‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 2)Chapitre 97 sur 196 · Custos hospitii... Eleemosynarius... Granaturius. Ib'uL · texte numérisé non relu

Custos hospitii... Eleemosynarius... Granaturius. Ib'uL

4. Cum autem pcdites seu paupcrcs clerici peregrini de longinqua terra vcniunt ad eleemosynariura (raumônerie)... accepta licentia, ducct illos in rcfectorium cum péris suis. Ibid,

Sei vitdo

d'un

COl'.VCI'l.

et les vieillards, pour les aveugles et les boiteux*. Dix-liuit pauvres loges dans l'abbaye avaient des prébendes^ c'est-à-dire des portions aux divers repas qui étaient en tout semblables à ceux des religieux. De plus, il y avait trois prébendes destinées à bonorcr la mémoire du saint abbé Odilon, de l'empereur saint Henri et du roi d'Espagne Froylan^: elles étaient servies, toutes les trois, au réfectoire, à la table de l'abbé, et elles étaient ensuite livrées à l'aumônilf*, pour être distribuées aux pauvres. Ce dernier avait un service si étendu, raum'rni.M si fatigant, qu'il lui fallait cinq serviteurs pour l'aider. Il devait, une fois par semaine, aller visiter tous les pauvres malades des environs, auxquels il portait du pain, du vin, et des paniers pleins de viande ^; il entrait lui-même chez les malades du sexe masculin ; mais, s'il y avait des femmes, il se tenait à la porte, et leur envoyait des vivres par son domestique. Que si la femme ou le compagnon de quelque pauvre voyageur*, par suite de

1 . Dantur quotidie XII torlse (de trois livres chacune) pupillis et viduis, claudis et ctecis, scnibus et aniculis. Ibul.

2. Ce prince est toujours nommé Frcdelanmis par les écrivains cliinistcs; c'est celui qui est ordinairement désigné sctis le nom de Feinand I", roi de Léon et de Castille, père d'Alphonse YI, le grand bi(Mifaitcur de Cluny.

5. Assumptis sccum famulis suis et pane et carne in cophinis et viiio, visitans illosqui pauperes alicubi jacent œgroti. IbicL

4. Si autem aliquis pcregrinorum habiierit ad hospilium suum (c'est-à-dire hors de l'abbaye) conjngcmdcbilem, vellassalam.scu socium, quibus non sit commodum venire ad eleemosynam, d( bet eis

soins clonni's :i lit- tirs;.

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inalailio ou d'excès de fatigue, n'avaient pu parvenir jusqu'au monaslère, il était prescrit de leur faire porter, par quelque pauvre suflisamment valide, la même pitnnce qu'aux autres.

Un contemporain de saint Hugues de Cluny, Tabbé Guillaume dellirscliau, cette grande lumière de l'Alli^magne monastique au onzième siècle, s'occupait, avec une sollicitude scrupuleuse, de soulager les indigents, de les visiter dans leurs chaumières, (h s indigents; de célébrer lui-même leurs humbles obsèques. Il travaillait surtout à la guérison des pauvres aliénés, en employant à cette fin les moyens spirituels S même au milieu des luttes prolongées qu'il fallait soutenir contre les impérialistes pour l'indépendance de l'Eglise et les droits de saint Grégoire VII. L'ami intime de cet abbé Guillaume, le moine qui siîi'vait d'intermédiaire entre Cluny et Hirschau, et qui fut un illustre champion de la liberté ecclésiast <iue, en même temps qu'un grand docteur de r Ordre Monastique, saint Udalric, rédacteur des Coutumes de Chiny, se dépouillait, en voyage, de

miscricordiam facere , et quantum dat aliis mittere per eorum sociain, qui rcvcrtetur ad eos, propter eorum debilitatem. Ibitl., p. 585.

1. Rusticos invillulis infinnos jacentes humililer visitavit, ac plis consnlationibus fovit, postrcmo obcunlesdiligenti cura sepullurtc tradidil. Eorum vero qui insaniam mentis paticbantur, nullumsuscipere dodit,Miatus est; aut enim cum toto iVatrum conventu psalmos et benedictiones recitavit super eos, aul cuin quibusdam fratribus, quœ tali negotio cnngruebant explcvit. IIly.mo, VU. D. Wilh., Act. SS.O.B., s;ec. YI, pars II, p. 733.

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ses vêtements de dessous pour en couvrir les pauvres qu'il rencontrait, et on le vit, pendant l'hiver, ôter de ses pieds des chaussures fourrées, pour les donner à une mendiante qui les lui demandait*. Quant à saint Guillaume, dans l'expansion de son âme compatissante, il n'oubliait pas même les petits des oiseaux ; il disait, en hiver, au disciple qui a écrit sa vie : « Vois comme ces pauvres volatiles souf- « frent de la faim etdu froid : prends donc des gerbes « d'avoine et répands les autour des buissons, afin « qu'ils trouvent de quoi manger^ » On raconte le même trait de saint Ansfred, ce vaillant chevalier, devenu moine en ses vieux jours, et dont nous avons fait connaître plus haut l'immense charité pour ses frères \ L'abbé Guillaume de Fécamp avait coutume d'errer par les carrefours et de pénétrer dans les chaumières, à la recherche des affamés et des lépreux dont il voulait soulager la misère*.

