‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 2)Chapitre 31 sur 196 · AcT. SS. 0. B., t. VIII, p · texte numérisé non relu

AcT. SS. 0. B., t. VIII, p

4. Inter primos eminentiorique loco sederet, ut régis et principum consangumeos... dum abbas... longe inlerius sederet. Chron. Ihig. Flaviniac. Act. SS. Boii-and, die \i jun., p. 980, et Labbk, Bihl. twv. Mss., t. II, p. 1t)4.

Frédéric obéit d'abord ; mais, ne pouvant siipporlor une apparence de supériorité, même temporaire, à l'égard de celui qu'il s'était donné pour père, i) prit Tescabeau placé sous ses pieds, et, descendant de l'estrade, il alla s'asseoir au-dessous de son abbé. J.e pieux empereur, touchéde tant d'humilité, ordonna qu'on les fit monter tous les deux auprès de lui, mais que l'abbé occupât la place d'honneur'.

Rentré dans son monastère, Frédéric y reprit ses humbles habitudes. Le duc Godefroy, son frère, étant venu le voir pendant qu'il était dans la cuisine à laver la vaisselle, se prit à dire : « Yoilà « vraiment un beau métier pour un comte î » Frédéric ne répondit rien, parce que le silence était de rigueur dans la cuisine; mais, ayant ensuite accompagné le duc dans un lieu où l'on pouvait parler, il lui dit : « Vous avez raison, mon frère le duc : « l'exercice auquel je me livrais, tout à l'heure, ne « convient pas à une personne telle que moi : il est, « en effet, bien au-dessus de ma naissance, car le « maître que je sers est tellement grand, que je dois « m'estimer très-honoré d'être employé au moin- « dre office dans la maison où résident Je bience heureux apôtre saint Pierre, et le glorieux con- « fesseur saint Vannes ^ »

1. Regalis magnificencia, humilitatem nobilitatis illius amplexata... cum eum ad se invitasset, et illc a pcdibus patris avclli noUet, rox altiori ingenio... abbatcm ad se evocatuni e laterc suo sedere focit^ atque post eum domni Frcderici sedcm sisti prîccepit. Ihid.

2. Oplime prosecutus es, o dux, quia taiita est dignitas liujus offr-

L'ÉGLISE ET L\ FÉODALITÉ. lU'J

Quand les riches, les puissants de la terre, qui désiraient ainsi s'unir à Dieu parle sacrifice d'euxmêmes, étaient mariés, comme Héribrand d'Affligliem et ses fils, il fallait solliciter le consentement des femmes qui, ordinairement, suivaient l'exemple de leurs maris \ L'histoire d'une de ces vocations simultanées a été racontée, avec de nombreux et touchants détails, par le tlls même de deux époux qui s'étaient ainsi donnés à Dieu^ . Il y avait à Tournay, vers la fm du onzième siècle, Raoui dOsmond

et

un chevalier nommé Raoul d'Osmond^ qui ne le sa femme. cédait à personne en noblesse et en bonne renommée"'. Ce Raoul, tombé gravement malade, avait reçu les sacrements avec beaucoup de contrition. Mais, s'étant rétabli, il retomba bientôt dans les

cii, et tanlus est cui inipenditui-, B. scilicct Pctrus apostolus, et sanctusconfessor Vitonus, quod noc mea; congruit parvitati, ut prscsumem ;i(l hoc eis exliibemlum quasi pro nobilitate gcneris mei. Ibkl., p. 981.

1. Un exemple très-curieux, cité par 31. Guérard dans ses excellents prolégomènes du Cartulaire de Saint-Père de Chartres, p. ccij, pourrait faire croire qu'aux onzième et douzième siècles la femme dont le mari se consacrait à Dieu était réputée veuve, et avait la faculté de contracter un nouveau mariage Mais il faudrait des preuves nombreuses et nouvelles, avant d'émettre cette conclusion. Ce qui e<t certain, c'est que les femmes, ainsi délaissées dans une sorte de veuvage ilaque ab eo viduata, dit une autre charte citée par 31. Guérard, ibid., p. 2'22), ne prenaient pas toujours le voile, comme l'exige la discipline de l'Eglise; et que les maris n'altcndaicnt pas toujours le consentement de leurs femmes pour embrasser la vie religieuse.

'2. Hermann, abbé de Saint-JIartin de Tournay, dans son opuscule >i précieux, intitulé Narratio restaiiratioim abbatiœ S. Martini Toritacenais, ap. h \c\iEn\, Spicilcf/ium, t. II, p. 89(S, in-fol.

•j. Nulli civium nfcrior. Ibid., p. Xd'2.

no L'ÉGLISE KT LA FÉODALITÉ.

fautes que la crainte de la niort lui avait appris à redouter. Inquiet du sort de son âme ^ il alla demander conseil à un religieux de Saint-Amand, qui était le frère de sa femme. Le moine, après l'avoir interrogé, lui déclara qu'il ne pourrait se sauver qu'en embrassant la vie monastique, et l'exhorla à demander h sa femme la permission de prendre ce parti. Que si elle refusait, il pourrait, nonobstant, aller s'ensevelir dans la solitude avec Dieu, « car, ajoutait le saint liomme, je ne « vous conseillerai jamais de perdre votre âme « par amour pour ma sœur\ »

Rentré chez lui, après cette conversation, le chevalier s'assit sur son lit, et se mit à pleurer amèrement \ La femme, qui s'appelait Mainsende * et n'avait que vingt-quatre ans, le voyant en cet état, lui demanda la cause de son chagrin. Osmond chercha d'abord à dissimuler, mais elle insista, et, ayant appris ce qui se passait, elle dit à Raoul d'essuyer ses larmes, car, elle aussi, voulait pourvoir, en même temps que lui, et de la même façon, à son propre salut : « Vos craintes pour votre âme, moi aussi

1. De salute animse suse coiisulere cœpit... Hoc mihi non videlur vera esse confessio, quando infîrmor, peccata confileri, quando convalesco, peccatis iterum sordidari, Ibid.. p. 907.

2. Nnnquam consulo vobis ut pro sorore mea aniiiiam vestrain perdatis... qu;iin (licentiam^ si nolucrit daro, consulo ut ea rclicta parteque substantiîc vesfrœ ci dhnissa, ad Deuni fugiatis. Ibid.

Page 1