‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 3)Chapitre 171 sur 267 · Chron. Cnssiii., 1. iv, c · texte numérisé non relu

Chron. Cnssiii., 1. iv, c

5. lli qui cuni illo in vinculis fuerunt, dicebant : Quod antc di\iiiius, diccnuis; damnamusque quod ante damnavimus. Ihid..

« effet, louer un traité qui viole la foi, anéantit la « liberté de l'Eglise, détruit le sacerdoee, ferme « l'unique porte pour y entrer, et en ouvre beauce coup d'autres pour les voleurs et les larrons? Nous « avons les canons et les constitutions des saints « Pères, depuis les apôtres jusqu'à toi. 11 faut mar- « cher dans cette voie royale, et ne s'en détourner « ni à droite ni à gauche. Tu avais établi une « excellente constitution, identique à celle desapô- « 1res, qui condamne et excommunie tous ceux « qui reçoivent l'investiture de la main des laïques. « Cette constitution est sainte et catholique, et par « conséquent nul n'y doit contredire. Confirme-la « de nouveau, vénérable Père, proclame-la devant « tous. Cette hérésie, que tu as si souvent pource suivie, dénonce-la encore aujourd'hui, et bience tôt tu verras l'Eglise réconciliée avec toi, et tous ce accourir à tes pieds pour obéir avec joie à leur « Père et seigneur. Aie pitié de l'Eglise de Dieu, « aie pitié de l'Épouse du Christ, et rends-lui, par ce ta prudence, cette liberté qu'elle paraît avoir « perdue par ta faute. Quant à l'obligation, quant ce au serment que tu as prêté, je n'en tiens nul ce compte, et quand tu l'aurais violé, je ne t'en ce obéirais pas moins ^ »

1. Brunus peccator, episcopus, B. Benedicti servus.... Inimici mei dicunt quod..., sed mentiuntur.... Fœdus autem illud tam fœdum, tam violenterai, cuin tanta prodilione factum.... Apostoli cnim omnes {(»n. Apost. 31) illos damnant et a fideliuin communione segregant,

la

Ictlre de Bruno mécontente

le

souverain

pontife.

Pascal, profondément irrité de celle lettre, s'écria : « Si je ne lui ôte le gouvernement de son « monastère, avec ses arguments il m'ôtera legou- « vernement de l'Eglise ^ » Bruno, par nomination de Pascal II, était bien Tévêque de Segni. Mais le pape, dans les circonstances présentes, crut devoir lui défendre d'être à la fois évêque et abbé, et il envoya en même temps, par le cardinal Léon d'Ostie, moine et bibliothécaire du Mont-Cassin, l'ordre aux religieux du monastère de ne plus reconnaître Bruno, et de lui donner un successeur ^ Les frères répondirent qu'ils obéiraient à Bruno tant qu'il consentirait à les gouverner, et refusèrent d'accepter le successeur que l'évêque-abbé déclarait vouloir leur imposer par force et même à l'aide de gens armés. Alors Bruno, les ayant assemblés, leur parla dans ces termes : « Ne voulant « pas être la cause d'un scandale entre vous et le « saint-père, je vous remets la crosse que vous

quicumque per ssecularem potestatem Ecclesiam obtinent. Laici enim quamvis religiosi, nullam tamen disponendi Ecclesiam habent facultatem. Similiter et constitiitio tua, quœ de Apostolico fonte manavit.... Miserere Sponsse Christi, et per tuam prudeiitiam suam récupérât libertatem, quam modo per te amisisse videtur. Ego autem.... illud juramentum...„ parvipendo, etc. Baron., ann. 1111. — Il écrivit en même temps au cardinal-évêquo de Porto, qui avait signé le traité, pour lui rappeler que ceux qui défendaient une hérésie condamnée par l'Église devenaient par cela seul hérétiques et excommuniés.

1 . INisi illum a monasterii administratione removero, ipse suis argumeiitis Ecclesire mihi regimen tollet. Chron. Cassiii., 1. iv, c. 44.

2. Sin aulem secus agerent, in omnibus monasterii cellis abbatcs ipse statueret. Ibid.

LES PREDECESSEURS DE CALIXÏE II. iob (( m'avez confiée \ » Et il la déposa sur l'autel et se retira dans son évècllé^ — Mais cette retraite ne calma point l'opposition qui, chaque jour, grandissait contre Pascal. Le cardinal-moine du Mont-Cassin, qui avait été l'interprète de l'indignation papale contre Bruno, Léon, évéque d'Ostie, se joignit au cardinal-éveque de Tusculum pour convoquer une assemblée d'évêques et de cardinaux, afin de confirmer les anciennes condamnalions prononcées contre les investitures, et de déclarer nulles et non avenues les concessions du pape. Celui-ci, retiré à Terracine, reprocha aux prélats leur conduite irrégulière; mais en même temps il promit de revenir sur le consentement qu'il avait donné dans l'unique but de sauver d'une ruine certaine la ville et ses frères \ Le pape com-

1. Nolo ut propter me iiiter vos et Romanum pontificem scandaluni oriatur.... Accipite virgam quam mihi tradidistis. Ibid.

