‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 3)Chapitre 140 sur 267 · Vita Henriei, ap. Uustisium, 1. c · texte numérisé non relu

Vita Henriei, ap. Uustisium, 1. c

3. Laici miscricordia moti vcniam dabant. [Chron. l'rspcrg. ad ann. 1100.)

4. Se nuUo modo tam magnam personam, propter (picm tanta mala in regno sint perpetrata, absente Apostolico miilo modo suscipere. [Aiin. Saxon.)

Dixit non esse sui juris me absolvere ; si vellem, inquit, absolvi, Romam ircm satisfacere Apostolicœ sedi. [Epist. llenr. ad regcm Franc.)

rien obtenir, consentit à tout : il abdiqua la couronne impériale, confessa son iniquité, et resta seul, dépouillé, désespéré, et toujours excommunié ^ L'expiation, si dure qu'elle lut, était méritée par trente ans d'attentats contre l'Église, la famille, la justice et l'iionneur; mais il est à jamais regrettable qu'elle ait été infligée par un fils, avec une apparente sanction de la part de l'Eglise ^

1. Sic desolatum et spoliatum.... in cadem villa reliquerunt me. IbUI.

2. Loin de nous la pensée de nous associer aux falsifications systématiques des liisloriens gallicans, prolestants et rationalistes, qui ont tous à l'envi représenté Henri IV comme une victime innocente, comme un vénérable vieillard indignement persécuté par un fils parricide et un clergé fanatique, et qui se gardent bien de rappeler les crimes atroces qu'il avait commis, pendant tout son règne, contre les papes, contre l'honneur des femmes et de la sienne propre, contre tous les droits politiques et sociaux de l'Allemagne. Pour nous, Henri IV n'est qu'un odieux tyran qui méritait mille fois d'être déposé par la double autorité de l'Église et des seigneurs de la nation allemande. Mais, après un examen attentif des différentes versions de ce grand événement, nous trouvons que le jeune roi (bien différent en cela de son frère aîné Conrad) agit avec une mauvaise foi révoltante et digne de son père envers celui-ci; nous croyons aussi que le légat Richard ne montra pas, au moment de la victoire, cette compassion qui est l'apanage spécial et exclusif de l'Église. Il nous en coûte de nous éloigner ici de l'avis de Daronius qui, après avoir reproduit, avec une impartialité que les ennemis de l'Église n'ont jamais imitée, toutes les imprécations de l'empereur contre son fils, conclut ainsi : « Inter quos si arbiter sedeas quod ad persecutionem, caplivitatem, atque privationem imperii spectat per filium procuratas in patrem, cum ex animi affeclu isia pendcant, niliil habes in quo danmes filium magis quam si vehementi febre pbrenctico, deliranti, insanienti, furenlique plus filius injiciat vincula patri, si vero intuitu pietatis, ut facere prœ se tulit, ea omnia prœstitit. Certe quidem furor ileniici senioris toto vilîo suaî temporc majoribus in dies accès-

fils d'Henri IV

est élevé

à l'empire

Le Les princes élurent alors pour roi le jeune

Henri, en dehors de toute intervention paternelle, et l'arclievêque de Mayence lui remit la couronne, le sceptre, la croix, la lance, l'épée qu'avait rendus son père, en lui disant : « Si vous ne gouvernez pas « le royaume avec justice et si vous ne défendez pas « l'Eglise de Dieu, puissiez-vous subir le sort de « votre prédécesseur ! ^ »

Malgré une chute aussi profonde, Henri IV eut un instant l'espoir de se relever. Un peu remis de la condamnation qui l'avait frappé et craignant qu'on ne l'emprisonnât pour le reste de ses jours, il s'était réfugié à Cologne, qui lui était très-dévouée, puis à Liège, où se trouvait un clergé excommunié, ouvertement hostile à l'Eglise, et un évêque, 01bert, qui s'arma aussitôt pour défendre le souverain déchu. Ce n'est pas tout : d'autres villes du Rhin, excitées par l'évêque de Liège, puis le duc de Lorraine et plusieurs autres princes, se prononcèrent à leur tour pour le vieux monarque. Henri se hâta d'adresser aux rois de France, d'Angleterre, de Danemark et d'autres royaumes, le récit détaillé du

sionibus auctus in Ecclesiœ catliolicœ detrimcntum, et cladem assiduam occidentalis imperii, ejusmodi plurimis experimentis cognitus est, ut aliter curaii non posset, nisi hujus modi vinculis.... Cieterum (quod exclamât patcr) si ea ex mails artibus nempe perjuriis offensée praîstitric fidei, ficri contigerunt, laudari minime possunt. [Afin. 1106, c. 14.)

