‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 2)Chapitre 36 sur 196 · En · texte numérisé non relu

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T). DiGBY, Mores catholici, t. X, p. 650.

4. Ces monastères portaient le nom de monasteria Scotorum; il y en avait à Metz, à Verdun, à Wurtzbourg, à Ratisbonne, à Eriurtli, à Cologne, à Vienne et ailleurs. — Celui de Ratisbonne subsiste encore, maintenu par l'expresse volonté du roi Louis de Bavière, et habité par un petit nombre de bénédictins écossais. Quand nous l'avons visité, en 1834, il s'y trouvait quatre moines et deux élèves.

de la générosité des empereurs d'Allemagne à l'égard du Mont-Cassiii, car cette générosité pouvait avoir pour but d'appuyer leurs prétentions à la souveraineté de Fltalie; mais, quand les rois de Castille comblaient de leurs présents l'abbaye française de Cluny, il est évident qu'ils ne cédaient qu'au seul besoin de donner, de la sorte, une preuve de leur affectueuse admiration pour un institut religieux qu'ils regardaient, avec raison, comme une force et une gloire commune à toule la chrétienté.

L(s En retour, les monastères ouvraient leurs por-

liùlcllerics , , , , -,

luonasiiques. tcs a tous Ics ctraugcrs, a tous les voyageurs, quelle que fût leur origine ou leur destination. Les abbayes étaient les principales hôtelleries de ce temps. Les pèlerinages, surtout ceux de Rome, de Saint-Michel du Mont-Gargano , de Saint-Jacques de Compostelle, de la Terre Sainte, qui entraînaient alors un si grand nombre de fidèles loin de leurs foyers, amenaient chaque jour, dans les enceintes monastiques, des chrétiens de tous les pays, de tous les rangs. La situation des abbayes déterminait ordinairement la voie suivie pai* les pèlerins. En assurant à ces infaligables voyageurs un gîte paisible et un accueil fraternel, en réunissant et en rapprochant, sous leur toit hospitalier, des hommes que la foi et la pénitence avaient arrachés à leurs foyers lointains, ces hôielleries monastiques devenaient, à l'insu même de ceux qui les

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liabilaient, des points intermédiaires très-importants pour les relations de peuples à peuples*.

La tendance à Tunité, que nous venons de si- Association «naler, était singulièrement facilitée par les affi- abbayes

^ . . 1 T entre elles.

Hâtions des princes et seigneurs de diverses contrées aux monastères étrangers qu'ils enrichissaient de leurs bienfaits, comme aussi par les associations que formaient entre elles des abbayes appartenant à des provinces ou à des royaumes distincts. Ces deux usages remontaient aux premiers temps de Tordre bénédiclin. Au onzième siècle surtout, les ramifications des ordres nouveaux et des congrégations spéciales étendaient sur les divers royaumes de la chrétienté l'empire d'une confraternité puissante. Cluny et le Mont-Cassin étaient, comme Rome, des centres où tout venait aboutir, et d'où rayonnait jusqu'aux extrémités de l'Europe l'esprit de charité et de dévouement. Les nécrologes des principaux monastères témoignent, sous la forme la plus touchante, de l'union des cœurs et de la communauté de prières, qui rapprochaient les races les plus diverses et fournissaient à l'es-

\. Voir dans Y Histoire de la Grande-Sauve, par M. Tabbé CmoT, t. I, p. 50i, la très-curieuse description de la Voie de jjèlerinage de V abbaye de la Grande-Sauve à Saint- Jacques de Conipostelle, avec rindicafion de toutes les haltes dans les diverses églises et monastères qui servaient de stations presque à chaque journée de marche. Le savant historien remarque judicieusement que la recherche des anciennes voies de pèlerinages est au moins aussi intéressante pour nous que celle des voies romaines ; et il s'est livré à cette recherche avec autant d'érudition que de sagacité.

n'oubliaient

aucun

de

leurs

bienlaitcurs.

priiclirclien les plus précieuses ressources. A l'abbaye de la Grande-Sauve, par exemple, on voit que les moines d'Aquitaine célébraient, tous les ans, par des services solennels et par des aumônes extraordinaires, la mémoire des religieux ou chanoines affiliés à leur association h Yalenciennes, à Saragosse, à Burgos, à Rome, à Pavie, à Gorbie, à Aurillac, à Orléans, au Mont-Gassin, à Laon, à Meaux, à Anchin, enfin à Lincoln et à Bardeney, en Angleterre ^

