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A\-2 SAl.NT GHKGOIRE VII,
a abbés, de peur que la paix du cloître ne fut trou- « blée par Taftluence el le bruit des séculiers*. »
11 faudrait bien se garder de conclure de ce qui |)récède que Ilildebrand méconnaissait les droits de l'épiscopat; loin de là : quand les évèques avaient raison dans leurs réclamations contre les monastères, il n'bésitait pas à leur rendre justice% {'ùl-ce au détriment de la sainte maison de Gluny, dont il était lui-même sorti \ Prince des évèques, ce qu'il voulait surtout, en proléj^eant et en favorisant les moines, c'était dégager ses frères dans l'épiscopat des liens honteux qui les enchaînaient, et leur rendre la liberté et la dignité qui •conviennent à ceux que le Saint-Esprit a chargés (le régir l'œuvre de Dieu*.
Pour réussir dans son œuvre, Grégoire Vil fut
1. Numquid ne existimas episcopos liane in pastorali regimine potestatem atque licentiam suscepisse, ut monasteria. qure in suis parochiis consistant, (juantuni volint opprimant, et studium religionis suîe preelalionis occasione, hsec et illa potcnter exigendo, et potestatem suani exercendo, comminuant ? An ignoras quod sancti patres plerumque et religiosa monasteria de subjectione episcoporum et opifccopalus de parocliia metropolitanœ sedis propter infestalionem prœsidentium diviserunt , et perpétua libertate douantes apostoliciv sedi velut principalia capiti suo membra adhterere sanxeruut? Percurre sanctorum pafrum privilégia, et inveuies ipsis ctiam archiepiscopis ollicium, nisi forte ab abbate vocatis, in plerisque cœnobiis facere prohibitum osse, ne forte monastica quies sîecularium personarum frequentia et conversatione turbaretur. Epi^l. (ir.EC VII. lib. il. ep. 69.
'2- Voir eulre autres o[). 1, ."0, 53 et (iO; VI, 11.
7). Kp. VI, 35.
i. l'ostiit episcopos regere Ecclesiam. Aot., \x. !2f^
\io).M<: i:r papk. 445
forcé de prendre, dans l'Ordre Monastique, ses conseillers, ses niinislres, ses légals, dont nous aillons taire connaître le caractère, les talents et le ^l«''vouenient à l'Eulise.
Parmi ces précieux auxiliaires, le premier rang, i.es conseillas
,, . , . . 11''''^ Cn''-()iie Vil
par l âge et 1 autorité, appartenait au saint abbe appinicnaieni Hugues de Cluny, dont nous avons déjà célébré les luonasticjue. vertus et le caractère, qui fut le supérieur du moine Hildebrand à Cluny, et que Grégoire ne cessa de vétiérer et de consulter, depuis son entrée au monastère jusqu'à son départ pour Rome. Le respect prol'ond et affectueux de Grégoire VII pour Hugues n'avait pu que s'accroîlre depuis le temps où, venu •<:omme légat à Cluny, il avait cru voir Notre-Seigneur assis, dans le chapitre, à côté de l'abbé, et lui dictant SCS instructions pour le maintien de la réglée De Jout temps, du reste, Hildebrand avait recherché ■iivec sollicitude l'approbation de Hugues, sachant, par le don mystérieux que possèdent certaines <jmes, lire dans la secrète pensée du vieillard quand l'approbation n'était pas entière. Des anecdotes précieuses nous ont été transmises, qui témoignent d(5 la profonde sympathie et de la communauté de pensées des deux saints moines. Un jour
I. Ubi cum aliqiiandiu sedisset, colhiteiatum D. Hugoni Christnm \idit, inonastici legnlas ordinis ac décréta suggercntem. Egressus inde, noniuillis qu;c viderai indicavit. Kx tune illc et familiaritateiii -•M'vi Chrisli devoliiis amplexatusesl, et sanctilatem pra;dicavit. iln- DfE. (>AoM., (■;/. ,S. lliifj., ;i[). liihl. C/iiiilar.. \). 5)0.
