Lectulo résidons amarissime flere incipit
4. De militibus provinciir progonilnni. — Elle était fille d'Iieimann, prévôt de Saint-Aniand.
L'ÉGLISE ET LA FÉODALITÉ. lit
« je les éprouve pour la mienne ^ » liaoul, loul réjoui de celle confidence, proposa à sa lemme de quilter le monde avec lui, dès le lendemain: mais Mainsende lui confia qu'elle étail grosse depuis deux mois de son quatrième enfanl". Ils atlendirent donc ses couches : el, lorsqu'elle eut donné le jour à un quatrième fils, Raoul résolut de s'adjoindre à l'abbé Odon, qui s'occupait alors de restaurer, avec la plus grande austérité, l'ancienne abl)aye de Saint-Martin de Touriiay. En présence de beaucoup d'ecclésiastiques et d'un peuple nombreux, le chevalier prit la main de sa jeune femme, et, levant les yeux au ciel, il paila ainsi : « Seigneur, tu m'as donné celle épouse, et je le « prends à témoin que je lui ai gardé, jusqu'à ce « jour, la fidélité que je lui devais : maintenant, « pour l'amour de toi, je l'abandonne et te la re- « commande \ » 11 prit ensuite ses enfants sur ses bras, et les éleva vers le ciel, pour les offrir également à Dieu; car sa femme lui avait dit:
1. Vult ille celare, sed illa nimis instante... Et quare propter lisec sic vos cruciatis... Propter me bene agere non dimittatis, quia sicut vos de anima vcstra tiinetis, sic ego de mea.
2. Exliilaratus super his verhis Kadiilfus... Qiiiddani sccreti necdum dixeram \obis, quoniam jani mcnses duo sunt ex quo me concepissc sensi, et utiqiie rationabile non est^et, ut praîgnans de saeculo exirem... Sed continenter de hinc vivanms. Post hœc sicut multoties miiii retulcrunt. anno intcgro et dimidio in vita sîcculari manscrunt, in uno lecto indivisi jacuerunt, nec tainen aliquid caniale gcssenint. non sua fortitudine, sed Christi gratia eos protcgento. Ibid., p. 007.
5. Domine Deus. ut uiilii fleiJisli liane conjugeiu... nunc auleni pro amore luo eam relin(|uo. lihifiuo o;uu commendo.
« N'allons pas laisser nos enCanls entre les mains du « diai)le, mais ofTrons-les avec nous-mêmes à Dieu^ . » Osmond, après cela, se rendit chez les moines de Saint-Martin. L'abbé Odon, admirant l'ardeur de <îet homme si riche, dit à ses religieux : « Nous au- « très, moines, nous croyons valoir quelque chose ; « et nous voici tous vaincus par ce laïque, ce publi- « cain, ce ZachéeM » Cependant il ne voulut pas l'admettre tout de suite, et, pour éprouver sa vocation, il lui imposa d'aller, pendant un an, gagner sa vie, en travaillant de ses mains, en portant publi- <}uement de l'eau, en coupant du bois, en nettoyant les écuries. Le bon chevalier se soumit sans rougir à des travaux aussi éloignés de ses habitudes".
Mainsende, loin d'être découragée par de telles rigueurs, alla, de son côté, se donner à l'église naissante de Saint-Martin, qu'elle dota de tous ses biens*. Les assistants pleurèrent lorsqu'elle déposa
1. Non in inanu diaboli relinquainus, sed potius nobiscum Dco praîsenteirius, divitcs cniiu sumus, et quocunqiie volueriinus libenter cum eis succipiemur. — Ces derniers mots indiquent qu'il existait dès lors un usage qui dégénéra plus tard en abus, celui d'exiger une dot des sujets qui se présentaient au noviciat.
2. Ecce nos monachi aliciuid... l'ecisse putabamus, et tamen a sreculari Zachaeo publicano victi sumus.
7). Vade et publiée coram populo victum tuum laborando quîere, aquam ad tabernas portando...
