‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 2)Chapitre 29 sur 196 · HAniuLFi, c. i · texte numérisé non relu

HAniuLFi, c. i

ô. Omnia dcriique iniliticr i^Uidia pcrcurrit, impcrialibus seu rog'alibus bellis interfuit, in principium curiis quaquaversum veniens facundus causidicus enituit... litcs... scditionesque trcnlore sure incom- -parabilis fortitudinis compr.^.sit : dum non essft qui illuni vii'ibus scu vcrbis ratione validis obviarc tentarct. Ibid., c. 5.

MOINES n'occ. M. 7

comme s'il voulait visiter, en grande pompe, la cour du roi des Français. Mais, au lieu de se rendre à la cour de France, c'est vers le cloître de Sainl-Médard qu'il se diri<^e pour aller offrir à Dieu ses armes, ses riches habits et ses longs cheveux^ . Il y vécut, comme reclus et comme moine, sans prononcer une parole, pendant trois ans et demi, jusqu'au jour où ses supérieurs le tirèrent de force du cloître pour le nommer abbé. Mais, au bout de quehiues années, malgré les supplications de ses moines qui, au nom du saint martyr Sébastien, du vénérable confesseur Médard et du saint pape Grégoire dont ils possédaient les reliques% le conjuraient de ne point les abandonner, il déposa la crosse abbatiale afin d'échapper aux exigences du roi Philippe de France, qui voulait le contraindre à l'accompagner dans ses expéditions militaires, à la télé des chevaliers vassaux de l'abbaye''. Arnoul refusa de reprend l'e le métier auquel il avait renoncé en se faisant moine; il rentra avec joie dans sa cellule de reclus,

1. Gonvocatis duobus armigeris suis, jubet quantocius omnia ormorum vasa aptari, qualitcr cum cximio décore ot pompa decenti, ciiriani régis Fraiicorum valcret adiré... festinus expetit eccleïiiani..; Armaque cum vestibus cultissimis quas attulerat ad ecclesiam conferentem attondent fratres. Ibid., c. 5.

'i. Monemus te per martyrium Sebastiani, per confcssionem !\Iedardi, per papatum Gregorii, etc. IIaiuulfi, c. 16.

3. Ego iufelix, qui militiam causa Dei abjeci, rursus stipabor iiiilitibus?... Rex inisit legatos qui dicerent fuisse morem antiquuni ni milites abbatiie, abbatc pra^vio, regali expcditioiii inservireiit. Ibid., c. 1(1.

d'où sa renomiiiée se répandit par toute la France, et où tous les nobles du royaume venaient le visiler et le consulter^ dans Tinlérèt de la paix de l'Eglise et du salut de leurs âmes. A la mort de l'évêque de Soissons, on le força de nouveau de quitter sa retraite et de monter sur ce siège épiscopal. Ensuite Grégoire VII le chargea de pacifier, en qualité de légat, les discordes sanglantes et sans cesse renaissantes de la Flandre, et d'y maintenir les droits menacés de l'Eglise; mais, même alors, rimmble religieux ne cessa de voyager à dos d'âne, pour mieux constater son renoncement à toutes les splendeurs de la chevalerie \

Vers l'époque où l'évêque Arnoul remplissait cette mission pacificatrice, dans les provinces belges, il y avait à Saint-Pierre de Gand un moine de race noble, nommé VVédéric", qui, muni de l'aulorisa-

1 . In terra Francoruni gloriosam adeptus est famam ; in tantum ut tota regni nobilitas ejus uti benedictionibus cong-auderet, et loti us dignitatis homines ejus colloquium ardenler requirerent, tam de pacc Ecclesiœ quam de salute aniinai-um consilium flagitantes. Ibid., c. 8.

2. Post(iuam ^ceculi inilitiam deposui tcrga equi nunquam sedere proposui... non aliqiia vanitate, sed D. N. J. C. imitatione. Hark i.ii Vita S. Arnul. m Act. SS. 0. B., t. IX, p. 510, 516, 545. — Cette vie de saint Arnoul est l'un des récits les plus beaux et les plus curieux do cet inappréciable recueil. Arnoul mourut le jour de l'Assomption 1087, après avoir été consolé par une vision de Notre-Dame qui lui avait promis qu'elle recevrait son âme pour la glorieuse fête de l'Assomption. Il s'opéra sur la tombe du saint une infinité de miracles qui y attirèrent une immense aflluence de pèlerins de la Flandre, du Hainaut et de l'Artois, jusqu'à la translation solennelle qui se lit en 1121. /.. c.,p. 55^.

