DiuNcm:, rAuverijnc au moyen âye, t. 1, i>. 'J
2. DoM Genoux, llist. Casa; Dei. BibL roy. Mss. F. S. Q. Lat. 5552, cité par Branche, p. 105.
3. Incolarum mitigabat i»ristinam feritatcm, paulatiniqno eos brulis moribus cxueus, tanquam de foris hoininos lacicbat. MAm;oD., Vit. S. Hobcrli, in Acr, SS. 0. W., t. IX. p. 200.
fils des preux, arrivant sur le plateau désolé, à trois cents pieds au-dessus du niveau de la mer, et promenant ses regards à l'ouest sur le Cantal, puis, au nord et à l'est sur les monts du Forez, hérissés de noires forèls et où régnaient l'horreur et le silence. De grandes pierres, dressées par la main de l'homme, attestaient seules sa présence en ce lieu sauvage, qu'hahitaient pourtant quelques paysans à demi païens, dont l'hostilité contre les trois chevaliers fut acharnée. Néanmoins, en dépit de tous les ohstacles, de toutes les persécutions suscités par les montagnards, Rohert et ses deux fidèles persévérèrent dans leur dessein. La nuit, du fond des bois s'élevaient des voix qui criaient : « Ro- « bert, Robert, pourquoi essaies-tu de nous chasser « de nos demeures, loi qui n'es pas de ce pays ^? » Mais Robert ne se laissa point effrayer par ces cris qu'il attribuait au démon. Armé de la cognée et de la bêche, il ouvrit des clairières dans la forêt et se mit à labourer la terre. C'est alors, selon l'hagiographe, que la règle de saint Renoît lui aurait été remise par un ange qui disparut aussitôt sous la forme d'une blanche colombe ^
La noblesse d'Auvergne, parmi laquelle le comte Guillaume, les barons de Mercœur et de Livradois se montrèrent les plus généreux, combla Robert de
1. Robcrtc, lloberte, quare e nostris sedibus, adveiia, nos tentas oxlradere? Dom Genoux, loc. sup. cit., p. 23. -*. Labbe, liiblioth. nov. inan., t. II, p. G37.
riches donations : elle fit plus, elle lui fournit de nombreux disciples '. L'un de ceux que Robert aima le plus, Raoul de Saint-Sauvin, était troubadour el jongleur (c'est ainsi qu'on appelait alors les poètes) ; mais c'était aussi un Irès-riche chevalier qui donna quatre terres à la Chaise-Dieu, en s'y faisant moine '. Un autre des disciples de Robert était saini Adeieime le noblc Adclclmc, de Loudun, en Poitou, et de très-
de
lou.jun (xrande maison '\ Pour complaire à sa famille, el on/ième bicu qu'il aspirât secrètement à la vie spirituelle, il
siècle»
avait porté le baudrier de chevalier pendant plusieurs années*. Mais, un jour, cédant à une de ces impulsions invincibles, alors si fréquentes, Adeieime distribua tout son bien aux pauvres, et, de peur d'être retenu par ses amis, il partit de nuit, accompagné d'un seul écuyer. Bientôt, renvoyant ce compagnon importun, après l'avoir contraint de changer de vêtements avec lui, il se rendit nu-pieds à Rome et fit plusieurs autres pèlerinages ^ Après
1 . Non parva multitudo clericorum et militia; cingalum deponentium. Liber triparlitus D. lioberti, in Act. SS. 0. 15., t. IX, p. '■1\Â.
2. Branche, V Auvergne au moyen âge, p. 141. Cf. Mabillon, Annal. Dened., t. V, p. 9.
3. Ingenuitate conspicuus... parentes ejus, cuni secundum sseculi pomposam gloriam illustres fuissent. Rodui.ph., Vit. S. Adelelmi, auct. monack. coœquali, in Act. SS. 0. B., t. IX, p. 866.