1. Ut si non justus regni gubernator et Ecclesiarum Dei defensator existeret, ut ci sicut patri suo cveniret. [Ann. Saxon., ad ann. 1100.)

LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. 575 traitement qu'on lui avait fait subir, en leur faisant observer qu'il y allait de l'intérêt commun de tous les rois de la chrétienté ^ Il écrivait en même temps à son parrain, le saint abbé Hugues de Cluny, qu'il priait d'intervenir en sa faveur auprès du pape, et à qui il donnait plein pouvoir de traiter en son nom ^ Il promettait de se dévouer désormais exclusivement à la restauration de l'Eglise, et d'aller à la croisade dès que la paix serait conclue. Les partisans de l'astucieux prince reprirent de l'audace; les bourgeois de Trente, et un certain comte Adalbert, arrêtèrent, dans les défilés du Tyrol, les évêqueset les princes que la diète de Mayence envoyait en ambassade auprès du pape pour le prier de venir en Allemagne; tous ces personnages furent dépouillés et emprisonnés \ Le jeune rai , ayant marché contre Liège, vit son avant-garde mise en déroute par les Lorrains du parti impérial, à Vésel, sur la Meuse; il s'efforça vainement d'assiéger Cologne, dont les bourgeois avaient chassé l'archevêque or-

1. Vestra tamen et omnium regum terrse interesset, injuriam el contemptum meum vindicare {Ep. ad reg. Franc, ap. Chron. Ursperg. et Cod. Udalr., Episl. n" 22C in Ecc. corp. hisi., t. II; Baiion., IIOG; Cf. Besp.pruicl}}. Ibid.].

2. Ita ut salvo honore nostro lotum papic faciam quod disposueritis.... Pro reparatione Ecclesiarum quaî nostris temporibus nostris peccatis, heu ! corruerunt, omnibus modis prout Deus vires dederit, volumus laborare. [In Spicileglo, III, 443.)

5. Exceplù le seulGebhard, ôvôque de Constance, qui réussit à gagner des passages plus détournés, et put rejoindre la comtesse Mathilde et Othon de Bamberg, dont cet Adalbert était vassal.

tliodoxe et tenaient pour le vieil Henri. Celui-ci se trouva bientôt à la tête d'une armée avec laquelle il put bloquer celle des assiégeants. Reprenant le titre impérial, dont il s'élait dépouillé à Ingelbeim, il publia deux manifestes adressés, l'un aux princes et aux évoques, l'autre à son fils, auquel il reprochait son manque de foi et les violences dont il s'était rendu coupable envers un père. Il ajoutait, dans ce même document, qu'il était prêt à remettre sa cause au jugement d'un conseil composé de princes, de religieux, et dont ferait partie Hugues de Cluny * ; qu'il demandait la suspension des hostilités et qu'il en appelait au pape et à la sainte Eglise romaine\ Le jeune roi fit donner lecture à son armée, par l'archevêque de Magdebourg, de la réponse des princes, qui commençait ainsi : « Après quarante (( ans de discordes, de sacrilèges, de parjures et de « crimes, qui ont réduit notre royaume presque à « l'apostasie et au paganisme % nous, les fils de « l'épouse du Christ, par la grâce du Saint-Esprit, « nous sommes revenus à l'unité de la foi et nous « avons rejeté le chef incorrigible du schisme.

1. Pro consilio vestro et aliorum qui nos odio non habent religiosoriim virorum.... spiritualis patris nostri II. Cluniacensis abbatis. [Chron. Urspcrg., ad aiin., 1100; Baiion., eod. ann.)

'2. Appellamus Romanum pontificem, et sanctam universalem Romanam sedemet Ecclesiam. Ibid.

5. Regnum nostrum non tantum in solitiidinem, sed etiam ad apostasiam calholica: fidei, sive in ipsum paganismum propemoduiu redegit. Ibid.