2. Il ne mourut que le 24 août 1125, et fut canonisé par le pape Lucius II en 1182.

3. Joanni Tusculano et Leoni Velitrensi, episcopis et cardinalibus in unum congregatis consortium et pacem in Christo. Id quod in personam nostram, imo in patrem vestrum prêter ipsum Ecclesiœ judicium atque prœsentiam vos egistis, etsi vobis ex zelo Dei visum sit, non tamen, ut mihi vidctur, canonico tramite inccssistis.... Commissum quod.... fecimus cmendare curabimus. lieg. Pasch., n" 25, in Conc, t. XII. — Baronius et Fleury placent cette réunion des cardinaux avant la protestation de Bruno, en quoi ils se trompent manifestement : la lettre de Pascal aux cardinaux, pour leur reprocher leur conduite, étant du 5 juillet, tandis que la démission de Bruno des fonctions d'abbé du Mont-Cassin, motivée par sa protestation, doit être du mois de mai, puisqu'il fut élu le 1" octobre 1107, et gou-

prenait parfailemcnt que les vrais catholiques ne voulaient point consentir à périr avec lui; il savait que ritalie orthodoxe lui adressait, de tous côtés, des paroles telles que celles-ci qu'un contemporain plaçait dans la bouche de saint Pierre : « 0 pape « Pascal, sache veiller à la liberté de l'Eglise et ft fonder ta volonté sur le Crucifié qui est mort « pour son Epouse, et qui te l'a confiée pour que « tu la maintiennes toujours digne de lui. Sache <( mourir, ô pontife, plutôt que de la laisser violer « par l'ennemi, ou séduire par de faux amants, « car le Seigneur Christ sait que si tu résistes à ou- « trance, nul ne prévaudra contre la liberté de « son Eglise\ »

Les En France l'indignation des catholiques éclata

évoques IVancais r ^ • .1

protestent avcc unc lorcc plus vivc cucorc, et le pape cessa

à leur tour. 1,^. -•/ 1 i 12T ' ^

d être estime par le grand nombre . Les eveques Robert de Paris, Gualon de Léon, le nouvel abbé

verna l'abbaye trois ans et sept mois, au dire de Pierre Diacre. Chron. Cass., 1. IV, c. 31, 44.

1. 0 pastor rector Pasclialis, summe sacerdos.... Scelus, aspice, libéra caute....

Velle tuum firmum super illum stet Crucifixum Qui semet morti pro Sponsa subdidit liosti.... Ferto prius mortem maie quam violetur ab hosto : NuUus eam raptor rapiat tibi, nullus amator Falsus, seducat blande virtute nec ulla. Scit Dominus Christus quia si steteris bcne firmus, Libertas Sponsœ nunquam invenictur ab hostc.

DONNIZO, II, IG.

2. Multis postmodum \ilior extitit. OmtER. Vital, 1. x, p. 7C2.

Pons de Gluiiy et une foule d'aulres prélals déclarèrent que toutes les concessions faites à l'empereur étaient nulles de plein droit, et que Pascal, aurait du plutôt mourir que de livrer le droit et les décrets des Pères au pouvoir séculier \ Le moine Joceran, abbé d'Ainay, qui avait remplacé sur le siège primatial de Lyon le fameux Hugues, ami de Grégoire VII et longtemps légat, rassembla en concile non-seulement ses suffragants, mais encore les évèques des provinces voisines; de sorte que le bruit se répandit qu'on y jugerait et condamnerait Pascal'. Un prélat aussi éminent par son zèle que par sa haute naissance, allié du roi de France et à qui Dieu réservait la glorieuse conclusion de la grande lutte du sacerdoce et de* l'empire, Guy de Bourgogne, archevêque de Vienne, écrivit au pape pour savoir la vérité sur les faits et connaître ses futures dispositions ^

L'abbé Geoffroy de Vendôme, celui qui avait ré- luicivemion

de

installé Urbain II dans la chaire du Latran, recon- Geoffroy

,, . rt •! . i • . • , 1 de Vendôme.

quise sur 1 antipape Guibert , intervmt, de son

1. Papam redarguebat.... quidquid imperatori verbo seu scripto concesserat, irritum esse debere iiidubitanter censebant.... Pro veritaie et justilia debuisset optare mori.... Vincula et flagra perpeti quam aliquid contra jus et statuta Patrum potestate annuere sseculari

2. V. la lettre d'Yves de Chartres à l'archevêque, épître sur laquelle nous reviendrons plus loin.

ô. Qux cognoscere postulasli hsec sunt. Ep. Pascal, ad Guidon., ap. Bahon., ann. 1H2, c. 5.

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