incontinence, de la simonie et des investitures. Les misérables prêtres, qui avaient commencé par payer fort cher, au prince ou à l'évêque, leur sacerdoce et leur bénéfice, étaient obligés, en outre, d'entretenir une femme et des enfants. Leur ardent désir devait être, par conséquent, d'abord de s'indemniser de leurs sacrifices pécuniaires, et, en second lieu, d'as-

antiquitatis monstrum inconditis clainoribus et caiiticis perurgerent, lapidcsque in euni et pulvereni... jactarcnt. Lahbeut, ann. 1076.

1. Par exemple, outre Ilidulphe, archevêque de Cologne, l'indigne successeur du grand Ilannon, Rupert évêque de Bamberg, Guillaume évêque de Vérone, tous assistants au conciliabule de Worms, où Grégoire fut déclaré déchu de la papauté Cf. Dollingkr, Ilandbuch. t. Il, p. 137 à 150. — Une ancienne vie de saint Bennon, reproduite par les Bollandistes, Act. SS. Jumi, t. III, p. IGO, donne la liste complète des (juaraiile-six éiêques (jui furent tirés de ce chapitre pendant les règnes de Henri IV et de Henri V.

2. Virum pessimœ exislimalionis in populo, co quod régi familiarissimuset omnibus ejus secretis semperintimus fuisset. C'est ce que dit Lambert d'Afchaffcnburg (ann. 1075) de ce Rupert que Henri avait pris dans le chapitre de Goslar pour faire de lui un évêque de Bamberg,

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surer le soi! do leur famillo, en transformant, ant.nit que faire se pouvait, leur bénéfice en une jnopriété héréditaire, qu'ils s'efforçaient de faire passer à Fun de leurs enfants ou de leurs proches. Mais, pour y parvenir, il fallait l'appui de Taulorité temporelle. De là l'empressement du clergé, énervé par son déshonneur même, à courir au-devant de l'investiture impériale, à y chercher la véritable source et la garantie unique de toute autorité spii'iluelle, et, en même temps, de là l'anéantissement complet de la liberté et de la dignité ecclésiastique. Selon l'énergique langage d'un docteur du douz ème siècle, les princes de ce temps-là imposaient i\ l'Eglise non pas les élus de Dieu, mais les leurs, afin de mieux les humilier, après les avoir choisis. L'Eglise, de maîtresse qu'elle avait été, était devenue servante. Ce n'était plus l'élection des clercs, le consentement des nobles, la pétition des peuples, qui déterminaient le choix des évêques. On ne recherchait plus ni la sainteté ni la science. Le premier venu n'avait qu'à se présenter, la main remplie d'argent, et il devenait le prêtre non du Seigneur, mais de Mammon, du prince de ce monde à qui Satan a dit : Je te donnerai tout ^ situ te prosternes et si lu m'adores. Les clients des souverains exploitaient incessamment l'orgueil el l'avarice de leurs maîtres, et leur témoignaient d'autant plus de servilité, qu'ils étaient sûrs j)ar là d'arriver au faîte des dignités ecclésiastiques. Celte lèpre, descendue

L'Église

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d'un être souille, c'est-à-dire de rcmpcreur, et, passant par desponlifes déjà corrompus, se répandait sur tout le coips du clergé. Quand un évêque avait acheté son siège plusieurs centaines de marcs, il n'avait rien déplus pressé, pour remplir sa bourse vide, que de vendre aux prêtres les abbayes, les prévôtés, les archiprêtrés, les archidiaconés, les paroisses, el aux clercs le sacerdoce : et ceux qui avaient acquis toutes ces choses trafiquaient, à leur tour, des divers offices de l'Église, et même des lieux de sépulture, pour se rembourser de leurs avances \

Les choses se passaient ainsi en Italie, ainsi en isouiikv. Allemagne, ainsi même en France. L'Église entière était souillée. Tous les témoignages sont d'accord pour attester que, depuis les évêqucs jusqu'aux derniers des curés, tout l'ordre ecclésiastique étaii atteint d'une contagion dont le douloureux souvenir

