‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 2)Chapitre 167 sur 196 · I . , • 1 • n • 1 • '1116 se faisait · texte numérisé non relu

I . , • 1 • n • 1 • '1116 se faisait

du pouvoir des rois celui d un simple exorciste , Grégoire

par cela seul, disait-il, que ce dernier « est consti- sacmiolaie.

« tué empereur spirituel contre les démons \ »

Voilà pourquoi, après avoir mis en œuvre, sous le

pontificat de ses prédécesseurs, toute la puissance

répressive de l'autorité papale contre la simonie

et le mariage des prêtres, Grégoire, dès qu'il fut

monté lui-même sur le trône, reconnut qu'il fallait,

de toute nécessité, détruire les investitures laïques ;

et c'est ce qu'il fit au concile de Rome, dès 1075, .v^ C

dans le décret que voici : « Si quelqu'un accepte Xûkx^;vw^.

« désormais un évêché ou une abbaye des mains \/yv\ÀA^(^fX\A

« d'un laïque, qu'il ne soit compté, en aucune façon,

«parmi les évoques ou les abbés... Nous lui

« interdisons la grâce de saint Pierre et l'en-

« trée de l'église, jusqu'à ce qu'il ait renoncé au

pore corpus mcretricis et corpus attrectare Christi. Episl. IV, 11 (au comte de Flandre.)

1. Major potcstas exorcistse conceditur, cum spiritualis imperator ad aLjiciendos d?emones constituitur, quam alicui laicorum causa secularis dominationis tribui possit. Gheg., Epist. VIII, 21 [à Ilcrinann, évêque de Metz)

« siège usurpe par le double crime d'ambition et « de désobéissance, lequel constitue l'idolâtrie ; nous « décrétons qu'il en sera de même pour toute autre « dignité ecclésiastique inférieure. En outre, si « quelque empereur, duc, marquis, comte, ou « autre personne séculière quelconque, a la prête somption de donner l'investiture d'un éveché « ou de toute autre dignité ecclésiastique, qu'il « n'ignore pas que la même condamnation pèsera « sur lui \ »

1. Il y a trois décrets qui condamnent fornfiellement les investitures : le preniier, rendu au concile de Rome en 1075, porte : Si quis deinceps episcopatum vcl abbatiam de manu alicnjus laicœ personse susceperit, nullatenus inter episcopos vel abbates Jiabeatur... Insuper ei gratiam B. Pétri et introitum Ecclesise interdicimus, quoadusque locum quem sub crimine tam ambitionis quam inobedientiœ, quod est scclus idololatricT, ccpif,deseruerit, similitcr de inferioribus ecclcsiasticis dignitatibus constituimus. Item, si quis imperatorum, ducum, marchionum, comitum, vel quilibet secularium potestatum aut personarum investituram episcopatus vel aiicujus ecclesiasticse dignitatis dare pracsumpserit, ejusdem scntentiœ vinculo se asirictum noverit. Hugo Flavi>iac, ap. Labb., Bibl. nov., ms., t. I, p. 19C, et conc, t. XII, p. 578.

Dans le second décret (1079) quiporte condamnation des investitures, on lit : Quoniam investituras ccclesiarum contra statuta S. S. Patriim a laicis pcrsonis in multis partibus cognovimus fieri, et ex eo plurimas perturbationes in ecclesia oriri, ex quibus cbristiana religio couculcatur : dccernimus ut nullus clericorum investituram episcopatus vel abbatitc vel ccclcsiîc,deinanu impcratoris, vel régis, vel aiicujus laicœ personœ, viri vel feniinje, suscipiat. Quod si prœsumpserit, etc. BEnTiioi.D., Annales, ann. i078, ap. Pertz, 314. Cf. Ibid., p. 308. Léon d'Ostie, bibliothécaire du Mont-Cassin, présent au concile, résume ainsi le décret : In hoc synodo institutum est ut qui a laico investituram ecclcsire acciperet, anathemate utcrque plccteretur, et qui &cilicet daret, et qui acciperet. Chron. Cassin., c. 41. Enfin, le troisième décret, rendu au concile de 1080, prononçait la