4. Mainsendis nullo timoré terretur... super altare ducentas argenti marcasponit. Ihid. — Pour donner une idée de ce que pouvait être le patrimoine d'un chevalier très-riche à cette époque, nous dirons ici, d'après l'abbé llermann, en quoi consistait la fortune que ces deux époux abandonnèrent en entier à l'abbaye de Saint-Martin,
sur raiitel le berceau qui contenait son nouveauné'. L'abbé lui imposa le môme genre d'épreuve (ju'à son mari; elle dut aller gagner sa vie, par la ville, en lissant, en filant, en cardant de la laine, et se nourrir de croules de pain mendiées ici et là". Les dames de Tournay la plaignaient, et voulaient lui faire apporter des provisions par leurs servantes. Mais elle s'y refusa, et remplit la tacliequi lui était prescrite, non-seulement sans la moindre répugnance, mais même avec joie. Jugée digne bientôt d'être admise au nouveau monastère qu'un grand nombre de conversions avait forcé l'abbé de Saint- Martin d'établir dans l'hôtel même de Raoul, elle eut la joie de vivre, pendant quarante années, humble et à peu près oubliée, dans l'hôtel dont elle avait été la maîtresse". Telle fut la double conversion
savoir : un grand hôtel construit en pierre, à Tournay [donmm lajndcain non j>arvœ ainpliludinis] ; quatre moulins sur la lîies, un cinquième sur l'Escaut, et doux autres aupcr Coslcnten ; les terres environnantes avec une ferme curleni) ; un haras [gregein cquorum) qui donnait d'excellents produits [equos magni pretii nutrivimus et veudidimus] : le tout évalué à environ mille livres. De plus, une somme d'argent avec laquelle l'abbaye, qui jusque-là n'avait pas possédé pcissum quidcm lerrœ arabilis, put acheter les terres qui entouraient l'église et d'autres encore.
1. Minimumque cum cuna super altare ponit, non sine iacrymis multorum circumstantium.
2. Vade per urbem, et victum qucere... lanam pexendo, et si forte tibi aliquis inicgrum panem dare voluerit, non suscipias, sed frusta panis more pauperum conscissa.
3. Exultât femina talibus pasci deliciis, pulsoque rubore, publiée eleemonsynas petit, matronis quœ hsec videbant flentibus, et per pcdissequas, etc.. Exultabat quod in domo cujus quondam domina
MOINES d'oCC. VI. 8
Nombreuses conversions
dans
l'aristocratie
féodale.
du chevalier Raoul d'Osmond et de sa femme Mainsende; « el je ne crois pas, » dit leur fils qui nous en a laissé le récit, a je ne crois pas que « le doux Jésus ptiisse jamais P oublier^ ! »
Beaucoup de chevaliers, riches et bien apparentés, suivirent, d'accord avec leurs femmes et leurs enfants, l'exemple deRaouP; plus de soixante dames nobles se hâtèrent d'entrer, comme converses, dans l'hôtel d'Osmond, transformé en monastère.
Il faut donc le remarquer, et c'est l'observation par laquelle nous terminerons notre étude sur la noblesse catholique du onzième siècle, ces conversions, ces dévouements, ces actes de généreuse humilité, n'étaient nullement des actes individuels ou exceptionnels. On s'étonnerait moins si, de loin en loin, dans certains endroits privilégiés, quelques hommes d'élite, quelques chrétiens hors ligne, avaient offert à la société un spectacle aussi sublime : mais ce fut, au contraire, par troupes nombreuses, dans tous les pays et pendant tous les siècles de la féodalité proprement dite, que l'aristocratie peupla ainsi de ses plus illustres représentants les monastères qu'elle avait fondés. J.e fait nous est attesté, particulièrement en ce qui concerne les abbayes d'Allemagne où l'orgueil du
iiicrat, nunc pro Deo tribulationem sustinebat... Ibid., 905, 910,