AU SALM GREGOIRE Vil,
({u'ils voyageaieril ensemble, revenant d'assister à la déposition d'un évoque simoniaque dont Ililde- ' ^' wA\a) brand avait fait prononcer la condamnation, anivés
\ jtL au gué d'une rivière, celui-ci, passant avant Hugues ,
lui dit : « Pourquoi as-tu sur moi de telles pensées? » Hugues, étonné, répondit : « Es-tu donc un « dieu, pour connaître ainsi les pensées des hom- « mes? — Non, reprit llildebrand, je ne suis pas « un dieu, mais j'ai comme entendu ce que tu te u disais à toi même, en Ion âme : tu te demandais « si je n'avais pas déposé cet évêque pai' orgueil « plutôt que par zèle pour Dieu... Je t'ai regardé, (( lorsque tu étais encore au milieu de la rivière, « et cette idée est venue, comme par un fil mysté- « rieux, de tes lèvres à mon oreille \ »
Une autre fois, marchant à la suite du corlége papal, et voyant Grégoire, entouré de la pompe officielle de sa charge de chancelier de l'Eglise, recevoir les témoignages de la profonde soumission des autorités séculières, Hugues se demandait en lui-même si tant de fastedéployé autour d'un petit homme de basse naissance" ne le rendraitpas orguei 1-
1. Simul ambo proficti ad lluinen quoddam pervenientes transvadabant... Arcliidiaconus vero prsecessit abbatem; transmisso lluinine, conversus rétro respexit el dixit : Cur talia de me cogitasti? Abbas vero respondit : TuneesDeus qui cogitationesbominum lescire asseveras. Deus, inquit, non sum.... Venienlem te per alveum fluminis respexi, et quasi liluin tensum ab orc]^tuousquc ad aures mcas : indo, hoc perpendisse te sensi. Paul. Bebmiiep, Vil. S. Grcf/or. VU. ap. Boi - UND , t. Yl maii, p, 115.
2. Cuncta ci submillcbaliir sccularis potentia.... Homunciouem exi-
leux ; au même inslant, Ilildchrand lui cria do loin : , « Tu juges mal un homme qui, en cela du moins, « est iimocent, car il sait parfailemenl que tous ces « honneurs sont rendus non à sa personne, mais bieii « aux saints apôtres *. » Ce n'était donc pas une âme favorablement prévenue en sa faveur, ni la souplesse d'esprit d'un flatteur, que Grégoire, devenu pape, recherchait; il lui fallait un ami à qui conter ses anxiétés, à qui demander la lumière et les consohilions dont il avait besoin. Hugues, d'ailleurs, occupait une sorte déposition intermédiaire entre Rome et les empereurs. D'un caractère naturellement très- conua.Kcabsoia; modéré, il était devenu, dans les premières an- Grégoire vu
6ll
nées de son abbatiat, l'ami intime de l'empereur iiugucsciftCiimy, Henri III, qui avait exigé qu'il fût le parrain de son fils, le malheureux Henri IV. Une ambassade spéciale en Hongrie, dont on l'avait chargé pour réconcilier le roi André avec l'empereur d'Allemagne, attestait la double confiance qu'inspirait le négociateur. Au concile de Worms, en 1072, il avait été choisi, avec l'ex-régente Agnès, alors religieuse à Rome, pour rétablir la paix entre le jeune roi et les princes de l'Empire, et, lors de
lis btaluiœ, despicabilis parentelse.... Guill. Malmesb., 1. HI, p. 60, éd. Savil.
1 . Maie cogitas de homine hujus duntaxat rei innocente. Mon enim hune honorem nriihi sed beatis apostolis tributiun existimo. Le bon Hugues, « sulfusus pudore», demandant à son aini comment il a pu <leviner sa pensée, Grégoire répond : Ihec ex animo luo quasi per fistulam ad aures meas deducta est. Gliil. Malmi su.* ihld.
44G SAIM' GKÉGOlKi: Ml,
I j la laineuse enUevue de Caiiosse (1077), il était
Vf^Vatywv médiateur, avec la comtesse Matliilde, entre Grégoire et Henri IV ^ Bien que Vixhhé de Cluny tînt pour valajjle, avec toute l'Eglise, l'excommunication prononcée contre l'empereur^ il est probable qu'il ne cessa pas de témoigner à son royal filleul tout l'intérêt compatible avec son devoir de catholique.
(îrégoire n'en avait pas moins une confiance illimitée en son ami. Dès la première année de son [►ontificat, il se plaignait douloureusement de ce que son cher Hugues eût refusé de le rejoindre à Rome^. Depuis, il lui garda une amitié à fabri de toute atteinte*, l'associa, autant qu'il le put, aux légations et aux missions les plus importantes, persuadé, comme il l'écrivait à l'évêque de Die, qu'aucune prière, aucune faveur, aucune acception de personnes, ne pomTait jamais détourner le saint moine du sentier de la justice^ : « Je te prie, écrivait-il, « en 1075, à Hugues lui-même, je te conjure, je