1. Se plerumque non erubuit denudare... Aliquoties in itinere... a via secretius divertens, lumbare indumentum, quo intcrioris corporis tegebantur, latcnter eductuin,nudo tradidit... Soccos pelosos contra frigoris algorcin valde commodos... nec mora, exulos soccos pelenti libens tribuit... Parva hœc et relatu digna viderentur, si muneris quanlitas, potius quam caritas af'fectus dantis pensaretur. VU. S. Uclalr,, c. 37, 58, in Act. SS. G. C, sœc. VI, pars II, p. 790.

2. Volatilia famé et frigore pereunt. Sume manipulos avenœ et delige circa sepes, ut inveniant quo pascantur. Heymo, ubi supra.

3. Aviculis eliam in hieme manipulos super arbores ad manducandum intuitu pielatis poni fccit. Anon. mon. S. Pauli, Vit. S. Ausfr., in A(T. SS. 0. h., sœc. YI, pars I, p. 91, c. 10 in fine. Voir l'Uist. de S. Ansfred, racontée plus haul, p. 04.

4. Circuibatangulos et compila; leprosorum tuguriola subintrabat^

C'est encore à des moines que l'Europe doit les premiers hôpitaux, les premières léproseries qu'elle ait connus. D'illustres religieux, saint Pammaque, abbé à Rome du temps de saint Jérôme, saint Basile, saint Jean Chrysostome, saint Augustin, inaugurèrent, par leurs fondations, cette merveilleuse invention du christianisme. Dans son enthousiasme pour l'immense hospice créé par saint Basile à Césarée, saint Grégoire de Nazianze donnait à cette ville le glorieux nom de cité de la charité, et il la mettait au-dessus des sept merveilles du monde antique. Et ce n'était pas aux pauvres de leur voisinage que se bornait la charité des moines : ils ne s'informaient jamais de lapatried'un malheureux ; les étrangers et les voyageurs étaient, au contraire, l'objet spécial de leur sollicitude. La règle de Saint- Benoît est formelle sur ce pointa et jamais précepte ne fut plus ponctuellement exéculé. L'hospitalité la n^-iukiiii.' plus généreuse, offerte à tout ce qui se présentait, était une des pratiques les plus chères à la charité monastique, la loi commune et constante de toutes les communautés régulières. Le moine chargé spécialement de recevoir les étrangers, sous le nom (h;

lit omnium neces^•itatibus adosset. Bvldr, archiep., Ejnst. in yeustrin pia, p. 227.

1. ... Omnessupcrvenientesliospites, tamquamChristus, suscipiantur, quia ipse dixit : llospes fui et suscepistisme... pauperum et pcregrinonim maxime susccptis omni cura sollicite exliibcatur : quia in ipsis magis Cliristus suscipitur, nam divitum tcrror ipse sibi exigit honorem. Regul., c. 53.

<l.ins les iiM)iia.stèi'i'.s.

prévôt des hèles (prxpcmha h ospitum), devait leur témoigner des égards aussi fendresque respectueux : il s'agenouillait devant eux, pour leur laver les mains et les pieds. Ainsi faisait saint Cutlibert, à l'abbaye de Ripon ^ Le logis des voyageurs et des hôles {domus hospitiim, domm peregrinorum et pauperum) constituait une partie essentielle des édifices de chaque monastère; on peut voir, dans le plan de Saint-Gall au neuvième siècle, l'importance et rétendue des constructions affectées à cet objel^ L'Histoire du moine Richer fait connaître la douce joie qu'éprouvait un voyageur du dixième siècle, éloigné de son domicile par le devoir ou l'amour de la science, lorsqu'il venait demander un asile à la fraternelle charité des moines\ A Saint-Gall, par un raffinement de délicate attention, c'était au religieux le plus savant ou le plus renommé (ju'était déléguée la fonction d'hôtelier, ou de guide des étrangers* ; Notker le Règue et Tutilon, l'un et

1. Pedes ipse abluit (Cuthbertus), liiiteo extersit, fovendos liumilitci- manibus suo in sinu composuit. Bei»., Vit. S. Cutlibert.

2. Elles renfermaient une brasserie, une boulangerie, deux dortoirs, etc., le loul réservé à l'usage exclusif des pauvres voyageurs. Kklleb, Bouriss des Kl. S. Gallen, p. 26, 27.

5. Nox inliorruerat... cum basilicam S. Pharonis introii, fratribus adliuc parantibuspotum cbaritalis... a quibusut fraterexceptus, dulcibus alloquiis, cibisque sufficienlibusrecreatus sum. Riciieri, 1. YI, G. 50, éd. Pertz, p. Gi3.

