‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 3)Chapitre 119 sur 267 · Epist. 236 et pa'^sim · texte numérisé non relu

Epist. 236 et pa'^sim

4. De investiiuris Ecclesiarum quas laici faciunt sententiam praecedenlium palrum Greg. YII et Urb. II, quantum in me est, laudo, conlirmo. Quocumqiie autem nomine talis persuasio proprie vocetur,

servir de médiateur entre les deux forces rivales, et concilier, par la prudence, par l'indulgence, par tous les tempéraments permis, leurs droits réciproques. « Quand la royauté et le sacerdoce « sont d'accord, écrivait-il au pape, le monde « marche mieux et l'Église fleurit et fructifie ; mais, « lorsque la discorde les sépare, ce qui est faible « ne peut plus se fortifier et la plus grande force « est détruite^ » Mais cet esprit de conciliation n'altérait en rien, chez lui, la foi au droit, à la puissance, à la suprématie de l'Eglise, ni son courageux attachement à l'inviolable légitimité des droits de l'Eglise sur les âmes et sur elle-même : « Que « Dieu ait d'abord, dans son Église, par un droit « supérieur (prmapa/iïer), ce qui lui appartient, et « qu'après cela (posteriori online) le roi obtienne « ce qui lui est concédé par Dieu\ » Telle était

eorum scnlentiam, qui investituras laiconim defendere volunt, scliismaticam judico. Ep. 235.

i. Cuin regnum et sacerdotium inter se conveniunt, l^enc rcgitur mundus, floret et fructificat Ecclesia : cum vero inter se discordant, non tantuni parvrc res non crescunt, scd ctiam mag-nrc res miserabiliter dilabuntur. Ep. 258.

Ce passage a été pris par l'illustre archevêque de Cologne, Clément de Droste, pour épigraphe du livre où, captif et exilé pour la foi, la liberté de l'Église et la sainteté du mariage, il a si sagement établi les limites des deux puissances. C'est ainsi qu'au sein de la vérité catholique s'unissent, à travers les siècles, les âmes des grands évêques pour la défense de leur mère commune.

2. Habeat ergo Deus in Ecclesia sua principalilcr quod suum est. Ilabeat rex, posteriori ordine post Deum quod sibi a Dco concessum est. Ep. 102.

LES PRÉDÉCESSEURS LE CALIXTE 11. ÔÔJ son interprétation du texte : Rendez à César. 11 écrivait au comte de Meulan, principal ministre du roi Henri d'Angleterre : « Si la puissance royale « entreprend quelque chose contre le Christ et son « Eglise, tu dois te rappeler que tu as été racheté (( par le sang de ce Christ, initié {initiatm) aux (c lois de ce Christ, régénéré par les sacrements de « l'Eglise ; que tu es l'affranchi de Celui qui s'est « fait serf pour toi, et que tu ne dois aucune « espèce de soumission à qui voudrait offenser la « majesté divine ou restreindre la liberté de TÉ- (( glise... Les rois sont faits pour punir les violateurs « des lois, et non pour les violer eux-mêmes* . » Au roi lui-même, l'archevêque écrivait en ces termes, pour le féliciter de son avènement : « Nous « invitons Votre Altesse à laisser un libre cours « à la parole de Dieu dans le royaume qui vous est « confié, et à toujours songer que cette royauté (( terrestre est soumise à la royauté céleste, confiée « à l'Eglise. Comme les sens sont soumis à la raison (( et le corps à l'âme, ainsi la puissance terrestre « doit être soumise au pouvoir ecclésiastique.... Et, « comme le corps n'est tranquille que lorsque la (( chair ne résiste pas à l'esprit, ainsi le royaume « de ce monde n'est paisible que lorsqu'il cesse de

1. In mente liahere debes quia.... et Illius es liber qui pro te se servum fecit, ut lihertas tua niliil se debere intclligat alicui quo divinorn offendat inajcstatem, et Ecclesiœ niinuat libertatein.... Non ad lioc instiluuntur rcges, utlegcs frangant. Ep. 154.