4. Hic utrumque tenuit, Ecclesiaî videlicct spiritum. et militiîe quo que sîecularis habitum... cum jain per litteraruni cucurrisset exordia, balteum militare, suadentibus cognatis ipso vero reluctante, prœcinxit, cujus exercitamenlis nonnullos sayo miles, corde nionachus transegit annos. IbuL, p. 867.
5. Intcmpcsta nocte, cum annigero quodam suo... clam discessit...
avoir passé deux ans à voyager ainsi, exlénué par la fatigue et le jeûne \ il vint se fixer à la Chaise-Dieu où il prit l'habit, dit le biographe contemporain, avec une invincible humililé". Il était tellement changé, que personne ne le put reconnaître. Aussi ne découvrit-il le secret de sa naissance qu'à l'abbé Robert, qui, trouvant en lui toutes les qualités d'un vrai moine, le nomma maître des novices. Adelelme devint le troisième abbé de la Chaise-Dieu; mais il fut bientôt appelé en Espagne où, plus lard, nous le verrons à la fois prêcher la stricte observance de la règle bénédictine, et marcher à la tête des armées castillanes dans la guerre contre les infidèles.
Après la mort de saint Robert, il s'éleva dans le midi de la France une congrégation fondée, comme celle de la Chaise-Dieu, par des nobles convertis, et qui, elle aussi, eut des ramifications jusqu'en Espagne. Lorsqu'on 1079, un second saint Gérard, originaire de Picardie, moine et saint comme Gérard de Rrogne, vint fonder en Guyenne l'abbaye et la congrégation de la Grande-Sauve ^, il eut pour
Permutatis cum comité vestibus pretiosis, pedulo viliore... nudis pedibus iter arripitns, etc. Ibicl.
1. Alias orbis partes, nudis pedibus, corporis maceratione languidus, jejuniis continuis... exilis, peregrinus et incognitus invisit. Ibid.
'2. Invicta animi demissione, induit cucullum.
3. Saint Gérard, fondateur de l'abbaye et de la congrégation de la Grande-Sauve, né en 1015 en Picardie, fut d'abord moine à Corbie où il écrivit la vie de saint Adalard, puis pèlerin à Rome sous l.éon IX qui l'ordonna prêtre en 1050. Guéri d'une longue et cruelle
La Grande-Sauve
en
Guyenne.
compagnons de sa pieuse entreprise plusieurs clievaliers de Picardie, aussi distingués par leur naissance que par leur bravoure*, et dont voici les principaux : Ebroïn, qui avait quitté la profession militaire, afin de pouvoir servir Dieu jusqu'à la mort, dans une cellule de reclus ^ ; Herloy, frère du châtelain de Noyon, tres-riclie, mais qui toujours, même dans le monde, avait su rester le maître et non Tesclave de sa fortune". Dans sa jeunesse, il s'était livré à l'étude; mais les obligations de sa condition et l'exemple de ses pareils l'avaient poussé au métier des armes, qu'il regardait comme le plus convenable à la noblesse. 11 s'était fait un nom au service du roi Philippe de
maladie, par l'intercession de saint Adalard, il entreprit un second pèlerinage à Jérusalem en 1075. A son retour, il fut nommé abbé du monastère de Saint-Vincent de Laon, qu'il essaya en vain de réformer ; puis abbé de Saint-Médard de Soissons, d'où il fut chassé l)ar la reine Bertlie. Protégé par le légat Amat et par le duc Guillaume VIII d'Aquitaine, il entreprit de fonder l'abbaye de la Grande-Sauve, près Rions, entre la Gironde et la Dordogne. Il la gouverna jusqu'à sa mort, en 1095, et fut canonisé par Célestin III en 1197. — On a publié, en 1844, un ouvrage intéressant et complet sur cette maison et sur son fondateur, intitulé : Histoire de l'abbaye et congrégation de N. D. de la Grande- Sauve, ordre de S.-lienoit, en Guienne, par l'abbé Cirot de la Ville, 2 vol. in-8, Bor deaux, 1844.