4. Une disposition analogue se trouve dans les prescriptions du concile monastique de 827 : Ut docti fralres eligantur qui cum supcrvciiicntibusmonacliis loquantur, c. Gô, ap. Dauzu Capitulai-.

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raulre célèbres, ivniplirenl lous deux celle charge. Aussi, les conlemporains ne tarissaient-ils pas en éloges surTaccueil que recevaient les étrangers dans les hôtelleries monasliques. « Chacun, » disait-on, « y est reçu par la charité, qui est la mère des « vertus, par la concorde, qui est la fille delà chari- « lé, par la simplicité, qui est la suivante de Tune « et de l'autre : toutes Irois y ont élu domicile, y « vivent en commun, el toutes trois courent au- « devant du voyageur qui s'y présente ^ »

Il était donc connu partout que les monastères étaient des hôtelleries gratuites, toujours accessibles non-seulement aux moines en mission, mais encore aux voyageurs étrangers, aux naufragés, aux pauvres, aux pèlerins. Si grand qu'en fût le nombre, chacun d'eux, en dehors de toute considération de rang ou de nationalité, pouvait compter

1. Jti.ssi^ti me de Auvaveiisi monasterio ad nionasterium S, Galli coininorandi et disccndi gralia proficisci.... quodet feci... Navem conscendi, atqiie illuccum omiii prosperitate, Deo gubernantc, perveni, tantasque virtutes in iisdein fratribus coiispexi, ut vix illas, ne dicas me, sed neque Pythagoram de Sarao egressum putem eloqui posse... Sola caritas ibi principatur, et juslilia régnât. Et sic caritas mater est virtiitum, et concordia filia ejus, ac simplicitas earum pedisse qiia illic sine diibio domicilium proprium liabet, quœ et si pro tempore in aliis locis commorata fuerit, et particulatim se ibi ostenderit ; hic lamen semper cum filia et ministra tota consistit, Nec est adventantium hospitum uilus.cui ab bis triions non occurratur. Sunt enim jugitersimul indissolubiles, ut funiculus triplex, et intcr omnes sparsœ, integraî. tamen unum omnibus ministerium liabent... Eumemuci, Epist. ad Grimoald. (ann. 840), ap. Mabillon, Veter. Annales, p. i21, et ZlECEI-BAlER, t. T, p. 200.

sur un accueil affectueux dans un gîle tranquille et sûr : « Qu'on demande, » dit un historien en parlant des usages de l'abbaye normande du Bec, « qu'on demande aux Espagnols ou aux Bourgui- « gnons, ou à n'importe quels étrangers, comte ment ils ont été reçus au Bec. Ils répondront que « la porte du couvent est toujours ouverte à tous, et « que son pain appartient à tout le monde V »

On rencontrait les bons moines le long des routes les plus fréquentées, comme au sein des contrées les plus rarement visitées. Des bords delà Baltique jusqu'aux Apennins, on pouvait suivre trois ou quatre grandes lignes de monastères qui traçaient, pour ainsi dire, leur route aux pèlerins, aux ouvriers, el leur offraient des réfugies et des secours pendant tout le trajet. Ces devoirs d'hospitalité étaient regardés comme les plus sacrés et les plus obligatoires pour les moines. Lorsque Gebliard, archevêque de Saltzbourg, principal lieutenant de saint Grégoire YII en Allemagne, eut fondé, en 1074, l'abbaye d'Admont dans une gorge sauvage et presque inaccessible de la Styrie, il y choisit sa sépulture, et, sur sa tombe, on grava cette épitaphe où le poëtc, s'adressanl à l'abbaye elle-même, parle

i. InteiTOgali Burgundiones et Hispani, aliique de longe seu de jtrope advcnientcs, respondeant, et quanta benignitate ab eis suscepti fucrintsine fraude proférant... JanuaBeccensium patet omni viatori, eorumque panis nulli denegatur. Obder. Vital, t. IV, p. 246, éd. Leprévost.

ainsi : « Fleur d'Admont... Gobhard t'a fait « naître, afin que tu fusses la consolation de chacun . « Il l'a richement dolée, afin que tu eusses de quoi « nourrir les affamés, vêlir les nus, donner un « gîte au voyageur, et un asile à ceux qui ont « perdu leur chemin*. »

Jusqu'au dernier jour de leur existence, et même quand le plus triste relâchement se fut introduit chez eux, les moines pratiquèrent ces vertus charitables.

Au fond des Ardennes, même à la fin du dixhuitième siècle, riiospitalité des religieux de Saint- Hubert était Tunique ressource de ceux qui allaient du Brabant à Luxembourg ^ Au sommet des plus hautes montagnes, telles que le Saint-Bernard ou le Saint -Gothard, on trouvait la charité toujours prévoyante et toujours désintéressée. Un monastère existait à côté des deux hospices fondés sur le mont Saint-Bernard par l'immortel archidiacre d'Aosle, Bernard de Menthon. A Saint-Michel de Cluse, situé au débouché d'un des passages les plus fré-

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