5. VVedericus sacerdos et monachus... vir sœcularc nobilitate, et

lion du pape Grégoire VII, s'était mis à parcourir la Flandre et le Brabant, pour y prêcher la foi et la régularité des mœurs, compromises par la lutte entre l'Église et l'Empire. A sa voix, six chevaliers, parmi lesquels Gérard le Noir qui passait ])our l'homme de guerre le plus fameux de ces contrées S s'empressent de renoncer à tous leurs biens injuslement acquis, et, pendant plusieurs mois, ils s'attachent humblement aux pas du prédicateur apostolique. Alors Wédéric, les voyant enflammés du désir de se donner tout entiers à la vie religieuse^ les adresse à Hannon, archevêque de Cologne, qui était alors le chef du parti catholique dans l'Empire. D'après ses conseils, les six néophytes prennent la résolution de se consacrer à la pénitence dans le lieu même où ils s'étaient déshonorés par leurs rapines ^ Ils choisissent un site désert, entre Bruxelles et Alost, non loin d'une grande route où les brigands avaient coutume de se mettre en embuscade pour piller les marcbands et les voyageurs \ Ils s'y installent, n'ayant avec eux que trois pains, un fromage et quelques

quod moJLis est, divina roligione valdc conspicuus. Ilistoria Affligevùensis, c. 1, ap. d'Acheky, Spicileg., t. II, p. 770.

1. In armorum strenuitate pcr lias provincias tune famosissimus. Ihid.

2. Magistrum paupcrum paiiperes scqiuiti sunt... Dcinde aretioris vitro desiderio aîstuantes. Ibid., c. 2.

5. Ut loeum quem rapinis innocentium antc niaculaverant, voluntaria afflictionedivino scrvilio manciparcnt. Ibid. 4. Ibid.

outils cic défricliomeiit^; ils y construisent un petit oratoire et un modeste refuge, pour les pauvres et les pèlerins. A peine y étaient-ils établis, qu'un chevalier du voisinage, nomméGérard le Blanc, encore plus fameux par sa cruauté que par son courage, devenait le héros d'une extraordinaire aventure. Revenant un jour à son château, après avoir commis un meurtre, Gérard vit tout à coup apparaître devant lui le démon qu'il servait depuis si longtemps et qui venait enfin réclamer sa proie \ A cette vue, le chevalier, saisi d'une terreur profonde, s'élance au galop vers l'endroit où les nouveaux convertis vivaient dans la pénitence et la pauvreté. 11 les supplie de l'admettre parmi eux, et bientôt de loup qu'il élait il devient agneau, selon l'expression consacrée en pareil cas par les annalistes monastiques. Cette étonnante nouvelle passe de bouche en bouche : on est stupéfait de la conversion si soudaine d'un homme considéré jusqu'alors comme un monstre de cruauté, et toute la province émerveillée en rend grâces à Dieu \ Quelques jours plus

Fondation

d'Afflighem

par

des chevaliers

pénitents.

1. Trcs tantum panes et ipsos eleemosyna acceptes, et uniim cascum sccum dctulerunt, cum paucis ferramentis, et illam terrain déserta m excolere cœperunt. Ibid.

2. In hac provincia crudelitate et roboreopinatissimus... Inimicus humani generis in via apparuit... Jamque illi oui diu servierat mancipatum se credcns, cogitans tamen si quo modo jus illius posset evadere... Ibid., c. 5.

3. Ad praedictos fratres concito cursu pervenit... delupo in agnum Dei gracia confostim mutatus... tantseque admirationis apud universos conversio ejus exstitit, ut altcr alterius maxinice novitati

lard, un autre chevalier, llenrard , également coupable d'homicide, mais que le remords avait dégoûté du monde, venait visiter l'asile des nouveaux solitaires et examiner la vie qu'ils y menaient \ Touché de leur union et de leur austérité, il se décide à renoncer à son patrimoine, et à vivre du travail de ses mains, parmi les pénitents d'Afflighcm.

Tels furent, en 1083, les origines de cette riche et célèbre abbaye, destinée à devenir la plus opulente, la plus industrielle et la plus populaire en Belgique et dans les Pays-Bas. Dans un diplôme de confirmation, le comte Henri de Brabant, suzerain de tous les seigneurs convertis, déclarait hautement qu'ils avaient déposé le baudrier de chevaliers pour entrer dans la chevalerie du Christ '. Moins de trois ans après ce début dans la vie spirituelle, les nouveaux moines d'Afflighem avaient déjà fait preuve de tant de dévouement à Grégoire YIl et à l'Eglise romaine, qu'ils attiraient sur leurs têtes les persécutions du parti de l'empereur Henri IV \ Bientôt

gratia hune tam crudelem, tam immanem conversum esse referret, etc. Ibicl.

1. Gui œque ex pœnitenliahomicidii sœculum omne viluerat, cœpit explorare loci situm et inhabitantium conversationem.

2. Dalteo militari dcposito, ut meliorem invenirent hereditatem, rnilitiam Christi professi sunt. Aubeut. Mm^us., Codex donat. piar., 11° 62, Opéra, tom. I.

