MOINES D 'OCC. VJ
Triple mission
affranehir l'Église du joug des laïques ^ Cette triple régénération, objet de ses sollicitudes et de ses efforts comme moine, comme cardinal, comme légat, fut aussi le but invariable de son action comme pape. Mais, il importe de le comprendre et de le proclamer, ce n'était pas seulemen t l'indépendance de l'Église, qui courait risque de faire naufrage, au onzième siècle, sur le triple écueil indiqué plus haut ; c'était encore, et surtout, le salut des hommes. Grégoire, pasteur suprême des âmes rachetées par le sang de Jésus-Christ, ne devait point souffrir que le nombre en fût diminué, que la sainteté des sacrements et du sacerdoce fût sacrifiée à des intérêts humains, que le y A. torrent secourable de la grâce fût ainsi corrompu,
^À/Uvv^^^- ^^^^ ^^ source, par de profanes nouveautés. La li- ^Krjdtwv,^ berté qu'il revendiquait pour l'Église était celle ,. V 0 .?, t^v^ d'ouvrir aux hommes les portes du Paradis. Telle -•«-- était, nous osons l'affirmer, l'ambition suprême
,^^j. ,.-, du pontife. On a trop vu en lui, même quand on a
V^JtA/^4yA/tJv^M • vQulu Ic défcudrc, un génie politique, un personnage historique et social ; on a trop oublié ce qu'il voulait être : le pasteur des âmes, le ministre souverainement responsable du salut de la chrétienté. On n'a pas assez prêté l'oreille à ses paroles lorsqu'il prêchait aux rois et aux prélats le devoir suprême
1. Noluit sane ut ecclesiasticus ordo manibus laicoruni subjaceret, scd eisdem et moruin sanctilate et ordinis dignitate prteemineret. Bernold, ann. 1085.
de gagner les âmes*. Or, l'Eglise catholique ayant seule et le droit et Je secret de gagner ces âmes, il fallait avant tout qu'elle fût lil)re; car sans liberté, point de force; sans liberté, le droit n'est plus qu'une stérile abstraction. Il fallait donc affranchir l'Eglise, dans la personne de ses chefs et de ses ministres, de tout attouchement laïque : il fallait, atout prix, empêcher la puissance spirituelle d'être as- ^ servie à des volontés humaines, l'institution divine et perpétuelle d'être accouplée aux destinées éphémères du pouvoir politique; il fallait arracher le dépôt de la doctrine, des mœurs, de la conscience des peuples chrétiens, à des mains avares, impures, serviles ; il fallait mettre à l'abri de toute atteinte le droit de juridiction et en maintenir le caractère inviolable; il fallait empêcher les évêques de descendre au rang de créatures et de courtisans des princes; il fallait, enfin, démontrer la souveraine indépendance de l'Eglise, déraciner l'opinion hérétique du droit d'intervention temporelle dans l'empire des consciences, et poser en principe que le prêtre violateur des lois de Dieu par docilité envers la puissance du monde, est, en quelque sorte, un apostat",
1. Au roi Henri il disait : Viclenlcs ordinem cliristiaiife religionis multis j;im labefactum temporiljus, et principales ac proprias lucrandarum aniniarum causas diu prolapsas et suadenle diabolo conculcatas. Lib. III, epist. 10. A l'arcnevêque Gebhard deSaltzbourg : Quis cnim cui spiritualia lucra cordisunt... non libcntissime amplectatur voluntatem divitias tcrrenas animarum saluti postponentcm? Lib. II, cjnsl. 77.
2. Quid cnim aliud est sacerdotem ad imperium mundanaB potes-
51G SXHT GRÉGOIRE VU,
Yoilà ce que Grégoire a voulu, voilà ce qu'il a l'ait, et voilà pourquoi les apôtres et les complices de l'erreur, à tous les degrés, depuis Voltaire jusqu'à Fleury\ se sont mis d'accord pour le réprouver; car il a eu cetle admirable ressemblance avec Celui dont il était le Vicaire ici-bas, que nul, Saint Grégoire VII parmi Ics saiuts, n'a été plus amèrement insulté
insuit»'', trahi,
comme Jésus-Chiist
comme par la haine des impies, ni plus lâchement trahi
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par la faiblesse de certains fidèles.