Henri IV, qui se dit notre empereur, par zèle pour Dieu et par obéissance pour la foi apostoli- ( que, et nous nous sommes donné un roi catholique quoique sorti du même sang *. Or, après avoir abdiqué volontairement, voici que l'empereur déchu se prétend violenté, et dénonce cette injure à tous les rois du monde, qu'il cherche à exciter contre nous. Son seul but est de dissoudre l'armée du Christ, de ravager de nouveau la vigne du Seigneur, et de crucifier encore le Christ à peine ressuscité". Aussi, pour lui ôter tout prétexte de plainte, nous, le roi, de concert avec les princes du royaume et avec l'armée orthodoxe, nous accordons à Henri l'autorisation de venir en ce lieu, sous telle garantie qu'il voudra, pour plaider sa cause devant le sénat et le peuple assemblés, pour rendre et pour recevoir justice sur Lout ce qui s'est passé depuis le commencement du schisme, pour que justice soit faite au père comme au fils, et que l'on termine, tout de suite, et non dans les délais sollicités, les contestations qui agitent l'Eglise et le royaume^. »

1. rienricum.,.. zelo Dei et Apostolicrc fidei obedientia abdicavimus, catliojicum nobis, licet ipsius de semine elegimus. Ibicl.

2. Ko autem vera solitis argumentis castra hœc Domini dispergero, Cliristi exercitum cxarmare conatur.... immo Cliristuin jam iterum in Ecclesia sua resurgentem in omnium cordibus crucifigere meditatur.

3. Coram pncsenti senatu simul ac poimlo causam suam agat, justitiam suscipiat, justiliam et reddat quatenu?.... tom lilio quam patri justitia sua rcspondcat.

Mort imprévue

de

l'empereur

Henri IV.

Mais le vieil empereur \ avec le sentiment de sa force, avait repris toutes ses habitudes de ruse; les commissaires qui lui portèrent le message furent maltraités au point de courir risque de la vie, et il les renvoya sans autre réponse qu'une sommation de déposer les armes sur-le-champ, et d'indiquer une conférence ultérieure pour traiter de la paix.

Pendant ces délais, les forces impériales grossissaient chaque jour. Le jeune roi se vit forcé de lever le siège de Cologne, et il fit proposer à son père ou d'en venir aux mains sur-le-champ ou d'avoir une conférence dans huit jours. Henri répondit par un nouveau manifeste où il déclarait que le délai était trop court, qu'il lui fallait la présence des princes les plus éloignés, tels que le duc de Bohême, les comte de Bourgogne et autres ; qu'il en appelait de nouveau au saint siège, et, à son défaut, qu'il confiait sa cause à la sainte Trinité, à la sainleVierge, à saint Pierre et à saint Lambert, patron de Liège où il se trouvait alors \ Une bataille semblait donc inévitable, lorsque Erkenbold, chambellan fidèle de Henri, et Burkard, évéque de Munster, qu'il retenait prisonniers, vinrent apporter au jeune roi l'épée et le diadème de son père% qu'une mort im-

1. Quam Icgalioncm.... susceptam ex imperatori sœpedicto.... cum rctulissenl. [Chron. Ursperg., \. c.

2. Celte troisième lettre se trouve avec les autres daiis Urstisius [Scr. Ccr. Rcrm., p. 599) et dans Baronius.

5. Ann. Saxo.; Annal. Hildcsheun, ad ann. lIOo, ap. Leibmtz, Script, lier. Dninsw., t. l.

LES PRÉDÉCESSEURS DE GALIXTE II. ÔT'J prévue vcnail d'enlever, à Liège, le 7 août 1106. Il n'avait pas encore cinquante-cinq ans, et régnait depuis cinquante. Son corps, d'abord enterré dans la cathédrale de Saint-Lambert parl'évêqueOlbert, fut exhumé, de l'avis des princes, en attendant qu'on eût obtenu de Rome l'absolution du défunt^ On le déposa dans une île de la Meuse, sous la garde d'un seul moine revenu de Jérusalem, lequel psalmodiait jour et nuit pour le repos de l'âme de l'empereur décédé. Le corps fut ensuite transporté à Spire, où les souverains de sa maison avaient leur sépulture; mais le moine deHirschau, placé sur le siège de Spire, refusa d'admettre le corps dans la cathédrale, au grand mécontentement des bourgeois de la ville, qu'Henri IV avait spécialement aimée et embellie.

Ce prince étant mort sous le coup de l'excommunication, ne pouvait recevoir les honneurs dus à un empereur catholique : son cadavre resta donc dans un sarcophage de pierre % sous le porche, parce que, même mort, il n'appartenait pas à la grande communauté chrétienne.