1. Milites secundum sseculum non ignobiles. Vit. S. Geraldi, Sylvœ Majoris abb., aiict. monach. coœquali, c. 18, in Acx. SS. 0. B., t. IX, p. 857.
2. De militari habitu egrediens, Dei amore inclusus, usque ad mortem fortiter pugnavit. Ibid., c. 22.
3. Divitiis nimirum abundavit, et eas liberaliter, non ut earura servus, sed ut dominus tractavit. Ibid.
D'autres chevalieis
de Picardie
France, et, depuis longtenn)s, il vivait dans les camps, lorsque, louché par la grâce, et baptisé une seconde fois par les pleurs de la pénitence, il renonça à ses grands biens pour devenir le disciple de l'abbé Gérard \ Trois chevaliers du Laonnais, Guy, Gauthier et Lilhier, tous les trois renommés pour leurs exploits de ofuerre% vinrent suivent rexemi-k
i ^ " ^ de Gérard.
s'associer à la nouvelle fondation. Le plus jeune et le plus remarquable de ceux qui arrivèrent ensuite était Tecelin de Coucy, lequel, selon l'annaliste contemporain, n'avait jamais été vaincu dans les nombreux combats où son amour de la gloire l'avait engagée
Tous ces preux renoncèrent à leur famille, à leur fortune, à leur carrière, à leur patrie, à l'enivre-
1. Armorum probitatc strenuus... dignitate ad plénum munitus,.. ex regiis militihus non infimus... dimisso littcrarum studio, mililia; lia'sit, niniirum quia nobilis et nobili génère ortus, animum suuni non poterat ab hujus modi exercitiis refrenare, pr?esertim cum videret ioquœvos suos talibus negotiis inclinari. Iterum undis lacrymarum et confessione piira baptizatus... Ibicl.
2. ^Vido... divitiis refertus el nobilitate Sfcculi satis decoratus... Wallerus... vir militaris et probus... Litherius... in armis satis valens... inter Cîctcros milites probitate inferior esse despiciens, semper ad majora mililiœ exercitia se erigens. JbicL, c. 23.
~i. Nunquam arma sua altcri deseruit, nec timoré militis ullius unquain niutavit; sed semper ubicumquc esset, victoriam et palmam acquirere super omnes socios elaboravit. Ibid. — Il était marié à Adélaïde, vicomtesse de Coucy, et avait trois fils. Cirot., loc. cit., p. 219. Lorsque son mari se donna à Dieu, Adélaïde se fit religieuse à Nogent, abbaye célèbre, située au pied de la montagne de Coucy, et qui existe encore comme maison de campagne, à l'exception de son église.
n L'ÉGLISE ET LA FÉODALITÉ,
ment de la vie militaire^; et, après elre ailes en pèlerinage à Saint-Jacques de Gompostelle, encore revêtus de leurs armures de chevaliers % ils revinrent prendre l'iiabil bénédictin à la Grande- Sauve, et se mettre à la disposition de l'abbé Gé rard, qui les employa à défricher l'épaisse forêt au milieu de laquelle s'élevait le monastère \ Là^ ces vaillants hommes employèrent leur force à arracher les ronces et à abattre les arbres*, accomplissant ainsi, littéralement, la parole du prophète : Ils forgeront de leurs épées des socs de charrue^ et de leurs lances des faux ^\
L'exemple de ces chevaliers du nord de la France entraîna beaucoup de seigneurs gascons d'abord à si3 porter défenseurs de la nouvelle abbaye, où leurs enfants étaient élevés % puis à pourvoir, par des donations abondantes, à (outes ses nécessités"^, et enfin
i. Ili omnes digito divinro misericordiœ compuncti, renuntiantes omnibus quœ possidebant, et de terris et de cognationibus egressi, Cliristum seculi sunt. Ibid.