1. Reges in Ecclesia Dei non quos volebat, sed quos volebaiit... exallabant ; et quos volebant, humiliabant... Ecclesia quse erat domina, tacta estancilla...Non eleitio cleii,non consensus honoratorum, non petitiopopuli... sed quicumque volebat, implebat manum suam, ot factus est sacerdos non jam Domini sed Blammonse et principis hujus mundi, etc.. Principurn in quibus superbiae- et avaritise spiritus habitabat, ad lioc clientelœ deservire... Unde e capite, imperatore vi- (lelicet, non bene sano ete ponlificibus liujus Icpiœ contagio maculatis per lotum feie cleri corpus pestis se diffuderat. Nani dum episcopus episcopatum marcarum aliquot ccntenariis coemisset, etc.... quidnonetipsi ccclcsiasticarum admiiiistrationum usque ad sepultuiîc locum et offjcium vénale babercnt?... qualenus saltcni niarsupia eiinanita replerent. Geiuiohi Ueicheiispeuc, De stat. EccL, c. 1(), ap. Gret.-îer, t. IV, p. 2i0

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s'esl prolongé à travers les siècles catholiques, et ne fit que croître en intensité jusqu'au jour où Hil- (lebrand se dressa, comme un mur, contre le fléau, rétablit le droit ancien, sauva la pureté de l'Ëglise en même temps que sa liberté, et refoula le torrent de la corruption dans son ignoble lit*.

Mais, on peut rafiirmer, tout le génie de Hildebrand eût été impuissant pour arrêter le mal et pour le guérir, s'il n'avait pu disposer, dans cette lutte suprême, des ressources que lui présentait l'Ordre Monastique.

On a vu, par tout ce qui précède, que cet Ordre avait constamment et glorieusement lutté contre la corruption humaine, non-seulement dans le monde, mais encore et surtout dans le sein de l'Eglise. A l'époque où nous sommes arrivés, l'Eglise gémissait sous le triple joug de la simonie, de Tincortinenee sacerdotale et de la suprématie temporelle. Or l'Ordre Monastique se développai!, depuis six siècles, en s'appuyant, lui, sur trois principes dia-

1 . In diey)iis istis (c'est-à-dire au douzième siècle iiprès le îriomplie de TEglise), magna est libertas cononicis electionibiis episcoporum, al)bafum, etc., provehendoium in diynitatibus, quas per multos annospœne temporibus Ottonis I iisque llenricum lV,vendere solebant ipsi reges vel imperatores, régnantes absque simonia, dum per siinoniacos episcopos in cathedra pestilentise posilos morlifera illa pestis dilata est usque ad infimes plebanos et capellanos, per quos valde multiplicatis Ecclcsia penc Iota fœdabalur, usque ad Grcgorium Vil. qui et opposuit niurum pro domo Israël, reparando in Ecclesia canonicas elcctiones juxta pristinas canonum sanctioneso Gerhoh. Rr iciif.usp. Expos, in ps. \\\}\, ,1p. 1*1 z, T/tcs. aiiccd noviss.. I. V.

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iiiélralement opposés à ceux qui dominaient dans le monde et qui se résumaient dans les trois vœux de pauvreté, de chasteté, d'obéissance. Les moines, nous l'avons dit, n'échappaient pas toujours à la contagion. Oui ne sait, en effet, quels scandales et quels maux avaient souillé certains monaslères? >. Mais il est incontestable que les scandales y étaienl moins éclatants, les maux moins incurables qu'ailleurs, et qu'on y voyait renaître et réagir sans cesse, avec une incomparable splendeur, l'énergie primitive de l'institut.

