‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 3)Chapitre 121 sur 267 · GuiLi,. Tïn., XI, c · texte numérisé non relu

GuiLi,. Tïn., XI, c

musulmans d'Egypte, de Syrie, d'Arabie el de Perse se précipilaienl tour à tour sur les nouveaux établissements des cbréliens, et leur faisaient essuyer les pertes les plus cruelles, les plus san^'^lanles défaites, sans pouvoir ébranler leur constance.

La prise de Jérusalem, quoique achetée si cher, ne servit qu'à surexciter les esprits dans tous les royaumes chrétiens \ Ce fut pendant les premières années du onzième siècle une croisade perpétuelle, un mouvement permanent des peuples de TOccidentvers l'Orient; et, quoique la terre sainte fût devenue comme le vaste ossuaire des générations disparues, chaque année amenait sur ces plages de nouvelles armées de pèlerins avides de contempler les saints lieux, et de combattre dans les rangs de la poignée de héros qui, sous la conduite du roi Baudouin, des Normands Tancrède et Bohémond, du comte Raymond de Toulouse et de Baudouin du Bourg, défendaient leurs nouvelles seigneuries incessamment assaillies par les musulmans. En 1101, une flotte génoise aida le roi Baudouin à prendre d'assaut Césarée, et put rapporter en triomphe, comme principal trophée, le vase sacré où Notre- Seigneur avait consacré son sang dans la nuit de la Cène^ Mais ces triomphes n'étaient réservés

1. Mox profectio Ipopulosa et qute penc priori posset numéro duntaxat îequari, subscquitur. Clwon. Urspcrg.

2. // sacra calino, transporté à Paris sous l'empire, et rcslitui-

MOINES n'occ. vu. 22

qu'au très petit nombre. La plupart des croisés ne recueillaient qu'une mort glorieuse, assimilée par la foi des contemporains à celle des martyrs. Cent mille Lombards, sous la conduite de l'archevêque Anselme de Milan et de plusieurs seigneurs, se mirent en route à travers la Thrace et l'Asie mineure. L'archevêque portait devant eux un bras de son illustre prédécesseur saint Ambroise, bras sans cesse levé pour bénir les croisés. Ces pèlerins furent suivis et rejoints par une armée de chevaliers allemands, à la tête desquels figuraient le duc Welf de Bavière, l'archevêque Thiémon, de Salzbourg, et la margrave Ida d'Autriche, que sa beauté et la faiblesse de son sexe n'empêchèrent pas de s'exposer aux périls d'une expédition où elle devait trouver la mort^ Enfin une troisième armée se mit en route, composée de Français et dont faisaient partie le duc Guillaume d'Aquitaine, le comte de Poitou, le duc Eudes de Bourgogne, le comte de Nevers* et le comte Harpin de Berry, qui, pour subvenir aux

aux Génois en 1815. Caffari ann. Genuens. ap. Murator., Script, ver. Italie, t. VI, p. 248.

1. Ll'Den, Geschichte des Deutschcn, etc., t. IX, p. 289. — Eckhard. abbat., libell. in ampl. Coll., t. V, p. 507. — Alb. Aqien. in Gesta Bel per Francos.

2. Guillaume II, le même qui fut déposé par S. Bernard comme régent du royaume avec Suger, lors de la seconde croisade. Il avait rassemblé, à lui seul, 15,000 hommes à devers, et avait reçu, avant de partir, la bénédiction de S. Robert, abbé de Molesmes, au prieuré de Saint-Étienne de Nevers. Crosnier, Tableau chronol. et synopt. du Nivcrnaia et du Donziais.

LKS PRÉDKCESSEUUS I)K CALIXTE H. 55'.)

frais de rexpodilion, avait vendu jusqu'à son comté au roiPhili|)[)e. L'indignation publiijue contraignit les princes que les premiers malheurs de la croisade avaient éloignés de l'armée, à rejoindre leurs compagnons. Parmi ces guerriers figuraient Hugues de Vermandois, frère du roi, et Etienne de Blois que les reproches de sa femme Adèle, l'amie d'Anselme et la fille de Guillaume le Conquérant, avaient ramené en terre sainte. Ces trois grandes armées, où l'on comptait plus de cinq cent mille pèlerins \ périrent presque en entier dans les défilés de l'Asie mineure, avant même d'avoir pu voir Jérusalem, par suite de l'odieuse perfidie des empereurs byzantins et aussi de la funeste influence du climat. Le duc de Bourgogne et le comte de Blois, qui purent arriver jusqu'en Palestine, trouvèrent la mort sur le champ de bataille de Bamla. Le duc Guillaume d'Aquitaine, le fier et brillant comte de Poitou, qui était parti à la tête de trente mille Poitevins armés de cuirasses, sans compter la foule de gens de pied, revint en Aquitaine presque seul de tous les siens^

Cependant, l'enthousiasme avait survécu. Après tant d'affreux revers, quand Bohémond, le prince d'Antioclie échappé des prisons musulmanes après

1. Prœter vulgus, ad triginla millialoricatorum. Chion. Ursperg.

2. Pi-îcler vulgus, ad triginta iiiillia loricalis. C/tron. Unpcrg. — — Annal. Sax. ad 110-2. — Gao. Vit. — Selon une autre version, il conduisait 180,000 combattants. — Coxc. Coletti, t. XII, p. J223.

quatre ans de captivité, revint en France*, il enflamma tous les cœurs par les récits de la croisade. En digne fils de Robert Guiscard% Bohémond avait pris le parti du patriarche Daimbert revenu à Rome avec lui. Pascal fit don au vaillant chevalier du gonfanon de Saint-Pierre, et lui associa, pour prêcher la croisade, l'évêque Bruno de Segni, l'ami et le légat de Grégoire Yll, qui venait de se réfugier au Mont-Cassin", d'où le pape le retira pour accompagner Bohémond. Celui-ci se rendait en France pour accomplir le vœu qu'il avait fait, dans sa prison, de visiter en pèlerin le tombeau du moine saint Léonard, dans l'église de ce nom, en Limousin*. Le prince y fit l'offrande des chaînes d'argent dont les Turcs s'étaient servis pour le lier dans son cachot. Le roi Philippe accorda au héros sa fille Constance, et, à Chartres au milieu des fêtes du en Espasm;^^ mariage, Bohémond monta dans une tribune dressée en luiie. dcvaut l'autcl de Notre-Dame et, faisant appel aux

i. En mars 4100. Orderic Vital, XI, 810. Cet écrivain attribue sa délivrance à l'amour qu'il avait su inspirer à la fille de l'émir dontU était prisonnier.

2. Daimbert lui écrivait : Tu autem, nisi paternsc gloriac vis esse degener filins, qui tyrannica crudelitate clausum ab impia manu dominum apostolicum Gregorium de urbe Romacripuit, unde memorabile oculis omnibus nomcn meruil. Goill. Tyr., 1. x, c. 14.

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