‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 2)Chapitre 149 sur 196 · Nummularius · texte numérisé non relu

Nummularius

2. Toutefois il ne réussit pas à s'y installer.... Les moines lui fermèrent la porte et le pape Alexandre l'excommunia.

3. lli pro abbatiis et episcopalibus aures principum importune obtundL'bant....In coemptiouemexigui honoris aureos montes quotidie promitlebant secularesque emptores largilionis suai immoderantia excludcbant, nec tantum venditor audebat exposcere quantum emptor paratus erat exsolvere. Laïieeut. Aschaffend., ann. 1071, ap. Peutz, V, IHi). Voir le passage du même auteur déjà cité.

4. Mirabatur mundus unde tantus pecuniarum scaterct fluvius.... Ibid.

5. Tolum sacri grcgis quosi tabe quodam infecerant.... Ita ut

An SAINT GnÉGOIKK VII,

Ileriii IV lui-mcmc clait quelquefois révolté de Teffronlerie de ces spéculateurs, et il en profitait pour distribuer gratuitement, de temps à autre, des abbayes importantes au premier moine venu, sans se soucier autrement du droit électoral des religieux, ou de celui des chevaliers, vassaux des monastères, qui, eux aussi, avaient droit de prendre part à Télcction des abbés dont ils relevaient^

La liberté des élections était donc à peu près anéantie, et avec elle avaient péri toutes les vertus et toutes les règles qu'elle devait garantir. Mais voilà que, par un effet admirable de sa miséricorde. Dieu permit que, du sein même de la corruption, surgît une complète et glorieuse rénovation du corps monastique. Cette rénovation s'accomplit au moment même où éclatait la guerre entre l'Eglise et l'Empire, de sorte que la première ferveur de l'institut réformé vint en Conversion aide à l'Eglisc menacée. Elle fut, en très-grande

do

Uannon

ranhevèque partie, l'œuvrc du saint et illustre Hannon, archevêque de Cologne, qui, malgré l'infériorité de sa naissance et par le fait de son seul mérite, était arrivé à remplir la première place dans le gouver-

omnes siiniles cxislimaremur, iiec esse in nobis putaietur qui facerct bonum, non esse usque ad unum. Ibid.

i. Voir pour Lorsch et Fulda. Lambert., ann. 1075, ap. Peiitz, V, 237. Cf. Thitiiem., l. I, p, 212, sur la démoralisation de l'antique et célèbre abbaye de Fulda : a In illo tenipore vix nionastico nomiiic digni videbantur. x»

MUINE ET VWK. 473

nemcnt de l'Empire, sous le règne de lîenri 111 et sous la minorité de Henri 1Y^

llannon, cependant, avait cédé d'abord à la con- >JvWvwx: tagion de l'exemple, et, à l'instigation d'AdaJbert de V^ kxaax^JL W ' Brème, il avait tenté d'usurper l'abbaye de Mal- ^c-J^^ j niédy, qui, de temps immémorial, dépendait de Sta- ^ "

velot, et ne fut sauvée que par l'énergique résistance du peuple liégeois'. Mais, d'un autre côté, il avait fondé et richement doté l'abbaye de Regberg, sous le coup de l'impression produite sur son âme, pendant une nuit d'insomnie, par le chant des matines au couvent de Saint-Martin de Cologne''. 11 était, d'ail- 1\\. Ajtau^^^ t^ leurs, douloureusement préoccupé delà corruption \C^o if/ vUi>^u>v des moines allemands, lorsqu'en se rendant à Rome, \vujvJL il s'arrêta par dévotion à Frutières \ monastère du Piémont, qui dépendait de Cluny et où son ancienne ï i

rivale, l'impéralrice Agnès de Poitou, mère de J| f \^ ^ Henri IV, avait pris le voile et cherchait à expier, ^^'^^^^ "çpar ses austérités, les excès de son fils\ Hannon fut *^^^^-^^^^

1. Nulla majorum commendatione, erat quippe mediocri loco natus. LAMBKni., ann. 1075.

2. Voir l'intéressant récit de cette lutte, intitulé : Triumphus S. BemacU, ap. Chapeauville. Gesta Epit. Uodcns., t. II. Cf. Martene, Ampliss. collectio, t. I, p. 487, et Stestzf.l, I, 22t.

5. En 1060. Vit. S. Jlatuwuis, \, 18-*25, ap. SuitiuM, die 4 decemb. Cette vie , écrite par un moine de Sicgberg, contemporain de l'archevêque, est pleine de détails précieux.

4. Cum.... cernercl.... inonaclios e vita communi ad rem familiarem curam omnein studiumque conversos, gravi tiedio angcbatur animus ejus. Lambeiit. , ann. 1075. Peiitz, V, 238.