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C'est alors seulement que saint Grégoire VII crut avoir obéi à la mission d'en haut qui lui imposait le devoir de ramener l'Eglise de Dieu à son antique honneur , et de la conserver libre, chaste et catholique \ « Ces dé-' « crels, (lit un moine contemporain, tombèrentsur « TEglise comme une rosée céleste, et l'on vit re- « paraître, grâce au saint pontife, cette splendeur « (le la véritable élection ecclésiastique, si long- « temps voilée par les nuages ^ » Mais était-ce là une innovation, et peut-on regarder comme fondés les reproches de ceux qui , après avoir déclamé contre l'ambition forcenée de Grégoire, le signalent comme un novateur téméraire? Un court examen et un peu de réflexion auraient suffi pour prouver Aucun pape

. . ^ ^ , ne fut

que, dans son immense entreprise, le souveram moins novateur

.... que

pontife se garda bien de suivre l'inspiration de Grégoire vu. son génie propre, en oubliant les traditions antiques. Son unique prétention, au contraire, était de rétablir l'ancien droit catholique, méconnu jusqu'au moment où il intervint dans le gouvernement de rEglise\ C'était une restauration et non

peine de Pexcommunication contre tout empereur, roi, prince, etc. qui donnerait l'investiture.

1. Ut sancla Ecclesia sponsa Dei, Domina et mater nostra, ad propriam rediens decus, libéra et casta et catholica permaneret. Appencl. epist. 15, ad omnes fidèles et ap. Hugo Flavimac, p. 251. C'est la dernière et peut-être la plus belle de toutes les lettres de Grégoire VII.

2. Usée siint beatissimi papœ synodalia décréta .. cœlo rorante stillala, etc. lluco Flavimac, p. 208.

5. C'est le témoignage que rendent plus ou moins expressément à

une révolution qu'il voulait accomplir. Nulle pensée n'était plus éloignée de son esprit que celle d'innover. Laissons-le parler lui-même dans une lettre écrite aux moines de Yallombreuse, dès la première année de son règne : « Suppliez le Dieu tout-puis- « sant de me donner la force de soulever le poids « insupportable de ma nouvelle autorité, et de race mener la sainte Eglise à l'état de l'ancienne re- « ligion^ » — c( Nous ne nous creusons pas l'es- « prit, écrivait-il, l'année suivante, à l'archevêque « de Cologne, pour y puiser des arguments : nous « remettons en lumière des lois sanctionnées par « les anciens Pères, sous l'inspiration du Saint-Es- « prit, et nous obéissons en cela aux nécessités que « nous impose notreof^lce^ » Ilprétendaittout régénérer, sans rien innover: « Ce ne sont pas, mandait-il à l'archevêque deMayence, ce ne sont pas nos « propres décrets que nous vous proposons, quoique « nous en eussions le droit, si besoin était : ce sont « les statuts des saints Pères que nous renouve-

Grégoire VII tous les écrivains contemporains de quelque valeur, entre autres le biographe de saint Anselme de Lucques : Idem reveren- (lissimus papa, pcr quem restaurais cœperunt omnia jura canonica, usquead ipsum prorsus pêne abolita. Act. SS. 0. B., t. IX, et Gretser, t. VI, p. 472.

1. ...Sanctam Ecclesiam in statum anliqure religion is reducere Append. ad Epist., n° 2.

2. Prfpcepta hœc non de nostro sensu exsculpimus, sed de antiquorum patruni sanctiones Si)iritu sancto prredicante prolatas olficii nostri nccessitate in médium propalamus. Epist. II, 07.

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« loiis \ » Et ailleurs, s'adressant au roi Henri IV, il ajoutait : « Nous n'établissons rien de nouveau, « rien qui soit de notre invention; mais nous voûte Ions rentrer dans l'ancienne et unique voie de la (( discipline, telle que les saints l'ont frayée ^ »

Et, en effet, nul ne pouvait contester que l'Église n'eût constamment flétri la simonie, depuis la lutte de saint Pierre contre l'hérésiarque qui a légué son nom à cette lèpre. Sur le célibat du clergé, des opinions plus ou moins acceptées s'étaient répandues; mais, quelle qu'eût été, à cet égard, la tolérance partiale de l'Église primitive, personne n'ignorait que, depuis Nicolas F% au neuvième siècle, d'innombrables décrets émanés des papes et des conciles avaient renouvelé, dans les termes les plus stricts, l'interdiction du mariage pour les ecclésiastiques de tout ordre''. Grégoire, remontant encore pkis haut, en appelait à l'autorité de ses deux prédécesseurs, saint Léon et saint Grégoire le

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