Ainsi finit, à cinquante-cinq ans, et après un

1 . Quia quibiis \ivis Ecclesia non communicat, illis etiam nec morfuiscommunicarepossit. A)in. Saxon., 1. c.

'2. In sarcophago lapidco. Chron. Ursperg. — Ce refus de sépulture a été un sujet de grandes déclamations pour tous les écrivains protestants et pliilosophiques. Il n'en était pas moins obligatoire, à moins que l'Eglise ne voulût reconnaître que l'excommunication était une formalité dérisoire, et que tous les hommes n'étaient [las égaux devant Dieu.

demi-siècle de règne, le plus redoutable ennemi que l'Eglise eût peut-être rencontré, depuis sa sortie des catacombes. Il était en effet d'autant plus redoutable que, au lieu d'être étranger à l'Eglise, comme les anciens persécuteurs, il occupait le premier rang parmi ses enfants, et que, d'ailleurs, nul ne pouvait contester que de nombreuses qualités se mêlaient chez lui aux dispositions les plus perverses et les plus funestes. Ses adversaires n'hésitaient point à reconnaître que nul n'eût été mieux fait pour régir l'empire, si son âme n'avait été dépravée et comme étouffée par ses passions*.

La joie des catholiques fut immense. La justice divine avait enfin prononcée : l'Eglise était vengée du Pharaon, du Nabuchodonosor qui l'avait opprimée pendant un demi-siècle; le Galiléen avait vaincu une seconde fois^ Les âmes les plus sain-

1. Nemo vidcretur fascibus imperialibus ipso aptior, si tameii in conflictu vitiorum homo non degeneraret vel succumberet interior. Chron. Ursperg., ad ami. IIOG. Ce jugement d'un moine du douzième siècle se rapporte exactement à celui que portait, un siècle et demi plus tard, le franciscain Salimbeni sur le plus brillant émule de Henri IV, l'empereur Frédéric II : « Homme accompli, s'il eût aimé son âme ! »

2. Universorum tam ibidem quam ubivis fere christianorum corda simul et ora infmito nimis tripudio.... rumore replesse. Non altius concinebat Israël Domino, Pliaraone dcmerso..., Deo autem gratias qui, licet tarde, tamenpcrniagnillce victoriam concossitEcclesia; sua*, cui etiam ejusdem Nabuchodonosor quinquagesimum exactionis annujTi iste Galileus, qui Julianum quondam vicerat, vertit in Jubihcum. Chron. Ursperg., adann. HOO. On sait que l'importante chronique qui porte le nom de Urspergensc (Auersperg) n'a pas été ontiè-

LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. 581 tes et les moins vindicatives cherchèrent à tirer de ce grand exemple des leçons utiles au prochain : « Voyez, écrivait saint Anselme au comte de Flan- (( dre, regardez autour de vous, et considérez le « sort des princes qui attaquent l'Église et la fou- « lent aux pieds ^ »

De son côté, Tabbé Hugues de Cluny, que le défunt empereur avait tant de fois invoqué dans ses derniers temps, prit sujet de cette mort pour exiiorter le roi Philippe de France à terminer ses jours sous l'habit monastique à Cluny \

Henri V, par la mort de son père, se trouva possesseur incontesté de la royauté allemande; il ne lui manquait plus que la sanction de l'Eglise romaine.

Pascal H, qui s'était avancé vers les Alpes, tint conciie générai à Guastalla, sur les bords du Pô, un concile gé- cu-s-tiia. néral, le 22 octobre 1107, avec l'assistance de l'infatigable comtesse Mathilde. l\ y reçut les ambassadeurs du jeune Henri, qui venaient lui demander

rement rédigée par l'abbé Conrad de Lichtenau, dont elle porto le nom et qui l'a terminée en 112G. La première partie, et notamment tout le règne de Henri IV et de Henri V, est l'œuvre d'un contemporain de ces princes qui parle sans cesse comme témoin oculaire, et qu'on croit avoir été un moine de Bamberg. Voy. Pagi, in dit. Baron., ad ann. 1102, 1105; Stentzel, t. II, p. lOC. Celui-ci reconnaît que cette chronique forme la source la plus authentique avant le règne de Henri Y. Elle a été presque littéralement transcrite par l'annaliste Saxo.

1. Vidcte, circumspicite.... satis patet, non eget diclu. S. Anselm., Ej)isl. IV. 15.

Page 1