Pour saint Grégoire VII le gain des âmes était doncle but, et Tindépendance de l'Eglise le moyen, mais un moyen indispensable, suprême. Le tri-
tple fléau déjà tant de fois signalé par nous, avait ^T ' comme intronisé au sein du sacerdoce trois péchés
^v^^VxvL. capitaux : l'avarice, parla simonie; la luxure, par le concubinage des' i)rê très ; et l'orgueil, dans son plus dangereux envahissement, par l'usage des in- \^}u vestitures. Grégoire était moine, nous l'avons rappelé bien des fois, et, depuis son avènement à la
X talis Icgem Dei infrangere, ni fidem ejus negare ? Epist. I, 25 (à l'é-
vêque de Carlhage.)
i. Voltaire, on l'a vu plus haut, plaçait Grégoire VII au nombre des fous. Voici comment Fleury appréciait le grand pape : « Je m'imagine voir un faible vieillard qui, se sentant méprisé des enfants, et ne pouvant plus sortir de son lit, pour les châtier, leur jette ce qu'il rencontre sous la main pour satisfaire sa colère impuissante, et, forçant le ton de sa voix, les charge de toutes les imprécations dont il se peut n\iscv.» Discours sur l'hist. ceci., de COO à 1000. — Je m'imagine que Bossuet n'aurait guère approuvé ce langage, pour le moins étrange dans la bouche d'un prêtre. On n'a point oublié les paroles de révoque de Meaux au cardinal d'Eslrées, au sujet du gallicanisme des évéques, opposé au gallicanisme des magistrats.
MOINK ET PAPE. 517
papaulé, comme auparavant, il n'avait guère eu ^
que des moines pour auxiliaires dans la défense ' de l'Église. A l'iiorrible débordement du péché ''VtUAJLo commis jusque dans le sanctuaire, le pontife opposa les trois vertus monastiques : la pauvreté, la cliasteté, l'obéissance; il eut, de la sorte, pour armes contre la simonie, cette pauvreté volontaire, cette ^ ^lAAJl*' renonciation à toute propriété personnelle, que pratiquaient, dans les cloîtres, tant de milliers de chrétiens, prêtres et chevaliers, seigneurs et serfs; au mariage des clercs il put opposer la continence absolue et perpétuelle des moines; à l'orgueil de l'Empereur, le vœu d'obéissance à un supérieur purement spirituel, vœu prononcé par tant d'évêques sortis des monastères pour gouverner l'Eglise. Formé lui-même à l'école des trois vertus qui servaient de base à la règle de saint Benoît, Hildebrand avait appris, dans le cloître, à mettre au service de la sainte et suprême liberté du salut un caractère énergique, une puissante éloquence, une charité inépuisable, une vie tout entière d'accord avec sa doctrine^ et un courage que personne dans l'histoire n'a surpassé. Pour combattre les deux fléaux de la simonie et de l'incontinence, Grégoire Yll n'eut qu'à continuer, après son avènement à la papauté, l'œuvre que ses- prédécesseurs avaient
1. Forma gregis factus, quod verbo tlocuit, excniplo demonstravit ; ac lorlis per ornnia atlileta, muruin se pro domo doinini ponere non limuit. Otto Fbising. VI, 54.
commencée, et qu'il avait dirigée lui-m*iie sous leur règne. Les simoniaques et les concubinaires avaient été formellement, et à plusieurs reprises, condamnés par saint Léon IX, Etienne X, Victor II, INicolas II et Alexandre II. Grégoire ne fit que confirmer les anciens décrets, en imprimant à leur exécution l'énergie souveraine qui le caractérisait. Mais ils avaient laissé presque intacte la question des investitures : une seule tentative avait été faite sous Léon IX, au concile de Reims, pour restaurer l'antique liberté des élections épiscopales, et elle était restée sans résultat. Grégoire trouva donc tout à faire là même où, depuis si longtemps, il avait reconnu qu'était le nœud de la réforme et de l'affranchissement de l'Eglise. La haute intelligence du pontife avait tout d'abord compris qu'il était impossible de guérir radicalement deux des plaies de l'Eglise sans loucher à la troisième. Parce qu'on avait réprouvé le crime de ceux qui, selon l'énergique langage du pape, « se proposaient d'acheter « l'Eglise comme une vile esclave, pour la prostituer « au démon ^ » ; parce qu'on avait dénoncé à l'indignation des fidèles « les prêtres insensés qui osaient « toucher, des mêmes mains, le corps d'une femme « impure et le corps de Jésus-Christ^ », pouvait-on
1. Quasi vilcm ancillara prœsumpsit emere, sponsam videlicet Christi diabolo prostituere . Grec, Episf. I, 15 (contre G odefroy, intrus de Milan) .
2. Attcndentcs quœ insania quodve scclus est uno codemque tem-
compter sur aucune garantie efUcace pour la pureté et la liberté de TÉglise, lorsque les papes recevaient des mains impériales l'investiture symbolique et semblaient reconnaître, dans le pouvoir laïque, la source de leur puissance et de leur juridiction ? De tels désordres étaient absolument incompatibles avec la haute idée que se faisait Grégoire VIÏ de la dignité sacerdotale, lui qui plaçait au-dessus Haute idée