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458 LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. côté, pour reprocher au pape sa faiblesse. Geoffroy était loin d'avoir des opinions outrées sur les investitures S car c'est lui qui avait prononcé cette parole tant de fois citée par les catholiques modérés : « 11 faut que l'Église soit libre, mais il lui « faut aussi prendre garde de ne pas frotter le « malade jusqu'au sang, et de ne pas briser le « vase en essayant d'en ôter la rouille \ » Mais, à la vue de l'humiliation de l'Église romaine, le zèle du prélat ne connut plus de limite : « L'Eglise, « mandait-il à Pascal, vit par la foi, la chasteté « et la liberté : sans elles, elle languit, elle meurt « [separatur a vita). La foi est son fondement, la « charité sa parure, la liberté son bouclier. Mais « quand, au lieu d'interdire l'investiture (qui est « une hérésie, d'après le jugement des Pères), elle « l'autorise ; quand elle se laisse corrompre par des a présents, quand elle se soumet à la puissance sé- « culière, elle perd, en même temps, la foi, la « charité, la liberté, et elle passe, non sans rai- « son, pour morte ^... Celui qui, assis sur la chaire « des Apôtres martyrs, a renversé leur glorieuse
1. V. ses explications sur les diverses natures d'investitures et sur celles qu'il regardait comme légitimes, in Opiisc. IV, édit. Sirmond., ou in JSot. Jureli ad Yvon. Carnot., p. 197.
2. Ilabeat Ecclesia suam libertatem, sed summopere caveat, nedum nimis emunxerit, alliciat sanguiiiem, et dumrubiginem de vase conatur eradere, vel ipsum frangatur. Opusc. ap. Sirmond., t. III, p. 8S9.
3. Fide, castitale ac libertate vivit ac viget Ecclesia.... Quae vitam non habet, nec immérité mortua creditur....
LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. 459 « destinée, celui-là, en agissant autrement qu'eux, « doit casser ce qu'il a fait et le corriger en pleu- « rant comme un autre Pierre. S'il a bronché par « peur de la mort, qu'il applique son esprit à ré- (( parer cette infirmité d'une chair qui mourra, bon « gré, mal gré, et dont il pouvait triompher en ga- « gnant l'immortalité. Si c'est plutôt parce qu'il « craignait la mort de ses enfants qu'il a consenti à « ce que le Christ, saint Pierre et les canons ré- « prouvent, sa plaie n'en est pas moins profonde, (( puisqu'au lieu de sauver ses fils, il a mis un « obstacle à leur salut. Les saints ne nous ont jamais « appris à soustraire à la mort des hommes qui, con- « dammés à la subir tôt ou tard, pouvaient entrer « tout de suite dans la vie éternelle que Dieu leur c( préparait dans l'intérêt de l'Église universelle. (( Quand même ils auraient été assez lâches pour (c s'écarter de la porte du paradis en renonçant à la « vérité, c'était à toi de les soutenir par tes exhorta- « tions et tes exemples, en mourant le premier pour c( la bonne cause. Et, comme cette faute est inex- « ensable, comme en essayant de l'excuser on ne c( peut que l'aggraver, il faut l'expier sans retard; c( de la sorte, l'Eglise, qui semble prête à rendre « le dernier soupir, ne succombera pas. On peut (( tolérer le pasteur s'il a de mauvaises mœurs, « mais non s'il erre dans la doctrine. Alors, le « dernier des fidèles, fût-ce même un pécheur « public, un infâme, a le droit de s'élever contre
l'exaspération
des
moines
(le Hirschau.
« lui. El, comme nous croyons évidemment que c( notre Lucifer est tombé du ciel, il faut, par tous « les moyens, lui révéler son iniquité, afin de « n'être pas précipités avec lui dans l'abîme du « désespoir. Si j'ai dit moins que je ne devais « dire, qu'on le pardonne à mon ignorance : si « j'en ai dit trop, qu'on le pardonne à ma haine (( profonde de l'iniquité, à mon amour extrême (c pour la justice ^ »
Ainsi parlait Geoffroy au moine de Gluny, devenu le successeur de Grégoire VII.
En Allemagne, il y avait des religieux dont l'exaspération dépassait encore celle de Geoffroy de Vendôme. Les religieux de Hirschau, s'il faut en croire la dénonciation de leurs rivaux de Lorsch à Henri V, prétendaient qu'il fallait déposer et excommunier non-seulement l'empereur, mais le pape luimême ^ Tous les moines avaient protesté contre le triomphe impérial, sanctionné par l'épiscopat. Gérard, évêque de Constance, qui avait si longtemps dirigé, comme légat, la résistance catholique en Al-
1 . Et quia Luciferum nostris temporibus a cœlo lapsum indubitanter agnoscimus, non ei qualibet occasione illam impietatem dissimulantes, inhsereamus, ne in puteum desperationis cum eo, quod Deus abnuat! corruamus. Si minus dixi quam debui...; si amplius, quia de odio iniquitatis et ocquitatis a more processi, ignoscatur. Goff. Vixd., lib. I, ep. 7.
2. Decani et conventualium principales abbatiaj Laurisliamensis libelius supplex ad llenr. V imper, contra monacbos de llirsaugiain Goldast. Apokn/., I, p. 225. — Stentzel cite encore comme source Chron. LaurisUamense,'^. 224, in Cod. Laurish. diplom.,t. I.
LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. -461 lemagne, clait mort avant rexpcdition de l'onipcreur à Rome. L'archevêque de Saltzbourg, le seul, parmi les prélats allemands, qui eût protesté à Rome contre les violences impériales, était réduit à se cacher dans une caverne des montagnes de son diocèse \ Henri avait envoyé à toutes les églises de l'empire une copie du privilège extorqué à Pascal, avec ordre de l'observer fidèlement ^ Richard, évêque intrus de Verdun, excommunié au concile de Troyes, en 1 107, ne manqua pas de porter triomphalement cet écrit à l'abbaye de Saint-Vanne, qui était le foyer principal de l'esprit catholique en Lorraine. Ayant fait assembler les moines, le prélat leur donna lecture de la concession papale, et leur dit ensuite : « Voyez à quel résultat ont abouti vos « tribulations, vos exils, tout ce que vous avez voulu « endurer depuis plus de trente ans : tout cela est « tombé dans la boue ^ ! » Sur quoi ceux qui accompagnaient l'évoque se mirent à disserter sur l'étendue de la puissance royale, à soutenir que le roi était, lui aussi, pontife, et qu'il lui appartenait de créer et de déposer les évêques*. Les moines, voyani