‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 3)Chapitre 102 sur 267 · Diceis quia menliuntur. Ep. III · texte numérisé non relu

Diceis quia menliuntur. Ep. III

« moi qui ai inventé la prohibition rehitiveaux in- « vestitiires; mais j'ai entendu le pape excommu- « nier, en plein concile, ceux qui donneraient ou « qui recevraient cette investiture ; or, je ne veux « pas, en communiquant avec ces excommuniés, « devenir moi-même un excommunié. Quant à ré- (( sister aux mauvais clercs, je l'ai si souvent fait, « que c'est pour cela que je suis exilé, dépouillé « de tout, ruiné. »

Du sein de son exil, le primat veillait avec une Tendre

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tendre et active sollicilude sur les mterets de d'Anseime

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son diocèse et de ses mornes , sur 1 éducation des son troupeau. jeunes élèves du cloître, sur les pauvres qu'il avait l'habitude de soulagera II se reposait principalement, pour ces soins divers, sur Gondulphede Rochester, l'évèquo le plus voisin de la métropole, et qui n'avait jamais trahi leur vieille amitié du Bec. A ce fidèle ^mi, le seul des évêques anglais qui n'eût point failli, Anselme traçait en ces termes la ligne où il fallait persévérer :

« Que nulle menace, nulle promesse, nulle ruse « ne vous arrache ni hommage ni serment quel- « conque. Quand on vous y voudra contraindre, ré- « pondez : Je suis chrétien, je suis moine, je suis « évêque , et c'est pourquoi je veux rester fidèle à

1. De panpcribus quod apud Canluariam pascere dcbeo, rogo maltuni ne ulîam paliantur inopiam. Ep. IV, 53. — V. sa correspondance trùs-active sur ces sujets avec le prieur Ernulphe de CniUorbcry, e! GoNOUiniE, lib. m et iv pauftim.

« mes obligations envers tous, sans m' écarter do « mon devoir envers chacun. Rien de plus, rien de « moinsK » Et, pour ce qui le concernait, il ajoutait : a Sachez bien que j'espère bien et que je veux c( ne rien faire jamais contre mon honneur épisce copal, pour rentrer en Angleterre : j'aime bien « mieux rester brouillé avec les hommes, que de « me brouiller avec Dieu pour me réconcilier avec « eux'. »

Cependant, on pressait vivement Henri de revenir à des sentiments meilleurs et de rétablir Tordre en rappelant Anselme. La reine Mathilde, princesse pieuse et instruite", que le peuple appelait la bonne reine\ se montra pleine de zèle pour amener un l'approchement. Elle aimait tendrement Anselme qui l'avait mariée et couronnée ; elle admirait ce grand athlète de Dieu, ce vainqueur de la nature^; elle avait naguère tremblé

\. Ilœc sit vcstra responsio : Christianus suni, monaclius suin, episcopus suiii : et ideo omnibus volo fidcni servare secundum quod unicuique deheo.... Iiis veii)is nec addatis quicquam, ncc miimati--. Ep. III, 92.

2. Hoc autem scitotc... contra episcopaleni lionestatem.... Malo hominibus non concordare, qiiani illis concordando, a Deo discordare.

3. GuiLL. Jemmetic, VIII, 10. Guu.L. Malmfsb., de f/eftt. reg., 1. T. Sel- DEX., Not. in Ans. 57().

4. Mold the god quecn. Rob. of Glocester. Rob. of Brunxe, ap. Thierry.

5. Taiito patri cujas sum bencficiis obli^ata : tam fort! Del athletfc et humanaî natunc victori. Ep. III, 55.

LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE IL 295 pour sa vie, en le voyant s'épuiser par des jeûnes quotidiens'. « Il vous faut manger et boire, lui « écrivait-elle à ce sujet, parce que vous avez en- « core un grand chemin à parcourir, une grande « moisson à rentrer dans les greniers du Seigneur, (( et très-peu d'ouvriers pour vous aider. Souvenez- « vous que vous tenez la place de Jean, Tapôtre « chéri du Seigneur, qui dut lui survivre pour « prendre soin de la Vierge Mère. Vous avez à pren- « dresoin, vous, de notre mère l'Eglise, où chaque « jour sont menacés de périr les frères et les « sœurs du Christ , qu'il a rachetés de son sang et « qu'il vous a confiés". »

Ce n'était point par des complaisances séniles Exhortations

, . , ... , I , , . adressées

qu Anselme avait ainsi gagne le cœur de la prin- à

., , , . on \ 1 la leine Malhilde

cesse : il répondait, en etlet, a ses lettres caressantes par

, , . rii'ii f f • Anselme.

par des exhortations ou le devoir de la royauté était énergiquement exposé : « Vous êtes reine, non par « moi, mais par le Christ. Voulez-vous le remercier « dignement de ce don ? alors, considérez quelle . « est la reine qu'il s'est choisie dans ce monde pour « épouse, et qu'il a aimée jusqu'à donner sa vie pour « elle. Voyez- la exilée, errante, presque veuve; « voyez comme elle soupire, avec ses enfants légiti-

1. Ibid. Elle voyait avec peine sa voix s'airail)lir : Vox spir'dualium cedi/tcatrix vanescal, cl quœ canorinn et diilce Dei verhiim, etc. On * ne pouvait déjà plus l'entendre de loin quand il prêchait.

2. Comedendum est vobis et bibendum quoniam.... grandis messis seniinanda, sarculanda ac metenda, in horreo.... atquc quolidie periclitabuntur fratres et sorores Chri^ti. îOid.

296 Li:S PUÉDÉCESSEURS DE CALIXTE IL « mes, après le retour de l'époux qui reviendra « un jour de son lointain royaume et qui rendra à « cliaeun le bien et le mal qui aura été fait à sa <( bien-aimée. Ah! qui l'aura honorée sera honoré « avec elle; qui. l'aura foulée aux pieds, sera foulé « aux pieds loin d'elle; qui l'aura exaltée, sera « exallé avec les anges, et qui l'aura opprimée sera « opprimé avec les démons* ! »

Pénétrée de ces enseignements, Malhilde ne se consolait pas de l'exil d'Anselme; elle écrivait au pape pour le supplier de rendre à l'Angleterre son père et son consolateur" ; elle écrivait surtout à Anselme, avec toute l'effusion et la simplicité d'une tendre fille : « iMon bon seigneur, mon vénéré père, (( laisse-toi donc fléchir; fais ployer ce cœur que « j'ose appeler un cœur de fer. Yicns visiter ton « peuple et ta servante qui soupire après toi. J'ai « trouvé un moyen par lequel ni tes droits de pasce leur suprême ni ceux de la majesté royale ne « seront sacrifiés, quand même ils ne pourraient « s'accorder; qu'il vienne du moins ce père vers sa « fille, ce maître vers son esclave, et qu'il lui ap- « prenne ce qu'elle doit faire. Oui, viens avant que « je meure, car je te le confesse, non sans crainte « de mal faire, si je meurs sans te voir, je sens « que, même dans le ciel, je serai sans joie. C'est

1. Oui liane honorant, cum illahonoriilunitur; quiliancconculcant.... qui liane deprimunt, cum di\3monibus dcprimcntur. Ep. III, 57.

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