‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 3)Chapitre 153 sur 267 · CHAPITRE X Le Pape et l'Empereur à Rome · texte numérisé non relu

CHAPITRE X Le Pape et l'Empereur à Rome

Henri V rétablit sur leurs sièges tous les évoques expulsés. — Un concile à Troyes. — Mariag^e du roi Henri V avec Mathilde d'Angleterre. — Sac de Novare. — Dangereuse proposition faite par le pape. — L'Église est placée en Allemagne dans une situation analogue à celle des Églises de France. — Serment prêté au pape par l'empereur. — Fourberie de Henri V. — Protestations des évêques et des abbés. — Le pape est livré aux soldats. — Violences contre le pape. — Il est fait prisonnier. — Pascal II cède à la volonté de l'empereur pour sauver ses serviteurs. — Il traite avec l'empereur et le couronne à Rome. — Henri Y visite la comtesse Mathilde.

L'Eglise avait grand besoin de renforcer ses armées, car elle était à la veille de subir une épreuve inconnue pour elle pendant les mille ans de son liistoire antérieure, et de courir des dangers plus graves que tous ceux qui avaient été jusque-là son partage. Elle devait expier cruellement le malheur d'avoir accepté, contre un père odieux, le concours d'un fils dénaturé. Celui-ci se disposait à retourner, contre sa mère, le glaive qu'elle avait béni, et, ce à quoi nul autre n'avait encore réussi, il allait lui elre accordé, pour un temps, d'opprimer la liberté de

Henri V rétablit sur

leurs sièges

tous les tvêques expuls(''s.

de l'Eglise jusque dans son plus auguste sanctuaire.

Henri V avait commencé à rétablir sur leurs sièges tous les évêques orthodoxes dépouillés par les amis de son père, y compris les moines Eudes de Cambrai et Gébhard de Constance, l'infatigable légat d'Urbain et de Pascal. Mais, à peine son autorité était-elle reconnue du grand nombre, que cet homme qu'on avait vu si humble à l'assemblée de Nordhausen, ne voulant prendre part aux délibérations des évêques que sur leur expresse invitation, et ne demandant que le retour de l'empire à l'unité et à la soumission apostolique, changea tout à coup de conduite et de langage, et prétendit investir les nouveaux évêques, qui s'y prêtèrent pour la plupart. Le moine Eudes de Cambrai refusa d'accepter d'un laïque la crosse et l'anneau qu'il avait déjà reçus d'un évêque, lors de son sacre au concile de Reims\ Henri marcha contre Cambrai, força Eudes

1 . On pourrait croire à un refroidissement dans le zèle de cet illustre évèque, d'après une lettre du pape, que rapporte Neugart {Cod. dipl. Aleman., n° 834) en l'attribuant à l'an 1107, et où le pontife reproche vivement à Gébhard de ne pas s'être rendu au concile de Guastalla, lui déclarant que le souvenir de ses anciens sei'vices a seul pu détourner de lui la sentence d'interdit dont l'archevêque de Mayence et ses suffragants avaient été frappés par suite de leur absence du concile : Nolumus cnini, dit Pascal, ul juventutis certamina temporo, quod absit, senectutis omittas.

2. Quia virgam et annulum quœ consecratus ab Ecclesia acceperat itcrato ab Ilenrico accipcrc voluit. Odon., De blaitj)/i. in S])ir. saiirf.; ap. Pagi, in ann. 1109.

do se réfugier au monastère d'Anchiu ^, rétablit l'excommunié Gaucher, et détruisit la commune que les bourgeois avaient jurée en recevant leur évêque légitime"; puis il s'avança jusqu'aux frontières de la France et de la Lorraine, pendant que ses ambassadeurs allaient sommer le pape de lui concéder les investitures. Cette ambassade se composait de plusieurs prélats et seigneurs, qui semblaient venir plutôt pour intimer des ordres que pour discuter raisonnablement^ : les plus marquants étaient le duc Welf, lequel faisait porter partout une épée devant lui et élevait la voix très-haut\ et l'archevêque de Trêves, qui parlait le français*^ avec facilité. Le pape les reçut à Châlonssur-Marne. L'archevêque de Trêves réclama formellement, pour l'empereur, en vertu de l'ancien droit de l'empire, non-seulement la faculté d'approuver ou de rejeter tous les candidats élus à

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