‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 2)Chapitre 95 sur 196 · I5C0I.PH. Ckovland, llist., p. 10.', éd. Gale · texte numérisé non relu

I5C0I.PH. Ckovland, llist., p. 10.', éd. Gale

sur le nécessaiio

On se tromperait en supposant que ces aumônes provinssent uniquement du superflu des moines ; Aumônes ccux-ci les prenaient, au contraire, sur leur néccs- P'^lf^^ saire. Combien de fois, dans les annales monastiques, ne voit-on pas les pauvres recevoir le dernier pain qui restât au monaslère ! Les nobles du voisinage venaient, il est vrai, remplacer presque immédiatement par une offrande celle des bons moines; mais cet échange de sentiments fraternels ne se faisait pas en vain : le feu de la charité passait d'homme à homme, comme ce flambeau où les anciens voyaient le symbole de la vie î

Saint Robert, le fondateur de la Chaise-Dieu, n'avait encore que trois moines avec lui, lorsqu'un jour, étant resté seul à prier, pendant que ses compagnons travaillaient, il fut interrompu par un pauvre qui demandait l'aumône. Robert court aussitôt à sa cellule et donne tout ce qu'il y trouve, c'est-à-dire la moitié d'un pain qui restait du souper de la veille. Quand les trois solitaires, à leur retour des champs, s'aperçurent qu'il n'y avait plus rien à manger, l'un d'eux, nommé Dalmace, qui avait été chevalier dans le monde, se plaignit vivement; mais le saint l'apaisa d'un mot, et, au même instant, on vit arriver trois bétes de somme chargées de vivres, qu'envoyait un abbé voisina La vie de saint Simon de

i. Quadam die profeclis ad laborcm fratribus, audit vocem pet enlis cleemosynam : surgit feslinus, ingrcditur ccliulam, dat tolum quod reperit. Totum illud erat pars panis quœ superfuorat hesternœ cœnee,

L'EGLISK i:r LA F KÛDALITK. 509

Créj)y, celles de saint Josseet do bien d'autres, nous offrent des traits analogues. Ils se confiaient à la fois eu la miséricorde de Dieu et en la générosité de leurs frères, et rarement cette confiance était trompée. Leurs sentiments répondaient à ceux de saint Adalard, abbé de Corbie, à qui l'on remontrait que ses largesses épuisaient les provisions du monastère, et qui répondait, en souriant, par les paroles du Psalmisle^: Inquirentes Dominum non winuentur omni bono'.

A j)lus forte raison la générosité monastique n'avait-elle pas de bornes là où, grâce à une bonne administration et à une savante économie, le superflu abondait. Désireux d'encourager la généreuse noblesse qui, au temps de Grégoire VII, s'empressait de doter et de peupler les monastères régénérés de la Foret-Noire, un annaliste contemporain a raconté que ces illustres pénitents regardaient comme mal employé tout l'argent qu'ils ne dépensaient pas pour les pauvres et les malades'. A Hirscbau, la plus considérable de ces abbayes, il y avait tous

Miffectura tanien itcrum tribus ad mensam.. Reversis ab opère, ci- Lus defuit, quod cum moleste tulisset Dalmatius, cilovir sanctusquerelain composciiit. Marbod., VU. S. Robert,, in Act. SS. 0. B., sœc. VI, pars II, p. !!).">.

1. Ub. I Miracul. Adalardi, n. 4, ap. Cirot, Ilist. de la Sauve- Majeure, I, p. 402.

'2. Ps. xxxiii, 11.

ô In exhibeiida hospitalitate insudant tam mirabiliter, ac .si perdidiise œstimarent, quidquid pauperibus Christi et hospitibus non erogavoiint... Bernom)., ann. 1083.

|iaii\ les

(!ili/lV.

les jours deux ccnls pauvres nourris à la porle du couvenl; le mardi gras et le jeudi saint, neuf eents indigenls recevaient, chacun, une livre de lard et deux livres de pain \ A Cluny, dix-sepl mille pauvres étaient annuellement nourris et entretenus ^ Puisqu'il est encore question de Cluny, disons que la précieuse collection intitulée Bibliothèque de Cluny renferme un vrai code de la charité, et, déplus, le registre des aumônes obligatoires et permanentes qui se faisaient dans les diverses maisons de Tordre, môme à la fin du quatorzième siècle, à une époque d'appauvrissement et de relâchement ^ Là sont rangés, par provinces et par royaumes, les abbayes et les prieurés, les doyennés et les simples résidences de l'immense communauté ; là, au-dessous du nom de chaque maison, sont indiqués d'abord le nombre de religieux qui devaient l'habiter, puis les offices et enfin les aumônes d'obligation ; là se lisent, à chaque page, des mentions comme celle-ci : Aumône {c^esià-dire distribution de secours), tous les jours; aumône trois fois la semaine; aumône à tous les pas-

1. Cless, Cultur-GcschiclUe von Wurtemberg, II, 443, ap. Hurteb, ill, 593.

Page 1