‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 2)Chapitre 94 sur 196 · S. Pétri Damiani Oy.'//sc. 55, c · texte numérisé non relu

S. Pétri Damiani Oy.'//sc. 55, c

étaient censés représenter la personne même du Christ *. -V Moissac, en Gascogne, les choses se passaient Je même, el, de plus, le jeudi saint, on distribuait à deux cents pauvres du vin et un peu d'argent. A Selby, dans le Yorkshire, l'abbé Hugues avait pour coutume, tous les jours à dîner, de servir d'abord lui-même le potage de tous les moines ; puis, d'aller prendre à la cuisine et de placer sur sa propre table deux portions destinées aux pauvres et qu'il comparait à la sienne afin de s'assurer que celle-ci ne dépassait, pas la leur \ A Ratisbonne, le saint abbé Ramwold, devenu plus tard évêque, servait chaque jour au réfectoire, de ses propres mains, cinquante pauvres. Comme il portait toujours avec lui une bourse destinée à ses aumônes, on l'appelait le Porte-sac des pauvres^. V Saint-Hubert, dans les Ardennes, l'abbé Théodoric, ami et contemporain de Grégoire VH, servait chaque jour douze pauvres à table, et, après

1. En 1182. Ep. Glideut. Gemblacens. in Martkxe, Thés, anccd., I, 600.

2. n mourut en 1090. Ei moris crat ut anle prandiurn ingressus i-efcctorium, primum pulmentum per omnes niensas circumferret et apponeret. Insuper singulis diebus duorurn pauperum cibum de coquina acceptum ad suain ip.-ius mensam afferebat, ut facta cum suo cibo comiiaratione, distincliorem sibi cibum indiceret. Mabillon, Annal., t. V, 1. i.xix, n. 46.

3. Saccellarius eorum appellari et esse non erubuit. Viia S. Ramuoldi, c. 2, in \ct. SS. 0. B., sfcc. VI, pars I, p. 13. — Ce litre de Saccellarius répond à celui de Sœcfcelmeisler, que porte encore le trésorier de certaines administrations en Suisse, et qui veut dire littéralement: mattre du petit sac.

MOINES b'oCC. VI, 20

leur avoir lavé lui-même les pieds et les mains, il se prosternait devant eux comme devant Notre- Seigncur Jésus-Christ *.

A Saint-Évroul, sous l'abbé Osberne (1065), Taumônier, le jour fixé pour la commémoration de la famille monastique (le 25 juin), rassemblait autant de pauvres qu'il y avait de moines dans Tabbaye ; le cellérier leur donnait à manger et à boire dans la maison des hôtes, après quoi le chapitre et toute la communauté leur lavaient les pieds, comme cela se pratiquait, le jeudi saint, «.•lémonics à la cérémonie du Mandatum '. Cette cérémonie Momiatinn. du Mandatiim'\ usitée dans toutes les anciennes abbayes de France et de Normandie, se propagea rapidement, après la conquête, dans les monastères d'Angleterre. L'archevêque Lanfranc, moine du Bec, en régla minutieusement la forme, dans ses décrets pour les Bénédictins anglais : selon ses prescriptions, chaque moine et chaque étudiant

î. Prœter communemmonasterii eleemosynam duodccim pauperes quotidie alebat^ quibus lotis pedibus et manibus, et refectura suflicienti impensa, satis humililcr tanquam Christo se eis in terramprostabat. Ilist. Amlagin., n. 14, in Ampl. Colled., t. IV.

2. Cet usage durait depuis un siècle du temps d'Ordoric, et il fut transporté à Noyon-sur-Aiuleîle et à Saint-George de Boeherville. Le même abbé Osberne établit que sept lépreux seraient nourris à perpétuité par la communauté, et qu'ils recevraient chaque Jour la nourriture et la boisson de sept religieux. OnDEnic Vital, 1. III, p. 101, éd. Lcprév.

3. Ainsi nommée parce que, pendant le lavement des pieds, on chantait l'antienne Mandatum novum do vobh.

devait laver un pauvre; Tabbé avait le privilège d'en laver deux. Quand les moines étaient rangés de front, chacun avait son pauvre devant lui* et s'agenouillait pour adorer le Christ en la personne deses membres souffrants*; puis, Tablulion faite, onbaisait sur la bouche et sur les yeux ces amis préférés du divin Maître. Les frères morts dans l'année conservaient leur privilège d'indigents : des moines étaient désignés pour remplacer les défunts et pour accomplir, en leur nom, la cérémonie de l'ablution '. Quand Ingulphe, le savant historien. Anglais de naissance, fut appelé par le Conquérant à gouverner l'abbaye de Croyland, alors la plus^ importante de l'Angleterre, il y introduisit la même coutume, mais en la rendant quotidienne par une touchante extension. Tous les jours, après la grande messe, les moines lavaient les pieds de trois pauvres, puis, la consécration achevée, l'aumônier allait ouvrir la grande porte du monastère, et y introduisait trois indigents, étrangers ou voyageurs, ou bien, à leur défaut, trois vieillards des environs, lesquels recevaient r hommage du Mandatum et les secours qui raccompagnaient*.

i. Ante pauperes suos.

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