5. Voir le beau récit de sa pénitence monastique dans BEnTHOLo, ann. 1077, ap. Pkutz, V, 305. Elle mourut à Rome en 1077, après avoir

474 SAINT GRÉGOIRE Mï,

si touché de la ferveur et de la régularité des moines de Frutières, qu'il ramena plusieurs d'entre eux A avec lui, pour les placer dans les monastères qu'il

VtvvAV^ \i\ avait déjà fondés en Allemagne, à Siegberg et à Saal- ^k \AÀhJ^>i ^^^^' ^'^^ venaient d'être expulsés des religieux inr\ . uV dignes ^ Les moines de Frutières, transplantés dans

^\)s.vW^ leur nouvelle demeure, y donnèrent l'exemple de /^ ^Ul \y toutes les vertus monastiques, et firent de nom- ^^ breux prosélytes. L'archevêque Ilannon, pénétré

de joie et d'admiration, à la vue d'un tel spectacle, combla les nouveaux venus de témoignages de respect : il les traitait en seigneurs et voulait être considéré comme leur serf. Au milieu des plus grandes affaires, il se transportait souvent chez ses protégés, dont il observait strictement la règle, et s'occupait, avec une sollicitude minutieuse, de tous les détails de leur entretien et de leur bienêtre*. Entraînés par son exemple, beaucoup d'évêques et de princes allemands demandèrent des moines à Siegberg, pour rétablir la règle dans les

complètement embrassé le parti de Grégoire, qui présida à ses obsèques.

i. II avait fondé une troisième abbaye de moines à Gratschaff, et deux de chanoines réguliers à Sainte-Marie ad gracias et à Saint- Georges, dans sa ville métropolitaine.

2. llonorabat et vcnerabatur ut dominos suos.... ita subditus dicloque obtemperans, ut ad primum eorum imperium, (juantumlibet gravibus publicic seu privatœ rcincgoliis ampliatus, illico ex occupatis manibus surgcrct : et omne quod jussissent instar vili mancipii exequeretur. Cibum summa induslria confectosquotidie.... inferebat, ipso apponcbat.... potum miscebat, etc. Ihid., p. 259.

MOINE ET PAl'E. 475

monastères (le leur tlcpendancc; d'autres on firent J^j^/i-TWw J^ venir de Clunv et de Ciorze, en Lorraine ^ L'aus- (S. ^ tente de ces religieux leur conquit bientôt une . immense popularité, et leur renommée se répan- iVViruep^. dit rapidement dans toute l'Allemagne . Les habitants dégénérés des anciens monastères, se voyant menacés d'être ramenés à la stricte observance de la règle, désertaient leurs cloîtres par bandes de trente, de quarante, de cinquante à la fois% et ceux qui voulaient y rester, sans se conformer à la rède des ultramontains, comme ils disaient % tiv.v.^V'! étaient ignominieusement expulsés. De la sorte, pendant les cinq ou six années qui précédèrent Tavénement de Grégoire au trône pontifical, tou~ les monastères du nord de l'Allemagne se trouvèrent régénérés et repeuplés par une race pure et fidèle*.

1. Ib'uL, 107 J et 1075, p. 188 et 238. Yita S. Hannonis, c. 23.

2. Magna et prseclara de illis vulgi opinione jactarentur.... Ilœc

opinio principum ad populum derivatus tumor tantum terroris....

injccit, ut ad ingressum eorum alias XXX, alias XL, alias L monachi austerioris \itte metu scandalizati de monasteriis abscederent. Lambert., ibid., p. 188,

3. Principes.... transalpines monachos evocabant ; nostrates autem quicumque in illorum instituta ultro concedere noluissent, de monasteriis cum ignominia ejiciebant. Ibid. — Lambert, moine de Ilersfeld, qui nous a conservé ces précieux renseignements, alla passer quatorze semaines auprès des nouveaux moines de Saalfeld, pour étudier leurs usages ; malgré son orthodoxie, il ne peut dissimuler une secrète amertume contre les nouveaux venus.

4. Adeoque brevi convaluit fclicis facti œmulatio, ut pauca inler Galliam monasteria videamus quœ non jam.... jugum receperant. Ibid., p. 2."8. Vlfa S. Ilnnnouis, l. c.

vVaol

47() SAIiNT GUÉGUIRK VII,

Une ivvoliilion analogue, mais plus féconde

^^*^^^^^^^ encore, s'opérait, en même temps, dans les monas- V\-\/rvA. fluOd'oJio lères de l'Allemagne méridionale et de la Souabe vvj^l'UJ'V-*^'^*^" particulier. Cette révolution eut pour foyer principal la Foret-Noire , cette Sijka llercynia si redoutée des Romains, et qui, sillonnée de chemins et en partie défrichée par les moines, était devenue, depuis le huitième siècle, une vaste colonie bénédictine ^ L'abbaye piémontaise de Frutières, d'où l'archevêque Hannon de Cologne avait tiré ses premiers réformateurs, partagea, avec la grande abbaye bourguignonne de Cluny, l'honneur d'avoir contribué à cette rapide régénération. Ce fut un pape allemand, moine lui-même, et le premier sur lequel ait agi l'influence de Hildebrand, ce fut Léon IX qui répandit une vie nouvelle dans ces liéiabusscmcni monaslèrcs de la Souabe : ce fut lui qui, pendant un voyage en Allemagne, vers 1050, obligea, par l'énergie de ses remontrances, le comte Adalbert de Calw, son neveu, à rétablir l'illustre abbaye de Ilirschau, fondée par l'un des ancêtres du noble seigneur', renommée, dès le neuvième siècle, par la culture des sciences et par les soins donnés à l'enseignement public", mais rui-

1. Voir l'important recueil intitulé : Historia iSigrœ Silvœ ord. S. Bencd. Coloniœ, o[). et stud. Mautisi GERBEnii, inonasl. S. Dtasii in ead. Silva abb. S. Q. R. J. P. S. Blasii, 1785. 2 vol. iii-4».

Page 1