‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 2)Chapitre 164 sur 196 · Lambert, ami. 107G · texte numérisé non relu

Lambert, ami. 107G

2. « Solam ei communionem reddidi, non in regno, a quo enim in Romanorum synodo deposueram instauravi, » dit Grégoire VII dans la seconde sentence rendue contre Henri. — Coletti, Conc. XII, 658.

Grégoire Vil

est obligé

• l'excommunier

Henri IV

pour

la seconde fois.

510 SALNT GRÉGOIRE VII,

torts sans nombre, Grégoire, cédant aux instances réitérées des Saxons, excommunie une seconde fois et dépose définitivement Henri IV, à qui Rodolphe est substitué comme roi. — Henri repond en faisant de nouveau prononcer la déposition du pape au synode de Mayence (51 mai 1080), et élire pour antipape Guibertde Ravenne, au synode de Bruges (25 juin 1080). Rodolphe étant mort les armes à la main, les catholiques se donnent un autre roi, Hermann de Luxembourg, et, vers le même temps, Robert Guiscard, duc des Normands d'Apulie, se déclare l'allié et le vassal du Saint-Siège. De 1081 à 1084, Henri IV, après s'être allié à l'empereur schismatique de Constantinople, envahit l'Italie, attaque Rome à plusieurs reprises, réussit à y pénétrer et s'y fait couronner empereur par l'antipape, le 51 mars 1084, pendant que Grégoire est bloqué dans le château Saint-Ange. Robert Guiscard, fidèle à son serment, accourt défendre le pape, brûle, pille Rome à son tour, et force l'empereur à rentrer en Allemagne. Grégoire VII se retire alors au Mont-Cassin, puis, de là, à Salerne, où il meurt le 25 mai 1085.

Selon l'usage des papes de ce temps-là, Grégoire, au carême de chaque année, assemblait à Rome, ou dans les environs, un concile où étaient promulgués les décrets nécessaires au bon gouvernement de l'Eglise. Le pontife observa cette règle tant que les attaques de Henri IV contre Rome ne l'eurent pas

rendue absolument impossible, et il présida successivement dix de ces assemblées ^ Dans la première (1074), il renouvela les anciens canons contre les clercs simoniaques et incontinents, condamna ceuxci à choisir entre leurs femmes et leurs bénéfices, imposa le vœu de continence perpétuelle à tous ceux qui se présenteraient au sacerdoce, et ordonna aux peuples de renoncer aux prêtres qui désobéiraient à ces canons*. Dans la seconde assemblée (1075), Grégoire condamna, pour la première fois, les investitures. Dans la troisième (1076), il excommunia et déposa, pour la première fois aussi, le roi Henri. Dans la quatrième (mars 1078), il excommunia le cardinal Hugues le Blanc, les archevêques de Milan et de Ravenne , et plusieurs autres chefs schismaliques, déclara nulles les ordinations faites par les prélats excommuniés, et délia du serment de fidélité tous ceux qui l'avaient prêté à de tels prévaricateurs. Toutefois, Grégoire crut devoir, en même temps, tempérer les rigueurs de l'excommunication, à l'égard des parents et serviteurs des condamnés . Dans la cinquième (28 novembre 1078), il renouvela les condamnations déjà portées contre les simoniaques

1. Voir les canons promulgués dans ces conciles, édition Mansi, Labbe ou Coletti, c. xu.

2. Statuimus ut populus nulle modo officia eorum recipiat, ut qui pro arnoreDei et officii dignitatenon corriguntur, verecundia sicculi, objurgatione poi)uli resipiscant.GuEG., Ephl. ad Olton., Constant., ap. Coletti, XII, ùoO. Ce fut de tous les décrets de Grégoire celui qui lui attira le plus de contradicteurs.

512 SAINT GRÉGOIRE Vil,

et les concubinaires, contre les investitures, et, entre autres mesures, prescrivit à tous les évêques d'entretenir des écoles littéraires dans leurs cathédrales*. Les cinq derniers conciles tenus par Grégoire ne manquèrent point d'importance, sans en avoir toutefois une pareille^ : le pape y reçut l'abjuration de l'hérésiarque Bérenger, condamna formellement toutes les prétendues apologies du mariage des prêtres attribuées aux anciens docteurs, poursuivit de nouveau les catholiques qui, excommuniés, donneraient ou recevraient l'investiture d'une église,

1. Et omnes episcopi artes lilterarum in suis ecclesiis doceri faciant. CoLETTi, XII, 620.

2. La plupart des décrets rendus dans les conciles présidés à Rome par le pape, étaient ensuite promulgués, dans des conciles provinciaux, en France, en Espagne, en Angleterre, par des légats de Grégoire, au premier rang desquels nous avons déjà signalé Hugues de Die et Amat de Bordeaux. — Ce serait ici le lieu de mentionner les vingt-sept articles connus sous le nom de dictatus papœ, articles auxquels les adversaires de Grégoire ont attaché beaucoup d'importance, croyant y voir comme le résumé de ses doctrines et de sa conduite. Mais, en admettant l'authenticité très-peu prouvée de cette pièce, elle offre bien moins d'intérêt que les lettres et décrets incontestablement émanés de Grégoire Y 11. Tout le monde sait que Baronius est à peu près le seul des défenseurs de l'Église qui croie la pièce authentique. Bellarmin et Labbe n'en disent rien, et Pagi, dans sa critique de Baronius, ad ann. 1077, Pagi, dont nul ne peut contester le parfait dévouement au Soint-Siége, démontre l'erreur de Baronius et croit que ces fameux vingt-sept articles ont été inventés par quelque adversaire posthume de saint Grégoire. Il est certain qu'il n'en est fait mention par aucun des ennemis contemporains de Grégoire, lesquels n'eussent certes pas manqué d'attaquer le Dictatus papœ s'il avait existé de leur temps. A notre avi<=, ce recueil n'est qu'une compilation sans ordre, sans méthode et sans autorité.

déposa, pour la seconde ïo\s\ le roi d'Allemagne, et enfin, fulmina, pour la seconde fois aussi, à Sa- Icrne, ranalhème contre l'antipape Guibert et tous ses fauteurs".

En rapprochant les actes de Grégoire de ceux de ses prédécesseurs, on y remarque, au premier coup d'œil, deux faits nouveaux et d'une immense portée : la déposition d'un roi et la condamnation des investitures. On verra, plus loin, quelles furent l'origineetla nature du droit de déposition. Essayons, préalablement, d'exposer ici la nécessité et la légitimité de la proscription des investitures". Qu'on veuille bien remarquer d'abord, que, durant les douze années de son pontificat, Grégoire n'eut rien à changer aux dispositions qui l'avaient animé pendant les vingt-cinq ans passés à la tête des conseils de la papauté. Selon le témoignage unanime et invariable des historiens catholiques, le grand pape avait toujours voulu trois choses : rendre inviolable poursuivie le célibat des prêtres, extirper la simonie*, et saint Grcgoae mi

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