‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 2)Chapitre 192 sur 196 · Le 15 octobre sur les bords de l'Elster · texte numérisé non relu

Le 15 octobre sur les bords de l'Elster

4. Kunc Isetus palior sive vivens, sive moriens, quidquid voluerit Deus. Aiin. Saz.a\^. Eccard, I, 557.— Il avait cu la main droite coupée dans le combat. Les princes de son parti furent si touchés de son com'age et du soin qu'il faisait prendre des blessés, sans s'inquiéter 'de sa propre blessure, qu'ils lui jurèrent que, si Dieu lui conservait la vie, ils ne prendraient jamais d'autre roi que lui, eût-il été privé de ses deux mains. La version impérialiste raconte les faits différemment : elle prétend que Rodolphe, après la perte de sa main, se serait exprimé en ces termes : Juravi domno nieo Ilenrico non nocere, sed jussio Apostolici petitioque principum me fecit juramenti transgressorem. Chron. Ursperg., ann. 1080. Cf. Helmold., Ilist. Slav., I, "29. Mais la Chronic. Magdeb. ap. Meicom., Script., t. II, p. 316, nie absolument l'authenticité de ce propos et dit : Tantum abesse pœnitentia ductum fuisse Rudolphum, ut potius id unicc doluerif. sibi ereptam occasionem vindicandi injurias tara Ecclesi»; illatas, quam imperii ordinibus,etc. Dans aucun cas, le héros n'aurait pu invoquer la jussio aposlolica, puisqu'il avait été proclamé roi trois ans avant d'être reconnu par Grégoire.

lâcheté et l'avarice des Romains* ; ses conciles annuels sont désertés par la plupart des évéques ; l'antipape et Henri se couronnent Tun Tautre dans Saint-Pierre. Mais c'est quand Grégoire a atteint ce comble de l'adversité, c'est au milieu de cet abandon et de ce danger, que la noblesse et la pureté de son ame revêtent un caractère plus sublime encore ; c'est là qu'il apparaît plus grand encore qu'à Canossc devant le fils des empereurs humilié à ses pieds. En vain Henri victorieux et maître de Rome offre-t-il la paix au pontife, à la seule condition d'être couronné par lui : Grégoire, sans soldats, sans trésors, réduit, pour dernier abri, au château Saint-Ange, offre à son tour au roi, comme condition suprême, le repentir que l'orgueil schismatique refuse ^ Alors plus une ombre de crainte ni de regret ne vient obscurcir l'éclat de cette âme d'élite; plus rien de cette hésitation, de ces incertitudes qu'on lui avait tant reprochées et qui lui étaient inspirées par la générosité, tandis que son ennemi était vaincu et dépouillé î Dès que celui-ci a triomphé, une calme et indomptable fermeté anime tous les actes, toutes les paroles du pontife; au sein d'une crise terrible et prolongée,

1. BoMzo,p.812, fournit les plus intéressants renseignements sur les nombreux abus qui régnaient dans l'administration de Saint-Pierre, et dont la suppression par Grég-cire VU avait amené tous ceux qui en profitaient à devenir les partisans dévoués de l'antipape Guibert.

2. Stejjtzel, 1. 1, p. 483-484. Il ne voit dans celte héroïque constance qu'une obstination insensée.

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il continue, comme auparavant, sa correspondance liabituelle avec les princes cl les évêques de tous les pays chrétiens ; il veille à tous les intérêts de TEglise universelle, ne parle de lui-même que pour promettre à tous les fidèles qu'il ne trahira ni leur cause ni celle du Christ*. «Nous savons, écrivait-il « en ce moment, que nos frères sont fatigués par la « longueur de la lutte; mais il est plus noble de « combattre longtemps pour la liberté de la sainte « Église. Que d'autres donc subissent une misérable (( et diabolique servitude, que d'autres cherchent à « faire peser sur des malheureux la domination du « démon : les chrétiens, au contraire, sont appe- « lés à délivrer de ce joug les infortunés qui le (( subissent*. » Et ailleurs: « Jusqu'à présent, il (( est peu d'entre nous qui aient résisté aux im- « pies jusqu'au sang, et très-peu qui soient morts « pour le Christ. Pensez, mes très-chers, pensez « combien d'hommes se font tuer, chaque jour, (( pour des maîtres profanes, au prix d'un vil salaire. « Mais nous, que souffrons-nous, que faisons-nous « pour le Roi suprême qui nous promet la gloire a éternelle ? Quelle honte et quelle dérision ne se- (( rait-ce pas pour vous, si, tandis que ces hommes

1. Voir tout le livre IX des ÉpUres de Grégoire, surlout les épîtres '2, 5,11, 21.

2. Certant namquc miseri scilicet membradiaboli, ut ejusdem misera servitute opprimantur. Certant contra membra Christi, ut cosdem niiseros, ad Cliristianam libertatemrcducant. Ej). IX, 5, à Tévêque de Passau et à l'abbé de llirscliau.

« affrontent la mort pour une vile récompense' , « on vous voyait, vous, fuir la persécution qui doit « vous valoir le trésor Je la céleste béatitude!... « Tenez donc vos yeux toujours fixés sur la bannière « de votre chef, qui est le Roi éternel, et, pour « vaincre l'antique ennemi, sachez non-seulement « braver les persécutions et la mort, mais encore « les désirer pour la justice, pour l'amour de Dieu « et la défense de la reli<^ion \ »

Ne perdant jamais de vue le caractère tout spirituel de la lutte qui l'exposait à tant de dangers, et regardant le gain des âmes comme la victoire suprême, Grégoire exhortait, en même temps, les fidèles à une inébranlable fermeté dans la résistance, et leur recommandait une active sollicitude pour le salut de ses adversaires : « Nous voulons c< tous ensemble, disait-il, que Dieu soit glorifié en « nous, et qu'il daigne nous admettre, avec nos « frères, même avec ceux qui nous persécutent, à « la vie éternelle^... Redoublons donc d'aumônes « et de prières; cherchons, par tous les moyens, à « fléchir notre Rédempteur, afin d'obtenir que nos

i. Pro vili alga.

2. Pensate, carissimi, pensate quotquotidie milites sseculares pro dominis suis vili mercede inducti morti se tradunt. Et nos quid pro summo r»ege et sempiterna gloria palimur aut agiinus, quale dcdecus, etc.. Studeamus perseculiones ab eo immissas, et mortem pro justitianonsolum vos devilare, sed etiam pro amoreDei et Cliristianaî religionisdelensione appetere. IX, 21.

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