A l'égard de la simonie, l'idée même de la propriété avait été profondément modifiée et en quelque sorte transformée, dans toutes les institutions monastiques, par la règle invariable qui interdisait rigoureusement au moine la possession de tout bien propre. La simonie régnait, il est vrai, là où les princes s'étaient arrogé le droit de disposer des abbayes ; mais elle disparaissait naturellement, lorsque des princes pieux, comme il s'en rencontrait souvent, renonçaient à pourvoir aux abbayes, tout en gardant, par devers eux, la disposition des évêchés et autres bénéfices séculiers. En France, par exemple, à partir de l'avènement des Capétiens, les rois renoncèrent, pendant deux ou trois siècles, à la nomination des abbés, et la simonie ne s'exerça plus que dans les relations des abbés avec les évêquesou des moines entre eux. En Allemagne même, l'influence du fléau ne fut ni si délétère ni si pro-

fonde parnii les moines que parmi les membres du clergé séculier pourvus de dignités ecclésiastiques, puisque, à côté de Tabbé élu à prix d'argent, il y avait toujours des moines qui, dépouillés de tout, le premier jour de leur entrée dans le cloître, devaient nécessairement réagir, tôt ou lard, contre un clief simoniaque.

En ce qui touchait au célibat ecclésiastique, la continence avait été, depuis l'origine, la loi universelle et obligatoire des moines, loi sans cesse "^ confirmée, en Orient comme en Occident, par les conciles et par les papes. Quels qu'eussent été les usages suivis, les doctrines professées, les abus tolérés, à diverses époques et dans divers pays, relativement au mariage des prêtres, partout et toujours les religieux étaient restés purs de tout soupçon à cet égard ; jamais aucun lien d'affection exclusive et domestique n'était venu enchaîner leur dévouement à Dieu et au prochain. Les chutes individuelles n'avaient pu porter atteinte au principe fondamental de leur institution; car, au sein même des plus grandes irrégularités, en fait de pui'eté du moins on s/ les avait presque toujours trouvés sans reproche \

1. Il a été dit des moines anglais du temps delà conquête etque Lanlianc réforma : Secularibushaudabsimiles erantnisi quod pudicitiaui non lacilc prodcreiit, canuni cursibus avocari... Spumantis equi tergum premere, testeras qnatere, polibus iiidulj^ere, delicatiori victu... et cietera id genus, ut uni'^h illos coiisulcs quam monaclii Irequciitia famulantium diceres. Wilhelm Malmesbur., de Geslis ponlif, angi,, lib. I, c. I, in Lanfranco.

Enfui , en ce qui louchait à la subordination du spirituel au temporel, il n'était pas à craindre (juedes hommes obligés par un vœu solennel, et enchaînés par l'habitude de toute leur vie aux liens de la plus stricte obéissance envers leur supérieur spirituel, pussent hésiter à préférer l'autorité de l'Église et de son chef à tout autre pouvoir. Les papes, en travaillant avec une si constante soUi- M citude à garantir l'indépendance de l'Ordre Monastique contre les excès du pouvoir épiscopal, avaient été guidés par un instinct d'une admirable justesse. Ils devaient donc, au moment voulu, trouver dans les rangs des moines l'armée dont ils avaient besoin pour défendre le sanctuaire et reconquérir la liberté de fépiscopat lui-même. Nous verrons que, malgré les donations et les exemptions sans nombre que les princes s'étaient plu à conférer aux enfants de saint Benoît, leur reconnaissance n'alla presque jamais jusqu'à les entraîner à trahir la cause de l'unité, ni cette sainte liberté de l'Église, sans laquelle leur existence n'eût été ([u'une contradiction et une foliée

Aussi, l'instinct des souverains ne les trompa

""''Ton!'''^" "^ jamais àcet égard : à mesure que se développait, dans

'"moM.nîir' ^^^1' esprit et dans leurs actes, le système qui ten-

. '^'.' dait à soumettre l'Église à l'autorité royale, au

»cesnj(u. moyen des investitures, les évoques que Charle-

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