« résister au royaume de Dieu. Pensez à cela et « comprenez que vous êtes non pas le seigneur, (( mais le serviteur des serviteurs de Dieu, et que « vous devez être un de ces cèdres du Liban, que le <( Seigneur a plantés pour que les oiseaux du ciel (( y trouvassent leurs nids, c'est-à-dire pour que les (( pauvres du Christ vécussent en paix sous votre c( ombrage, en priant pour vous^ »

11 ne reculait, en ce qui concernait sa personne, devant aucune des conséquences de ses doctrines, et il les manifestait, dans les termes suivants, au seigneur de son diocèse, Etienne, comte de Blois et de Chartres : « A quiconque osera envahir l'Eglise « confiée à ma faiblesse, je saurai résister de toute c( la force que Dieu m'a donnée, jusques et y com- « pris la ruine et l'exil, et je le frapperai du glaive « spirituel jusqu'à ce que satisfaction ait é(é ac- « cordée. Or, ce glaive détruit les citadelles, ren- « verse les murailles, et tout ce qui s'élève contre « l'humilité du Christ, et tout ce qui envahit l'hé- « ritage acheté par son sang. C'est un glaive que

4. Sicut cnim sensus animalis subditus debot esse rationi, ita potestas terrcna subdita esse débet ecclesiastico regimini. Et quantum valet corpus, nisi regatur ab anima, tantum valet terrona potestar^ nisi.... Et sicut pacatum est reg-num corporis.... Servum scrvornm Dei vos esse intelligite, non domiimni.... unam débet esse de cedris Libani quas plantavit Dominus, in (pia nidilicent passores, etc.... Ep. 10l3. — Lettre bien digne, disait Ikuonius eu la citant, en 1007, d"être lue et relue à tous les rois, surtout de nos jours où l'exécrable hérésie des politiques, sous le voile des droits de l'État, pénètre dans le cabinet des rois et s'y met à l'abri de leur gloire. Ann. 1 100, c. oO.

es ose fairo dos présenta li au pape.

LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. 555 « la pauvreté retrempe, que Tcxil ne saurait briser, « que nulle prison ne saurait enchaîner \ »

Ainsi parlait aux princes de la terre cet évoque yvos de chaiu

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qui, lort de son dévouement a Dieu et a 1 Eglise, se loprôsentaUons permettait, quand il y avait lieu, d'adresser des représentations aux papes eux-mêmes. Anselme et bien d'autres n'agissaient pas autrement, et on verra saint Bernard les dépasser tous en franchise et en courage. Dans ces heureux siècles et parmi ces grands cœurs, au sein des plus éclatantes splendeurs et des plus terribles dangers, la papauté trouvait mille champions, mais pas un seul courtisan. La lutte des deux puissances, au sein de la chrétienté, semble avoir été, à toutes les époques, la condition inséparable de la vitalité de la foi catholique. Elle n'a jamais été suspendue qu'aux rares moments où le pouvoir temporel se trouvait entre des mains tout à la fois puissantes et irréprochables, ou durant les époques malheureusement trop prolongées où l'affaissement de la foi et du zèle, chez les catholiques, préparait et consommait leur asservissement. Au temps dont nous parlons, cette lutte éclatait jusqu'au sein du nouveau royaume fondé autour du saint sépulcre par les croisés victorieux, royaume

1. Quos terminos cuicumque prœsumpserit adversus Ecclesiam parvitati inerc commissam transcendcre.... Ilic gladius pénétrât turres, dejicit propu^macula, et omnem allitudincm.... hic gladius in egestate forlior est, in exilio non IVangitur, carceie non alligatur, etc. Ej}. 49.

Ce rjue devinrent

quiélait, à vrai dire, la créalion directe du pontilicat romain et comme la conquête même de Dieu et de l'Eglise. Godefroy de Bouillon venait de mourir après TéScm' un an de règne \ trop tôt pour le salut de sa nouvelle après' patrie chrétienne, et son frère, Baudouin P% élu à sa ^ Z^' place par les chevaliers et les prêtres, Baudouin,

G. (le Bouillon. ^ ^ , . , . , ,

brave et généreux comme lui, était engage dans une longue série de contestations avec le patriarche de Jérusalem Daimbert% au sujet des possessions anciennes et nouvelles de cette Église affranchie. Les intrigues et la jalousie de l'archidiacre Arnoul, candidat malheureux à la dignité dont les croisés avaient jugé plus digne le légat Daimbert, paraissent avoir beaucoup contribué à entretenir la funeste scission". Baudouin finit même par expulser Daimbert de son siège, pour le remplacer par un certain Cremar, qui fut à son tour déposé comme intrus par jugement du légat Gibelin'. Mais ces discordes ne diminuaient en rien l'ardente foi ni le pieux dévouement qui armaient les croisés contre les forces sans cesse renaissantes de l'islamisme. Les

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