Ges mômes nécrologes renferment la preuve de la sainte et admirable égalité que les moines établissaient, devant Dieu, entre leurs amis et leurs bienfaiteurs de toute nation et de toute condition. En ouvrant, au hasard, celui de la grande abbaye de Saint-Germain des Prés, qui comprend le tableau des obits ou mémoires des religieux et des bienfaiteurs de la maison, depuis Pépin le Bref jusqu'à Louis le Gros, on trouve, dans une seule page, les mentions suivantes : « Glément, laïque, notre ami... Mamburge, notre amie... Drogon, chevalier, notre associé... Louis, roi des Français... Richard, troisième duc des Normands... Adélaïde, femme... François, évêque... Gonstance, reine... Ghrollinde et Bertrude, filles de comtes. . . l^iilippe, roi des Français. . . Louis, empereur des Romains. . . Obolerius, chevalier de Dreux... » Et plus loin,

1. Voir l'Extrait du nécrologe de l'abbaye de la Grande Sauve, ap. CiROT, Histoire de la Grande Sauve, t. [, p. .^00.

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« Odon , laïque, notre domestique... Cliarles s(icond, empereur, ami des églises \ »

Une autre coutume, d'une incontestable ancienneté % témoigne aussi de l'unité de foi et de l'esprit de charité qui rapprochaient les uns des ;mtres les chrétiens de race et de pays différents. Chaque fois qu'un moine mourait, dans quelque monastère, il en était fait part aux églises et couvents associés, afin d'obtenir des prières à l'intention du défunt. Ces lettres, transcrites en tète d'une longue bande de parchemin, enroulée autour d'un cylindre, portaient le nom de rouleau des morts. En général, la formule en était très-simple^ ; mais, s'il s'agissait de la perte de quelque homme célèbre, de quelque illustre personnage, le moine le plus éloquent de la communauté prenait la plume pour célébrer les vertus du défunt. L'encyclique était ensuite confiée à un courrier ou porte-rouleau [roîulifer'") ^ qui s'en

1. Clemcns laicus, noster arnicas... Mamburgis nostra aniica... Drogo miles nostnc congrcgationis... Adelaidis femina. Constaiicia regina... Odo laicus, famulus noster... Depositio Caroli quoque sccundi imperatoris, ecclesiaruin amatoris. Nécrologe ancien, mois de juillet et août, apud Dom Douillart, Ilisfoira de Saint-Germain des Prés, pièces justilicaf., p. cxiv.

2. Voit" le savant travail de M. Léopold Delisle sur les rouleaux des morts, dans la Bibl. de V École des chartes, tome III, II« série, pp. .171 et suiv.

3. Un tel, enfant de notre congrégation, est mort : nous conjurons tous les fidèles engagés dans la vie religieuse d'intervenir pour lui auprès de Dieu. (V. I). Martkne, Deritibus. t. IV, col. 19i.)

4. Ilotuliger^ rotiUifer, brcvifer , toniifcr, rolnlarius, etc. f-e

allait d'église en église, d'abbaye en abbaye, portant suspendu à son cou le funèbre message V A sa vue, les religieux accouraient et les interrogations Los rouleaux ge croisaicnt : « D'où venez-vous? Quel nouveau

des morts.

«malheur venez-vous annoncer^?» Après avoir satisfait à ces questions , le messager déroulait la lugubre missive, et, dès que l'abbé ou le prieur en avait pris connaissance, la cloche sonnait pour appeler les religieux à l'église où l'on allait prier en commun pour l'âme du mort.

porte-rouleau devait être reconforté partout où il se présentait : Cursorem... reficite lassum, operlte nudum, et itineria ei quantulumcumque addite supplementum. On lui fournissait même de l'argent : à Saint-Germain des Prés , par exemple, il recevait quatre deniers, et le chantre devait veiller à tous ses besoins : Cantor débet rolliyerominlstrare. (V. Hisl. de Saint-Germain des Prés, pièces justificatives^ CLxx, et L. Delisle, loc. cil , pp. 570-575.)

i. Inde cutis coUi leritur prjje pondère rolli.

Rolligeri collum nequit ultra tollere rollum. (Rot. de S. Brunone, n° 175.)

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