3. Uistor. Affllg., c. 7. — Ces persécutions s'expliquent facilenient : les moines d'AlUigliem avaient, en effet, choisi pour abbé un moine lorrain nommé Fulgence, exilé do Verdun pour avoir confessé

I/KGLISK ET LA FÉODALITK. 103

ils fimMil rejoints par Héribrand, riche et puissant seigneur d'un château voisin \ suivi de sa femme, de ses proches el de ses amis. Armé, pour la dernière fois de son épée, et tenant sa bannière levée, non plus contre ses ennemis temporels, mais contre ceux de son Ame, le pénitent vint se dépouiller de son armure et se proclamer le serf perpétuel de Dieu et de saint Pierre*. Au bout de trente jours, une heureuse mort l'ayant appelé près de son nouveau Maître, une si prompte récompense excita l'ambition des cinq fils et des frères du défunt, qui, tous, successivement, se firent moines, bien que plusieurs d'entre eux fussent mariés, riches et puissants. L'un des frères d'Héribrand se signala surtout par son extrême humilité : on voyait ce chevalier, si renommé naguère par sa bravoure, réclamer, comme une faveur, l'autorisation de conduire nu moulin les ânes qui portaient le blé du monastère, et celle de graisser de ses nobles mains les souliers des moines '\ C'était à ce dernier office que sem-

Humilitc

dos nobles

dans

les

monastères

la liberté de l'Église et qui on avait apporté à Afflighem l'esprit de eiuny et de Saint-Vannes.

1. Princeps quidam vicini castclli, vir sccundum sseculi bujus tasturii génère inclytus, praidiiset possessionibus difissimus. Ibid., c. 12.

'2. Accinctus ultimo militiîe cingulo, erectoque vexillo proprio,armatns videlicct contra spirituales nequitias, velut ad bellunn iturus AfUighem properat... nom jam cum uxore sed sorore sua, deposita veste militari, se omnipotent! Deo et praîlecto ejus apostolo in jRternum servum so mancipat. Ibid., c. 12.

7). Vir taniîi' nobililatis et nominis... Erat vir in armis strenuus... «sinos cum annona Iratrum ad molendinum minavit, et ut mos est

blaienl s'attacher spécialement les preux convertis^ les seigneurs qui voulaient s'humilier volontairement, pour rendre encore plus complet le contraste de leur vie nouvelle avec leur vie passée.

Nous avons déjà dit que le duc de Bourgogne, devenu moine de Cluny, s'acquittait exactement du même genre de service. A cette époque, Roger de Varenne, neveu du comte de Surrey, dont on vantail la beauté autant que la valeur, avait quitté les établissements victorieux des Normands, en Angleterre,, pour entrer à Saint-Evroul, où il vécut quarantesix ans, lavant les chausses et graissant, lui aussi, les souliers des frères du monastère \ Dans le siècle précédent, pendant que l'apôtre de la Bohême et de la Pologne, Adalbert, fils du duc de Lubicz, intime ami d'Othon III, et moine à Saint-Alexis du Mont-Aventin , séjournait près de l'empereur à Mayence, il avait coutume d'aller, toutes les nuits,, à la dérobée, chercher les chaussures des domestiques du palais, pour les laver, et de les remettre en place sans qu'on le vît\; ou bien encore il se

infîniis scrvulis, iKuiem suuin iii simi geslans hora prandii super sacculum suum residens, epulas sumpsit.., fratruin calceamcnta... ipse lavit, ipse egregiis manibus suis perunxit. lOid., c. 14, 15.

1. Erat corpore venustus... Per plures annos ultro solitus est oiniiiuiii calccamenta fratrum peiungere, pedulesque lavare, aliaque servicia, qiue quibusdam bebctibus et turgidis despicabilia videntur libentcr cxercerc. Oupeu. Vir., 1. YI, p. COI.

2. Cunctis qui iu rcgia domo craut... \ilissima quîeque manibus traclat... noctibus quoque cuni carpserant sominun, calceamenta eoruin componere cura fuit, a janitore iiscpio ad principem regiœ de-

rendait, à la tombée tle la nuit, dans les forets voisines, et il y coupait du bois qu'il rapportait sur ses épaules pour le service de la cour\ (Test ainsi qu'il se consolait d'être loin de son monastère, et qu'il se préparait au martyre qui l'attendait sur les bords de la mer Baltique ^

Ces humiliations volontaires, cette sévère discipline auxquelles les seigneurs pénitents s'assujettissaient eux-mêmes, ils l'imposaient également, quand ils devenaient abbés ou prieurs, à tous ceux qui se rangeaient sous leur autorité. C'est ainsi que le fils d*un seigneur flamand, saint Poppon, abbé de Saint-Trond, qui passait, avant sa conversion, pour un très-vaillant chevalier % soumit à une difficile épreuve l'humilité d'un jeune religieux de noble race, nommé Contran, dont il avait remarqué les pieuses dispositions. Voulant dompter le préjugé (|ui, dans tous les pays, a inspiré aux classes nobles ou équestres une répugnance insurmontable pour tout service pédestre, l'abbé donna

mus omnium caligas aqua lavit etpurgatassordibus eas suo locorestituit... Serviminis auclor diu latuit iucognitus, donec quidam VVoll'erius, regius imperialis minister et sibi dilectus cubicularius, sanctum prodidit fnrem. Vit. S. Adalberti a Coœlaneo, c. 53, iiiAcT. SS. 0. C, t. VII, et Peutz, Scriplores, t. IV.

1. Nocte intcmpcsta solus abiens ad silvam, ligno propriis humeris nudis pcdibus deferebat. Adheji. Cabanens. C/iron. ap. Ladbe, Bibl. Nov. Mss., t. II, p. 108.

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